‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documents (volume 2)Chapitre 103 sur 139 · Bachelii à Macdonald · texte numérisé non relu

Bachelii à Macdonald

Ce rapport du g^énéral Bachelu qui commande l'avantg:arde de la division Grandjean donne d'instructifs^ détails non seulement sur la composition et la marche de cette avant-garde, mais sur la défection de Yorck, et Ton y voit comment, le 30 décembre, les officiers prussiens montrent déjà, selon le mot de Bachelu, de la mauvaise volonté et comment les hussards noirs restent à Ragnit au lieu de se rendre à Tilsit, puis, comment le 31 décem.bre, à 5 heures, les dragons, au lieu d'aller loger dans l'intérieur de Tilsit, demeurent dans le faubourg pour mieux préparer leur départ. A 9 heures, Bachelu apprend que tous les Prussiens qui se trouvaient avec lui ont filé. Dès 5 heures, Massenbaclî leur avait fait dire qu'ils devaient quitter séparément Tilsit et traverser le Niémen sur la glace pour se rassembler près de la tête de pont et se joindre aux Russes.

Braunsberg, 8 janvier 1813.

Monseigneur, depuis le 12 novembre que V. E. a mis sous mes ordres une brigade prussienne composée des 2^ et o^ régiments d'infanterie de ligne, des 4® et 7*^ bataillons d'infanterie légère, des l^'' et 2"^ régiments de dragons, de deux escadrons du 3^ régiment de hussards et de deux batteries d'artillerie commandées par le major Graumann, je n'ai eu qu^à me louer du zèle dont ces troupes étaient animées. M. le brigadier de Horn qui commandait cette brigade, officier d'une valeur au-dessus de tout éloge, m'a toujours paru animé des meilleurs sentiments. Dévoué à son souverain, il était convaincu que l'ai-

liance de la Franco était dans les intérêts de son maître. Tout le monde suivait son exemple.

Dans la retraite, les troupes sous ses ordres ont été divisées. V. E. n'a conservé à l'av^ant-garde que le 1^^ régiment de dragons, la batterie d'artillerie légère, le major Graumann, les hussards noirs, un bataillon du 2^ régiment d'infanterie.

Le zèle et la bonne volonté des officiers et des soldats parut encore redoubler dans cette circonstance difficile. A Kelm, on annonçait que l'ennemi avait des forces imposantes. Les hussards noirs qui étaient en tète de ia colonne n'hésitèrent pas à se précipiter dans la ville d'où ils chassèrent les hussards d'Issum qui l'occupaient et auxquels ils firent une trentaine de prisonniers.

A Pictupônen nous rencontrâmes la brigade du général Vlastov. On ne put atteindre que deux bataillons qui, chargés par les dragons et les hussards, mirent bas les armes. Nous avions marché pendant dix heures sans interruption.

Le 27, à 10 heures du soir, l'avant-garde entra dans Tilsit. Jusque-là les marches forcées tjue nous avions été obligés de faire par un froid très rigoureux et toutes les intempéries de la saison n'avaient occasionné aucun murmure.

Le 28, l'avant-garde se mit en marche à midi et se dirigea sur Ragnit. Plusieurs officiers vinrent m'observer que les troupes étaient extrêmement fatiguées et que, s'il fallait combattre, elles étaient hors d'état de rien entreprendre. Trois escadrons de hussards noirs, commandés par le major Gosel, en s'approchant de Ragnit sans aucune espèce de précaution, tombèrent dans une embuscade de 4 à 500 chevaux russes commandés parle colonel Tettenborn et furent ramenés avec vigueur pendant une demi-lieue.

Je fis former les escadrons de dragons; ce qui

arrêta la poursuite de l'ennemi (jui se retira; nous entrâmes dans Ragnit.

Trois officiers et une vint^taine de hussards étaient au pouvoir de l'ennemi. Nous apprîmes que M. le capitaine de Zastrow qui était au nombre des prisonniers avait reçu plusieurs blessures. Cet officier, Tun des plus distingués de l'armée prussierme, était vivement regretté. V. E. consentit à ce que je proposasse son échange et à donner à sa place un lieutenant-colonel russe. J'envoyai le 29 M. le capitaine d'Auer^ proposer cet échange.

Le 30^ au matin, M. Rha^ qui faisait les fonctions d'adjudant, vint, au nom des officiers, me demander la permission de conduire un chirurgien et porter de l'argent au capitaine de Zastrow. Il revint dans la soirée.

A 8 heures du soir, je reçus l'ordre de V. E. de rentrer dans la nuit à Tilsit. J'ordonnai sur-le-champ ce mouvement. Une demi-heure aprtis M. le lieutenant-colonel de Treskow, commandant du régiment des dragons, M. le major Stiern, du même régiment, M. le major Gosel, commandant des hussards noirs, et M. le capitaine d'Auer entrèrent chez moi et, ce dernier portant la parole au nom de tous ces messieurs, m'observèrent que le temps était très mauvais, qu'on risquait de perdre beaucoup de monde, qu'il fallait attendre au lendemain matin pour se mettre en marche.

Gomme je n'étais point du tout disposé à y consentir, il y eut une espèce de discussion assez vive. M. le colonel de Treskow m'observa qu'il était responsable de son régiment à son souverain et qu'il ne partirait qu'à la pointe du jour. Cependant^ la colonne s'est mise en marche, malgré tous les retards et la mauvaise volonté qu'on y mettait.

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