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XIX I

Copie de la lettre du Commissaire da Directoire exécutif près V adm^inistration centrale du département de la Vienne, datée de Poitiers le i^^ vendémiaire an VI, adressée au ministre de la police générale.

Citoyen ministre, Je crois devoir vous rendre compte de ce qui s'est

I. Les trois lettres suivantes (XIX, XX et XXI), qui émanent de diverses autorités du département de la Vienne, lurent transmises au Directoire par le ministre de la police le 22 vendémiaire an vi. Les réponses des administrations d'Indre-et-Loire et du Loiret nous manquent.

l36 LA DÉPORTATION.

passé dans cette commune, lors du passage et du retour du général Dutertre chargé de l'escorte des déportés, et de la conduite tenue par les autorités constituées.

J'avais été informé, quekpies jours avant l'arrivée des détenus, que beaucoup de voitures très chargées d'hommes et d'effets avaient passé à Richelieu et étaient dirigées sur Poitiers et Ghâtellerault ; craignant qu'il se fût formé quelques projets pour enlever les déportés à leurs conducteurs, de concert avec l'administration départementale, je fis mettre en marche toute la force armée du département, éclairer tous les chemins de traverse et autres qui ont leur débouché sur la grande route par où devait passer l'escorte ; surveiller tous les voyageurs avec ordre d'arrêter tous ceux qui ne seraient pas munis de passeport en forme et de dissiper toute espèce de rassemblement qui paraîtrait vouloir se former.

L'escorte a traversé le département sans rencontrer la moindre opposition et le plus léger obstacle; mais je ne vous tairai pas que la société dont le général Dutertre s'est entouré, ses propos, ses menaces ont généralement scandalisé tous les citoyens de ce département, et qu'il a donné des inquiétudes dans les communes qu'il a traversées.

L'arrivée de ce général à Lusignan par ordre du gouvernement a paru faire plaisir à la majeure partie des citoyens ; mais, comme la jeunesse n'est jamais assez sage pour exprimer sa joie sans exaltation, plusieurs jeunes gens se sont livrés à des excès' envers sa personne, à la sortie de cette commune le jour d'avant-hier, de manière que, sans respect pour la justice, il a été non seulement insulté, mais encore éclaboussé ; ce délit ne pouvant rester impuni, les autorités constituées ont pris de suite les mesures nécessaires pour en faire rechercher et punir les

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auteurs; déjà il y a eu des mandats d'arrêt décernés contre quelques-uns d'eux et trois sont dans ce moment dans la maison d'arrêt, les autres sont pareillement poursuivis.

Tel est, citoyen ministre, le compte que j'avais à vous rendre sur la conduite du général Dutertre et de celle tenue à son égard; il vous convaincra sans doute que les fonctionnaires publics de ce département ne négligeront rien pour maintenir la sûreté des personnes et surveiller l'exécution des lois.

Salut et respect.

Signé : Bonnefon.

Copie de la lettre du Commissaire du pouvoir exécutif près l'administration municipale de Poitiei^s, datée de Poitiers le ^^ complémentaiî^e an Y, adressée au ministre de la police générale de la République.

Citoyen ministre.

Le général Dutertre, commandant de la force armée qui conduisait à Rochefort les déportés, en arrivant le i^'' complémentaire dernier en cette commune, rechercha tout ce qu'il y a de plus méprisable parmi les habitants de Poitiers et en forma son cortège tant qu'il y resta ; il alla loger chez lliomme le plus immoral et le plus crapuleux; et l'action seule de choisir pour logement la maison de cet individu eût sulli pour aliéner de ce général les esprits même des citoyens paisibles. J'ose vous assurer qu'aucun administrateur, soit civil ou militaire, n'eût voulu l'accompagner dans les rues, en le voyant environné, ainsi qu'il l'était, des terroristes les plus décidés.

l38 LA DÉPORTATION.

