La route de Kovno à Moscou
Il n'est pas inutile de décrire la route que l'armée a parcourue de Kovno à Moscou, de dire ses étapes, de nommer, d'apprécier les principaux endroits où elle a passé, et la tâche nous sera aisée : nous n'avons qu'à extraire des lettres d'Edouard Mounier à sa femme (cf. pièce 4) cet itinéraire. Elles ne renferment d'ailleurs, outre des assurances d'éternel amour, que ses impressions de voyage.
Kovno (25 juin). Nous sommes logés en ville, chez un Russe, employé du gouvernement. Tu ne saurais croire combien est sale cette maison. Il y règne, depuis la cave jusqu'au grenier, une odeur infecte. Cependant à force d'ouvrir les fenêtres, nous com-. mençons à la purifier.
Eve (28 juin). Le 26 à H heures du soir, ordre de partir. A 7 heures du matin, nous sommes arrivés à un village appelé Roumchiki. On y a fait halte au milieu d'une ancienne voirie. Le lieu n'avait rien de propre à faire savourer mon déjeuner de pain et d'eau, auquel j'ai joint cependant un morceau de saucisson que m'a donné un ingénieur.
A 3 heures après midi, nous sommes arrivés à Chichmori, seconde poste sur la route de Vilna. Quoique marqué sur la carte comme une ville, et en portant le nom, ce n'est qu'un amas de maisons de bois, construites en troncs d'arbre posés les uns sur les autres et couvertes en paille, avec une église également en bois. Mais à un quart de lieue, est une
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maison en pierre, ou même château d'assez belle apparence. C'est là que nous sommes descendus. Malheureusement, il n'y avait pas le moindre meuble et pas môme de la paille. J'allai coucher dans une grange voisine.
Aujourd'hui, nous nous sommes mis en route à 5 heures du matin, et nous voici dans la maison où l'Empereur a passé la nuit, auprès du village d'Eve. En entrant dans cette maison, j'y ai trouvé plusieurs officiers et quelques personnes de la Maison* mangeant à la gamelle. Je me suis mis de la partie. La soupe était fort bonne. J'espère bien dormir; il y a une chambre propre et de la paille fraîche.
Vilna (30 juin). La journée d'hier a été bien ennuyeuse et assez pénible. Nous nous sommes mis en chemin à 3 heures du matin et nous ne sommes arrivés ici, quoiqu'il n'y eût que dix lieues à faire, que sur les 8 heures du soir. Le temps était froid et nébuleux comme il l'est chez nous au mois de novembre.
Vilna est une ville de 20 à 30.000 âmes, assez bien bâtie et, en tout, infiniment mieux que je ne m'y attendais.
Gloubokoié (19 juillet). 11 arriva très inopinément un ordre de départ, et nous voilà, commençant la journée du 17 juillet, sur la route de Sventsiany. C'est un vrai désert que cette route. De Vilna à Sventsiany, il y a vingt ou vingt-quatre lieues à travers une forêt de pins presque continue. Nous arrivâmes à Sventsiany à 9 heures du soir, au moment où Sa Majesté en partait. Nous y trouvâmes encore à souper, et nous dormîmes jusqu'à 3 heures du matin.
A Sventsiany, nous avons quitté la route directe de la Dvina et de Dunabourg pour prendre une route de