ÉVÉNEMENT
Citoyen,
J'ai l'honneur de vous donner avis qu'il a été écroué hier en cette maison les citoyens ci-après, savoir :
Delarue, Descourtils, de la Matherie, Jarry, Rovère, Fayolle, Perrée, Tupignier, Derumare, Dauchy, Bourdon (Loise) (sic), Villot, Pichegru, les deux frères Ramel,
I. C'est ainsi que, sous le Directoire, il signe invariablement, et non Réveillère, ni la Réveillère, ni de la Reveillère de Lépeaux.
Aiibry, Lafond-Ladebat, Maillard, Goupil de Préfeln, Marbois, Tronçon du Coudray, Piédou d'Héditos et Launois '.
La nuit s'est passée fort tranquillement, le service s'est fait avec exactitude.
Murinais y a été amené ensuite. Je n'ai point de liste aujourd'hui 20, et n'ai pas encore le rapport du bureau central.
Le préposé à la garde du Temple, Signé : L. Besse.
Le concierge chargé de la direction
de la maison.
Original. N° io5.
Paris, le 20 fructidor an v. — 6 septembre 1^97.
Le ministre de la marine au commandant des armes à Rochefort.
Je vous préviens, citoyen général, que les individus dont la liste est ci-jointe 2, condamnés à la déportation par la loi du 19 fructidor, doivent être conduits très incessamment à Rochefort pour être envoyés à Cayenne.
L'intention du Directoire exécutif étant qu'ils partent
1. Sur ces 23 personnages, il en est i3 qui ne furent pas déportés, et même quelques-uns dans ce nombre ne furent pas maintenus en arrestation. Le lecteur aura rectifié l'orthographe de Tupinier, Bourdon (de l'Oise), Willot et Piédou d'Héritot. Cf. le Moniteur du 25 fructidor.
2. Cette liste, que le commandant des armes n'aura qu'au dernier moment, fut ainsi composée : Barthélémy, directeur ; Barbé-Marbois, Laffon de Ladébat, Murinais, Rovère, Tronson du Coudray, des Anciens; Aubr3\ Bourdon (de l'Oise), de la Rue, Pichegru, Ramel, Willot, des Cinq- Cents; l'abbé Brotier, de la Villeurnoy, d'Ossonville; total, i5. Le Tellier, domestique de Barthélémy, voulut accompagner son maître. — Pour tous ces noms, V. Index alphabétique.
sur-le-champ pour cette colonie, je destine à cette mission la corvette la Vaillante, commandée par le citoyen Jiirien, lieutenant de vaisseau.
Dès que ces individus seront arrivés à Rocliefort et qu'ils vous auront été remis par les agents chargés de les escorter, vous les ferez embarquer de suite, mon intention étant qu'ils ne séjournent pas un instant dans la ville, mais qu'ils se rendent, des leur arrivée, à bord sous bonne garde, et qu'ils y soient consignés au capitaine Jurien pendant toute la traversée, sur sa responsabilité. Il est permis à ces individus d'embarquer avec eux leurs effets ainsi que l'or et l'argent qui leur appartiennent.
Vous trouverez ci-joint les instructions que j'ai expédiées au capitaine Jurien, et vous les lui remettrez sur son reçu. Vous aurez soin de me rendre compte de l'arrivée et de l'embarquement de ces déportés, ainsi que de leur départ, que vous presserez par tous les moj ens qui sont en votre pouvoir.
Minute. N" 112.
Vous dresserez un procès-verbal constatant la remise qui vous sera faite par les agents du gouvernement des individus condamnés à la déportation; vous le signerez et en remettrez copie à ces agents. Vous remplirez la même formalité pour votre décharge envers le citoyen Jurien.
Par le courrier prochain, vous recevrez la liste que je vous annonce aujourd'hui. Il conviendra de garder le silence le plus profond sur toutes ces dispositions; vous ne remettrez la lettre et les instructions ci-jointes au capitaine qu'à l'arrivée même des déportés.
Minute. N° ii3.
lOO LA DEPORTATION.
20 fructidor an v — 6 septembre 1797.
