Une note cCAiigereau
Un (les attachés au cabinet impérial écrivait, le '2 juin 1812, de Thorn à Auguste Duvau, chef du bureau de traduction, qu'il avait vu Berlin et que les dispositions morales qu^il avait observées étaient peu favorables aux Français ; « les reg^ards mêmes des belles Berlinoises, dit-il, n'étaient pas faciles à flécbir et vous sentez d'après cela que les Berlinois ne se seront pas piqués non plus d'une grande politesse. » Ces a dispositions morales » ne se sont ])as atténuées, au contraire, et le 28 décembre, Augereau qui commande à Berlin assure que la nation prussienne n'a que des « dispositions de baine » contre nous* et qu'elle veut « être délivrée » des Français. Le roi Frédéric-Guillaume III et son ministre Hardenberg, seuls, restent calmes au milieu de cette sourde agitation. Mais Augereau craint que le monarque ne puisse longtemps « maintenir la noblesse dans le respect et le peuple dans l'obéissance. » Des Français blessés, indisciplinés qui reviennent de Russie ont, « par des propos inconsidérés, augmenté la frayeur et l'irritation des habitants »; d'autres arriveront, en détachements plus forts, plus exigeants, et cela suffira pour faire éclater la haine, pour « rompre les faibles liens qui attachent encore les peuples à l'autorité, exciter des sou-
1. Le 22 décembre, dans une lettre à Berthier, il avait dit ; -« En considérant les progrès que fait depuis quinze jours le mauvais esprit des haJDitants, il y a lieu de concevoir de véritables inquiétudes, »
lèvemenls. » Augereau propose donc, dans une longue note, de « disposer un système de force, d'administration et de police » et de constituer sur rOder et l'Elbe deux lignes de troupes françaises et même prussiennes pour arrêter les soldats de la Grande Armée, les nourrir, les habiller , les organiser, les ramener au devoir. Mais, par suite , il faut former sans délai des approvisionnements considérables, former des magasins d'habillement et d'équipement sans recourir à la réquisition; ce qui ne ferait qu'exaspérer et le gouvernement et le peuple de la Prusse. « Si la France, conclut Augereau, n'affecte pas des fonds suffisants à l'entretien de ses troupes en Allemagne, elles ne pourront y exister, et de leur détresse et de la misère publique il résultera infailliblement un éclat funeste aux deux nations. »