A LUI SEUL
Citoyen ministre, J'ai reçu votre lettre confidentielle du ii vendémiaire : je ne pouvais pas prévoir qu'un des articles de la consigne que vous m'aviez ordonné d'établir à bord de la Vaillante, relativement aux déportés, eût vicié {sic) dans le temps que je leur avais accordé pour prendre l'air matin et soir. Je m'attendais, au contraire, que cette faveur que je leur avais donnée, sans votre ordre positif, aurait
Il8 LA DÉPORTATION.
peut-être subi quelques difficultés. Si vous voulez bien vous faire présenter votre lettre du 20 fructidor (à vous seul), vous y trouverez, troisième paragraphe : « Dès que « ces individus seront arrivés à Rochefort et qu'ils vous « auront été remis par les agents chargés de les escorter, « vous les ferez embarquer de suite, mon intention étant « qu'ils ne séjournent pas un instant dans la ville, mais « qu'ils se rendent, dès leur arrivée, à bord sous bonne « garde, et qu'ils j^ soient consignés au capitaine Jurien, a pendant toute la traversée, sous sa responsabilité i. »
Il était donc certain, d'après ce paragraphe, que les déportés devaient être consignés pendant la traversée. Vous savez aussi bien que moi, citoyen ministre, que l'homme qui est consigné à la mer, doit nécessairement être dans sa chambre ou aux fers, puisque la position du vaisseau sur lequel il se trouve, ainsi que tous ceux qui ne sont pas consignés, leur interdit nécessairement la communication avec la terre. J'ai donc cru, en accordant deux heures par jour à ces déportés pour prendre l'air, avoir outrepassé vos instructions, persuadé d'avance qu'il était presque impossible qu'ils eussent fait la traversée sans cette disposition qui, d'ailleurs, était prescrite par l'humanité et par les dispositions humanitaires du Directoire à l'égard de ces provocateurs à la royauté.
Gomment, d'après ce paragraphe et la manière dont ces individus ont été conduits à Rochefort, pouvais-je me permettre de leur accorder toute liberté à bord de la Vaillante ?
Les chariots qui les ont conduits avaient des barreaux de fer, ils étaient fermés à clef, et on ne me les a remis que les uns après les autres, et avec toutes les précau-