XXXIV INTRODUCTION
moins heureux : Merle d'Ambert qui, d'après l'un de ses juges, « n'avait pas plus émigré que la tour du Temple i, » le i3 messidor; le comte de Lorge, le i8; Chassey, le 20; Dubreuil, le 28; Gérard-Saint-Elme, le 14 thermidor; le comte de Rochecot, le 20; Lecoq (de Dijon), le 2 fructidor. Ce fut une crise de cruauté ; depuis, les commissions eurent comme honte d'ellesmêmes ; il ne tomba plus de leurs sièges que quelques condamnations isolées, et, par des acquittements d'une légalité douteuse, elles luttèrent avec succès contre la consigne brutale qu'elles avaient jusque-là subie.
En résumé, si on laisse de côté un certain nombre de jugements de la commission militaire de Marseille qui nous ont échappé, on constatera qu'il y eut cent cinquante-huit condamnations à mort, dont seize prononcées par la commission de Paris, cinquante-six au moins par celle de Toulon, sept par celle de Besançon, vingt-quatre au moins par celle de Marseille, quatre à Nancy, etc. Sur ce nombre, on compte quarante et un ecclésiastiques, qui, malgré leur caractère de déportés, subirent le sort réservé aux émigrés rentrés ; enfin, quelques femmes, à Toulon et à Marseille. Le surplus des victimes (108) se compose de prévenus d'émigration à qui, en grande majorité, on ne pouvait reprocher que d'être rentrés en France ou de n'en être pas sortis à temps.
Cette juridiction, qu'une législation perfide et barbare n'avait armée que du droit de frapper de mort, sans lui laisser celui de juger, tomba avec Revellière-Lépeaux, Merlin et Reubell, au 3o prairial an vu. Le nouveau Directoire ne la releva pas. Après le 18 brumaire, l'un des premiers actes des consuls fut de faire reconduire à la frontière ces naufragés de Calais qui, plusieurs fois acquittés, n'en avaient pas moins été, quatre années durant, traînés de prison en prison. Quant aux émigrés à qui les commissions avaient fait grâce de la vie, soit en les acquittant, soit en ne les condamnant qu'à la dé-
I. Parole de Colomb, l'un des juges, à Rémusat (Mémoires sur ma détention au Temple), par P.-Fr. de Rémusat, p. 298.