Ce général fut arrêté hier par ordre du gouvernement à cinq lieues de Poitiers, et y vint coucher le même soir; il en a {sic) parti aujourd'hui sur les deux heures de Faprès-midi, escorté de plusieurs gendarmes; lorsqu'il a traversé la place publique, plusieurs individus royalistes et ennemis du gouvernement se sont permis de le huer, et môme de le menacer en criant : A bas le Terroriste, etc. Aussitôt que le rapport m'en a été fait, ennemi de tous les partis, jaloux de faire respecter les personnes, et surtout un homme que le gouvernement avait chargé d'une mission importante et qu'il rappelait auprès de lui sans avoir déclaré s'il était coupable, je viens d'écrire aux gendarmes de cette résidence, qui s'étaient réunis aux autres gendarmes pour l'escorter jusque hors des murs de cette commune, de dresser procès-verbal de ce qui s'était passé et de désigner ceux qu'ils auraient pu connaître pour avoir participé à ce délit ou pour en être les auteurs, et de me remettre de suite ce procèsverbal afin que je le fasse passer au juge de paix, en l'invitant à procéder à l'information. Voilà, citoyen ministre, le compte exact de ce qui a eu lieu aujourd'hui dans cette commune ; je ne vous cacherai pas que l'arrestation du général Dutertre et son passage ici a paru être un triomphe pour les royalistes; mais ce triomphe ne sera d'aucun avantage pour eux, et je vous assure que j'emploierai tous mes moyens pour les comprimer et pour maintenir la paix dans Poitiers ainsi qu'elle y a été maintenue depuis deux ans.

Salut et respect.

Siarné : Dassier.

Id. ^

LA DÉPORTATION. iSq

XXÎ.

Copie de la lettre de l'accusateur public près le tribunal criminel du département de la Vienne, datée de Poitiers, le 2 vendémiaire an VI, adressée au ministre de la police générale.

Citoyen ministre, Je Yous ai marqué par ma dernière que des anarchistes royaux, faisant partie d'un rassemblement armé qui a eu lieu le 10 thermidor dernier, d'où étaient partis plusieurs fois les cris d'A bas la cocarde nationale, d'A bas la République, à' A bas les accfuéreurs de domaines nationaux, avaient été acquittés par le jury d'accusation. Cette impunité vient d'occasionner une autre scène dont on voit peu d'exemples par la férocité qui l'a accompagnée. Les déportés sont arrivés à Poitiers le i^^" jo^^i' complémentaire : beaucoup de citoyens sont allés au-devant d'eux, tout s'est passé dans le meilleur ordre. Personne ne s'est permis de les invectiver, et ils sont partis le lendemain ; un courrier a passé dans la nuit du 2® au 3^ jour complémentaire ; il était porteur de dépêches concernant le général d'escorte, et le secret aurait {sic) apparemment transpiré. Que font ces mêmes hommes du 10 thermidor de Poitiers, ces mêmes collets noirs et dont pas un ne s'était trouvé à l'arrivée des déportés ? Ils vont se poster à la porte de la ville et attendent le général ; arrivé, ils l'accablent d'injures et d'outrages, lui crient : A bas le scélérat, à bas le voleur ! Il leur répond par des cris : Vive la République ! Mais ils n'en deviennent que plus furieux, ils veulent le frapper, et ce n'est que par la rapidité de son cheval qu'il évite les coups qu'on lui porte. Tous ces excès de furieux n'assouvissent pas leur rage ; le lendemain, sur les une heure du soir, époque de

l4o LA DÉPORTATION.

