‹ 18 fructidor: documents pour la plupart inéditsChapitre 70 sur 180 · I. Supra, IX, p · texte numérisé non relu

I. Supra, IX, p

LA DÉPORTATION. IKJ

tioiis, quoique environ 3oo hommes fussent sous les armes. Cette mesure de sûreté ne m'ordonnait-elle pas de prendre également toutes les précautions pour remplir les ordres que vous m'aviez transmis, en assurant, par tout ce qui était en mon pouvoir, l'arrivée de pes déportés au lieu de leur destination ?

Le quatrième paragraphe de votre lettre du ii vendémiaire dit que l'article 8 de la consigne ne remplit pas vos intentions en ce que le citoyen Hurteaud, commandant le détachement destiné à la surveillance des déportés, ne devait pas être chargé du commandement de la garnison de la Vaillante. Vous n'ignorez pas, citoyen ministre, que le détachement de cette corvette ne comporte pas d'officiers. Puisqu'il s'en trouvait un embarqué accidentellement, il me paraissait convenable que cet officier fût chargé de la police du détachement formant garnison, pendant le temps qu'il devra être employé sur cette corvette. D'autant plus que tous les canonniers militaires embarqués sur la Vaillante appartenaient à la demi-brigade de cet officier. Je m'étais persuadé, citoyen ministre, que les dispositions que j'avais prises tant pour l'article précédent que pour ce dernier auraient eu votre assentiment, parce que je n'avais opéré que pour le plus grand intérêt de la chose et en même temps pour que l'ordre et la sûreté la plus directe eussent rempli pleinement les intentions du Directoire exécutif. Les dispositions de sûreté prises ont indisposé les malveillants contre les agents du Directoire et enfin contre tous ceux qui ont fait exécuter les ordres au sujet de ces déportés I.

J'espère, citoyen ministre, avoir suffisamment justifié

I. Le ministre, clans la lettre qui suit, répond à cette observation.

ma conduite sur les reproches que vous me faites par votre lettre du ii de ce mois. Toute riiumanité qui m'était permise a été mise en exécution au sujet des déportés. Conformément à vos instructions, je leur ai fait passer des vêtements qui leur étaient adressés et 700 louis d'or. Le jour de leur départ, un petit bâtiment, sous les ordres d'un adjudant, était chargé de vivres frais et de différentes provisions qu'ils avaient demandées. Ce petit bâtiment n'a pas pu joindre la Vaillante. Cet acte d'humanité, qui n'avait pas été prévu dans les instructions, n'annonce pas un acte rigoureux de ma part. Je pouvais cependant m' opposer à l'embarquement de ces provisions, puisque vous m'aviez fixé leur ration à bord de la corvette.

Le vice-amiral, Martin.

Original. N° ifyj.

Paris, 27 vendémiaire an vi — 18 octobre 1797 Le ministre au vice-amiral Martin.

J'ai reçu, citoyen général, vos lettres des 5, 9 et 19 de ce mois, relatives aux individus condamnés à la déportation par la loi du 19 fructidor, et avec les deux premières, les procès-verbaux de réception de ces condamnés, tant à Rochefort qu'à bord de la corvette la Vaillante.

Si la malveillance a voulu jeter de la défaveur sur la conduite des républicains qui dans cette circonstance ont fidèlement exécuté la loi et les ordres du gouvernement, ils ont pour dédommagement l'estime du Directoire, celle des patriotes, et la satisfaction d'avoir bien rempli

leurs devoirs. Je m'honorerai toujours, citoyen général, de mériter la haine des ennemis de la République, et je vous dois la justice de croire que vous partagez ce sentiment.

Minute. N" 120.

Paris, II brumaire an vi — v novembre 1797. Du même au Directoire exécutif.

Citoyens directeurs, Je m'empresse de vous faire passer l'extrait d'une lettre que je reçois du consul de Saint-Ander (Santander), en date du 28 vendémiaire dernier. Le Directoire verra que la corvette la Vaillante, chargée de conduire les déportés à Gayenne, a paru le 11 du même mois sur la côte d'Espagne. Tout annonce que ce bâtiment a fait bonne route pour se rendre à sa destination.

Minute. N» 121.

Même date.

Du m,ême au consul de Santander.

[Le remercie de son empressement à lui donner avis du passage de la Vaillante, etc.]

Minute. N" 122.

Extrait du rapport adressé par le lieiitenaiit La Porte, commandant de la Vaillante, au commandant des armes à Rochefort i.

Après que j'ai déposé à cette colonie tout ce dont j'étais chargé d'y porter, il me reste à vous faire part de ce qui s'est passé relativement aux déportés.

