‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documents (volume 2)Chapitre 11 sur 139 · La disgrâce de Dessolle · texte numérisé non relu

La disgrâce de Dessolle

Le 5 mars, TEmpereur avait ordonné que Dessolle serait eFnployé à la Grande Armée et devait se rendre de sa personne, le 20 mars suivant, à Fulda. L'ancien chef d'état-major de Moreau devint clief d'état-major du 4^ corps d'armée, connu sous le nom d'armée d'Italie et commandé parle vice-roi d'Italitî ou prince Eugène ^

Mais, le 31 juillet, de Vitebsk, Bertliier écrivait à l'Empereur : « Le général Dessolle expose que sa santé ne lui permet plus de continuer le service; je prie en conséquence Votre Majesté de vouloir bien lui permettre de se retirer dans sa famille. »

Le 19 août, à Smolensk, par un décret. Napoléon mit Dessolle à la retraite, et Dessolle, regagnant la France, alla vivre à Monliucdet, près Longjumeau. Puis, le 28 décembre, à son retour, Napoléon signait aux Tuileries un nouveau décret qui donnait à Dessolle une solde de retraite de 3.321 flancs.

D'où venait la disgrâce de Dessolle?

Il était mécontent — dit Labaume qui, comme on sait, appartenait à l'état-major du 4^ corps — il était « dégoûté par l'oubli de ses services; » il jugeait « combien il lui serait difficile d'acquérir un rang qui pût le mettre au niveau de ceux qui l'avaient

1. Quelle singulière erreur, à ce propos, dans les Mémoires de Mme de Chastenay! Elle assure (II, p. 314) que Dessolle « n'avait pas suivi l'Empereur en Russie » !

devancé dans la carrière et qui lui seraient toujours préférés. »

Mais Fain expose la vraie cause de Tévénement'. A Smolensk, dit-il, « l'Empereur ne peut pas s'abstenir de remarquer de mauvaises dispositions qui se trahissent souvent d'elles-mêmes. Quand il veut lire tout ce que le secret du cabinet fait passer sous ses yeux, il est bien rare qu'il n'y découvre pas les effusions les plus secrètes, et parfois, sensible à l'offense, il se laisse blesser. La défaveur alors, la disgrâce même éclate, et les vrais motifs de cette sévérité, qui resteront méconnus, seront peutêtre abandonnés aux interprétations de l'avenir, comme des caprices du pouvoir, comme l'effet de suggestions jalouses, comme la preuve d'une volonté intolérable qui brise ce qu'elle ne peut plier. » Puis^ après ces réflexions, Fain raconte que l'armée « apprit avec étonnement que Dessolle avait obtenu la pernn'ssion de retourner en France. )> Dessolle fut donc disgracié, non parce qu'il se plaignit de ne pas avoir un commandement digne de lui et qui lui vaudrait le maréclialat, mais parce que dans ses lettres, dont l'Empereur eut connaissance, il ne cachait pas ses « mauvaises dispositions. »

i. Manuscrit de mil huit cent douze (I, p. 339). Mais Fain se trompe en disant que Dessolle obtint, le 22, la permission de retourner en France : Dessolle fut, le 19, mis à la retraite.

]0. Smolensk ou Moscou.

On venait d'apprendre à Paris que Napoléon marchait de Smolensk sur Moscou et on savait que la Turquie avait conclu la paix avec la Russie, queBernadotte avait fait un arrangement avec Alexandre et que deux armées russes, devenues disponibles, allaient, l'une, de Moldavie, l'autre, de Finlande, se porter contre les Français. On pensait que Napoléon, écoutant les conseils de la prudence^ donnerait à son armée déjà 1res fatiguée le temps de se refaire, et comme dit Pasquier [Mém. II, p. 4), qu^il allait fortifier, assurer sa position sur la Dvina, organiser la Pologne, y passer l'hiver : nV^tait-ce pas se mettre en mesure de dicter la paix ou d'entreprendre au printemps une campagne décisive?

Ce fut alors qu'eut lieu entre Pasquier, le préfet de police, et Decrès, ministre de la tnarine, un mémorable entretien. Pasquier passe à cheval sur la place Louis XV, et Decrès, qui sort à pied de son ministère, l'aperçoit, l'appelle, lui montre un hôtel qu'il vient d'acheter, l'emmène dans le jardin et là, durant une heure, l'entretient de la situation et l'assure que l'Empereur court à sa perte. « Il a, s'écrie Decrès, la folie de repousser tout ce qui semble contrarier ses espérances. Croyez-vous qu'une corde aussi tendue peut résister longtemps? C'est un homme perdu. » Pasquier n'avait avec Decrès aucune intimité. Il fit, pour la forme, quelques objections et, en riant, il remercia le ministre de sa confiance qui était grande puisque Decrès, depuis deux ou trois ans, n'avait pas

échangé une parole avec lui. « Je sais bien à qui j'ai affaire, » répondit Decrès. Mais, rapporte Pasquier, « je ne crois pas qu'en aucune conversation, à cette époque, on soit allé si au fond des choses. »

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