son départ, ils vont au milieu de la ville, Fattendent dans une descente ; là, son cheval ne peut courir, il éprouve toutes les bordées d'injures qu'on lui adresse, on le traite encore de voleur, de scélérat, de coquin, on lui jette des pierres, on couvre son habit de boue, on lui crache à la figure, les gendarmes d'escorte ne peuvent rien faire pour sa défense, ils sont obligés de céder à la multitude. Un de leurs camarades se trouve là par hasard ; il accourt, ces scélérats se saisissent de lui, l'acculent près d'un mur, il ne peut rien faire non plus pour venger l'outrage fait à la loi et à l'humanité. Il est possible que ce général, que je n'ai pas vu et dont je ne sais pas le nom, soit coupable ; mais était-ce une raison pour l'outrager, le frapper, le vilipender, le couvrir de boue ? Il était conduit par des gciidarmes, il était sous la protection de la loi, il devait être respecté ; mais, comme il avait conduit les déportés et qu'il s'était montré patriote, ils avaient le malin plaisir en l'insultant d'outrager les patriotes de Poitiers et de la République elle-même. Cette scène est passée, une autre reviendra peut-être, et les malheurs les plus graves peuvent éclater ; il commencerait donc à être temps que ces horreurs cessassent, autrement le fonctionnaire public, qui remplit les devoirs de sa place avec zèle, qui poursuit tous les malveillants, ne serait pas en sûreté. Le Directoire, qui verra que les autorités constituées, qui avaient été instruites des avanies faites à ce général le jour de son arrivée, devaient veiller à ce qu'elles ne se reproduisent pas le lendemain, y pourvoira sévèrement, cela

est nécessaire.

Salut et respect.

id. Signé : Motel i.

I. Voici en <-:\ ■]^ termes Dutertre raconte ces incidents : « En attendant mon arrivée de Lusignan à Poitiers, un rassemblement avait été formé de

LA DEPORTATION. l^l

25 vendémiaire — 16 octobre.

Le général Dutertre a rompu ses arrêts et est parti pour l'armée d'Allemagne, où il avait été appelé par un arrêté (lu Directoire antérieur à sa mise en arrestation 1. Le Directoire arrête que ce général sera arrêté et amené à Paris pour rendre compte de sa conduite.

Registres des délibérations du Directoire, AF m*, 20.

parents d'émigrés; en un mot, d'individus tous notés par leur haine pour la Républifiue. Je fus donc accueilli à Poitiers, à peu près comme le Messie allant au lieu de son supplice, au milieu des hurlements épouvantables : A bas le buveur de sang! le protecteur des scélérats! La force armée eut beaucoup de peine à contenir cet attroupement, enivré de fureur, qui voulait se porter aux derniers excès contre moi. J'avais du moins lieu d'eFî)érer que ce premier essai infructueux me garantirait le lendemain de toute insulte. Dès sept heures du matin, cette scène outrageante recommença : pendant toute la traversée de Poitiers, je fus invectivé, couvert de boue et poursuivi à coups de pierres. Un gendarme en fut blessé. J'échappai avec peine à ces furieux, à la tête desquels était un homme connu, à qui je fais grâce du nom et qui avait figuré avec distinction parmi les sectionnaires ameutés au i3 vendémiaire contre la Convention. » Mémoire de Dutertre, p. 55-56.

I. Dutertre produit en effet {Mémoire, p. 18) : i" une lettre du ministre de la guerre, en date du 20 fructidor, qui l'informe que le Directoire a jugé à propos de le remettre en activité et de l'employer dans son grade de général de brigade près l'armée de Rhin-et-Moselle et qui l'invite à se rendre le plus tôt possible à son poste ; 2° un arrêté du 5 vendémiaire an vi, signé de Revellière-Lépeaux, par lequel, « sur la demande du général en chef de l'armée du Rhin, le général Dutertre sera employé à l'une ou l'autre de ces armées » (p. 59). Le texte de cet arrêté est incomplet, puisqu'il ne parle que de l'armée du Rhin, tandis qu'Augereau réunissait dans ses mains le commandement de celle-ci et de celle de Sarabre-et-Meuse. Il y a, du reste, dans la fin de ce mémoire, des confusions de dates qu'il est sans grand intérêt d'éclaircir.

l42 LA. DÉPORTATIOX.

in.

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