Instructions pour le citoyen Jiirien, lieutenant de vaisseau, commandant la corvette la Vaillante.
Le Directoire exécutif ayant ordonné l'armenient à Rocliefort de la corvette la Vaillante, le ministre de la marine fait connaître par la présente instruction au citoyen Jurien, lieutenant de vaisseau, commandant ce bâtiment, le service qu'il aura à remplir.
L'objet de sa mission est de porter à Gayenne plusieurs individus dont la liste lui a été remise et qui sont condamnés à la déportation par la loi du 19 fructidor an v.
Aussitôt que la présente instruction lui aura été remise, il se fera continuellement aviser par les signaux correspondants de la Teste de Bucli, Tour de Cordouan, Ghassironet l'Ile de Ré, si les ennemis sont sur les parages du Pertuis d'Antioche et de la côte d'Arcasson.
Au premier moment de leur absence sur Icsdites côtes, et le vent étant favorable et décidé depuis le nord-est au sud-est, il appareillera de l'île d'Aix de façon à se trouver dans le Pertuis à l'entrée de la nuit, et faisant bonne voile alors, il prolongera la côte d'Arcasson à 3 à 4 lieues, pour aller chercher les environs de Bilbao, et il suivra la côte d'Espagne à la même distance jusqu'au cap Finisterre, ayant par conséquent divers ports de relâche à sa portée.
Arrivé au cap Finisterre et ne voyant rien au large de suspect, il fera route à l'ouest du monde, forçant de voiles jusques étant au nord des Açores.
Ghaque jour à l'aurore, il se trouvera à sec, les voiles
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étant sur les fils de carres pour découvrir autour de lui avant d'être aperçu.
Il fuira toute voile qui sera vue du haut de ses mâts ; par conséquent, il ne fera aucunes prises et évitera tout combat, à moins qu'il n'y soit forcé, ce dont il aura à justifier.
Arrivé au nord des Açores, il passera entre Tercère et Sainte-Croix de Ténérifte ^ ; de là, il fera route pour aller se mettre en latitude du cap Nord, d'où il se rendra à Cayenne, où il sera aux ordres de l'agent du Directoire exécutif.
Dans les cas qui ne seraient pas prévus par les présentes instructions, il prendra le parti que lui dicteront ses connaissances maritimes et la prudence.
Il aura soin, pendant sa traversée, d'observer et faire observer les lois et règlements sur la police de la navigation.
Le ministre est persuadé que le citoyen Jurien saisira avec empressement cette occasion de donner des preuves de son zèle et de son dévouement à la chose publique.
Minute. N» 109.
Même date.
Le ministre à Vordonnateur, à Rochefort.
[Supplément de vivres pour deux mois à 35 hommes, à raison de deux rations par jour chacun ; compter deux mois d'avance à l'équipage ; le ministre fera passer des fonds par les agents chargés de conduire les déportés à Rochefort.]
Minute. N" iio.
I, V. Iiifra, XVI, Tobservation du vice-amiral Martin.
Même date.
Du même au citoyen Jurien.
Le commandant des armes à Rochefort, citoyen, vous donnera l'ordre de recevoir à bord de la corvette que vous commandez les individus dont la liste est ci-jointe, que la loi du 19 fructidor an v condamne à la déportation.
L'ordre du Directoire est qu'ils soient transportés à Cayenne.
Dès que vous les aurez reçus à bord, ils seront sous votre responsabilité; par conséquent, c'est à vous de veiller sur eux de jour et de nuit avec toute l'exactitude possible, mais sans aucun acte de rigueur, à moins que leur mauvaise conduite ne vous y forçât. Vous les ferez loger avec leurs effets dans l'entrepont, séparés de l'équipage, avec lequel ils ne doivent pas même communiquer de jour, lorsqu'ils seront sur le pont à prendre l'air.
Ils vivront entre eux, par plats de 7, des vivres et chaudières de l'équipage, et à cet effet il leur est accordé double ration.
Vous aurez le plus grand soin à ce qu'ils n'éprouvent aucune insulte de la part de personne, et à ce que leurs effets soient respectés.