Ils ont d'abord considérablement souffert, particulièrement pendant les dix-sept jours que j'ai resté dans le golfe; la mer était démontée, l'état où était plusieurs d'eux mont fait craindre que je serais obligé d'en jetter quelqu'un à la mer, mais le grand soin que j'ai eu pour eux les ont préservés d'un pareil accident. J'étais obsédé chaque moment pour faire une relâche en Espagne, c'est ce que j'ai constamment refusé, voyant ma résolution ils ont resté assez tranquille jusqu'à la vue de l'Isle Saint-Michel, c'est là qu'ils ont récidivé leurs demandes de relâcher, mais sourd à leurs propositions, ils m'ont accablé de reproches en disant que je voulais les faire mourir. Javais beau leurs perssadèr le contraire, ils nen ont rien voulu croire.

Dépassé la vue de cette Isle. je m'aperçus qu'il y avait de la dés.mion ci.reux, qu'il s'était formé plusieurs partis, qu'ils se quéréloit souvent qu'aupoint un jour ils en vinrent aux menaces ; ils portaient le point sur la figure du bonhomme Muriné (Murinais) en lui repro-

I. La première partie n'est qu'un journal technique de navigation : j'ai cru pouvoir l'omettre. Je reproduis telle quelle la pauvre orthographe du lieutenant La Porte, digne d'ailleurs de son français. Il mouilla à l'île d'Aix le i3 janvier 1798.

chant qu'il était la cause de ce qu'ils Eprouvait, ce M'' se défendit en leurs disant qu'il les avait prévenus assez atems que la mèche était éventée, ce débat a duré quelques instants, Ils ont fini par se Débonder et ont dit à Haute voix qu'une heure de plus leur plan était exécuté et réussy, qu'il en aurait coûté la vie à une infinité d'Individus, et Enfin ce qu'ils ont fait ils le ferait encore, voillà, citoyen ministre, les propos qu'ils ont tenus, et que je vous certifie.

Salut et Respect.

P^e La Porte.

Vu par le vice-amiral, commandant des armes, Martin.

Original,

MISSION DU GÉNÉRAL DUTERTRE i

Au quartier général de Paris, le 19 fructidor an v de la République française une et indivisible.

Aiigereaii, général divisionnaire, commandant en chef la dix-septième division militaire,

Atteste que le citoyen Dutertre, g-énéral de brigade, est employé dans sa division en cette qualité; ordonne

I. Dutertre a publié en 1800 un Mémoire justificatif d'où nous extrayons les pièces I, II, III, VII, VIII, XIII et XIV, que, du reste, nous n'avons pas

en conséquence à tous les ofiîciers sous ses ordres de lui obéir en tout ce qu'il ordonnera relativement au service militaire et le maintien de la République.

AUGEREAU

J'ai vu, dans la journée du 19 fructidor, le général Dutertre déployer la plus grande activité pour exécuter les ordres du gouvernement, transmis par le général Augereau.

Le chef de l'état-major, Charpentier.

Mémoire de Dutertre, p. 18.

21 fructidor an v.

Il est ordonné au général de brigade Dutertre de se rendre sur-le-champ au Temple, pour y prendre le commandement des troupes qui y sont stationnées pour la garde des détenus.

L'adjudant général chef de Vétat-major, Charpentier.

Idem, p. 20.

trouvées ailleurs. Voici le titre de ce mémoire : Départ du Temple, pour Cayenne, des déportés des ij et 18 fructidor an V, avec les instructions curieuses données au général Dutertre, chargé de les conduire à leur destination. Contenant un précis de la vie civile et militaire de ce général, nommé, le iQ fructidor, commandant du Temple. A Paris, chez Uesenne, libraire, palais Égalité ; l'auteur, rue du Regard, maison Ferdinand, F. G*., m 806, an VIII. In-8, 62 p. On lit, à la fin : Dutertre, général de brigade. Paris, a5 ventôse. — Sur ce général Dutertre, v. Index alphabétique. • Faubourg [S'] Germain.

LA DEPORTATION. I2iJ

Au quartier g-énéral de Paris, le 21 fructidor an v de la République française une et indivisible.

Augereaii, général divisionnaire, commandant en chef la ly^ division militaire ^

Ordonne au général de brigade Dutertre, commandant au Temple, de ne laisser communiquer avec les prisonniers détenus au Temple que les épouses de ceux qui sont reconnus en avoir, avec leurs enfans, et d'en prohiber l'entrée à tout mâle, quelle que soit la permission qui lui serait présentée.

Le général en chef,

AUGEREAU

Idem, p. 20, et A. N. AF m, 4C.

Même date.

Le ministre de la police générale transmet au Directoire une pétition de la citoyenne Laffon-Ladebat , tendante à obtenir, pour son mari, la permission d'être conduit chez lui sous bonne et sûre garde, pour mettre ordre à ses aftaires, qui intéressent un grand nombre de négociants. Le ministre observe que, si on n'accordait pas la permission demandée, il en pourrait résulter plusieurs banqueroutes. Le Directoire permet au ministre de la police générale de faire conduire chez lui le citoyen Laffon-Ladebat, à la charge par lui d'en répondre personnellement.

Registre des délibérations du Directoire. AF m*, 20.

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