Dans le cas où vous seriez forcé de vous préparer à un combat, ces individus resteront dans l'entrepont, tout le temps que dureront ces dispositions, ainsi que pendant l'action, si elle a lieu.
En arrivant à Cayenne, vous les remettrez à l'agent
LA DÉPORTATION. Io3
du Directoire executif, qui vous eu donnera décharge, dont vous me ferez passer copie parla première occasion.
Minute. N" m.
Paris, le 22 fructidor an v — 8 septembre 179;.
Du même au commandant des armes à Rochefort.
[Ordre d'embarquer un détachement de ving-t soldats d'artillerie de marine, commandé par un lieutenant, chargés exclusivement de la garde des déportés.]
Vous voudrez bien remettre copie de cette lettre au commandant de la Vaillante, en même temps que ses instructions. Vous y ajouterez une consigne sur l'ordre de service qui devra être suivi à bord pour la g"arde et la surveillance des déportés, et vous m'en adresserez également une copie.
Je ne puis vous faire passer la liste que je vous avais annoncée par le dernier courrier; elle vous sera remise par les agents qui conduiront les déportés à Rochefort i.
P. S. Vous remettrez copie de la liste à l'ordonnateur et au capitaine de la corvette. Ci-joint une lettre pour l'agent du Directoire à Gayenne, dont vous chargerez le capitaine sur son reçu
Minute. N" 114.
1. On voit que la liste ne fut définitivement arrêtée qu'au dernier moment.
2. Je n'ai pas trouvé trace de cette lettre dont il eût été si intéressant de connaître les termes.
Io4 LA DÉPORTATION.
Rochefort, le 25 fructidor an v — ii septembre 1^97.
Le commandant des armes au juinistre de la marine et des colonies.
POUR vous SEUL
Citoyen ministre,
Conformément à votre lettre du 20 fructidor, j'ai donné les ordres les plus positifs pour le prompt armement de la corvette la Vaillante, qui devra se rendre en rade, si le temps le permet, le 27 de ce mois, et le 3o, elle sera prête à mettre sous voiles. Deux petits bâtiments armés sont destinés à recevoir les déportés que vous m'annoncez, afin de les conduire avec sûreté à bord de la Vaillante. J'ai pris des dispositions pour que ces individus n'entrent même pas en ville, comme vous paraissez le désirer. Ils seront conduits au lieu destiné pour leur embarquement et aussitôt conduits, sous bonne et sûre garde, à bord de la Vaillante en rade.
Je remplirai d'ailleurs toutes les dispositions que vous me prescrivez relativement à la sûreté de ces individus aussitôt qu'ils seront embarqués sur la Vaillante. Si le temps ou d'autres circonstances retardent son départ, alors toutes espèces de communications seraient interdites à cette corvette. Je ferais mouiller un petit bâtiment auprès d'elle et qui serait chargé d'empêcher à aucune embarcation de communiquer, et les besoins que la Vaillante pourrait avoir lui seraient fournis par ce bâtiment.
Il eût été nécessaire que j'eusse été prévenu deux ou trois heures avant l'arrivée de ces déportés, afin d'être
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prêt à les recevoir, aussitôt leur approche de Rochefort, et les faire conduire de suite au lieu de l'embarquement. J'aurais regardé comme une mesure de sûreté que le capitaine de la Vaillante lût un homme mûr. Celui qui la commande maintenant, quoique très instruit, n'a que vingt et un ans. Il faut un homme de tête pour remplir une mission aussi importante. Je me permets cette réflexion, citoyen ministre, parce qu'il est possible que l'âge du citoyen Jurien ne vous soit pas connu i.
Le vice-amiral, Martin.
Original. N" 126.
Même date.
De V ordonnateur au ministre.
Satisfait de l'envoi de fonds : « La caisse de la marine est sans un sol et il en résulte que tout le monde crie, m
Orig-inal. N» 128.
Rochefort, le 27 fructidor an v — i3 septembre 1797.
Le commandant des armes au ministre de la marine et des colonies.