Maret à Macdonald
Nouvelles du théâtre de la guerre données par Maret au^ duc de Tarente.
Vilna, 22 octobre 1812.
Monsieur le maréchal, je n'ai pas reçu de vos nouvelles depuis le 17. J'en conclus queTattaque sur Dahlenkircli n'a pas eu de suites et qu'il ne s'est passé aucun autre événement.
Il y en aura eu probablement, le 18 de ce mois, de fort importants du côté du maréchal de Saint-Cyr qui m'écrivait le 17 que l'ennemi avait formé quelques attaques sur différents points et notamment sur la rive gauche oii un corps venu de Drouïa avait forcé le poste de Bavarois, qui était à Disna, de se replier.
Le prince Radziwill avait prévenu, dès le 16, de ce mouvement, le général Coutard qui m'en avait informé le 18. Depuis cette dernière date je n'ai plus entendu parler de rien. J'ai quelque espérance que la division du O'^ corps qui était dès le 13 à Babinovitchi aura fait sur Vitebsk un mouvement utile au maréchal de Saint-Cyr.
Je n'ai rien de nouveau du prince de Schwarzenberg depuis ce quej'ni eu l'hormeur de vous mander par la lettre du 18. Il y a eu, comme vous le pensez bien, de vives alarmes à Varsovie. Tout ce qui me vient de là sent la peur et ne signifie rien. On y tenait pour certain dès le 17 que Grodno était occupé par
Tonnemi, et un officier, parti le 20 de cette ville, y a laissé tout tranquille!
Le mouvement du prince de Schwarzenberg de l'autre côté du Bug, ayant laissé ce pays-ci découvert, nous a procuré une aventure assez désagréable. Le 3^ régiment de lanciers de la garde qui se formait de la jeune noblesse lithuanienne et qui avait déjà entre 5 à 600 hommes montés s'est laissé surprendre le 19 au point du jour, à Slonim, où le général Konopka, qui se trouvait dans sa famille, était resté trop longtemps. Nous n^avons de nouvelles que par les fuyards. Nous ne savons pas encore ce qu'est devenu le général Konopka et ce qui aura échappé de son régiment. Une centaine d'hommes environ a gagné jusqu'à Vilna, croyant avoir l'ennemi à ses trousses. Leur arrivée a jeté ici de grandes alarmes. On a fait camper les troupes pour rassurer les esprits. Nous avons à peu près 5.000 hommes d'infanterie dont deux nouveaux régiments lithuaniens à une lieue en avant de la ville; ils ont l'air d'être prêts à faire campagne, mais ils n'en auront pas le plaisir. Un officier que j'avais envoyé avant-hier à Bienitsa, sur le Niémen, revient et me rapporte que non seulement il n'a pas paru un seul Cosaque sur les bords de la rivière, mais que les paysans dont les relations les font marcher le plus vite les supposent encore à quatre milles au delà.
La 34^ division qui se forme à Konigsberg doit y être arrivée depuis plusieurs jours. S. M. m'écrit que c'est une réserve pour la gauche. Elle sera composée de 19 bataillons formant trois brigades. Le général Loison aura sans doute des instructions éventuelles pour l'appui que cette réserve pourrait vous donner.
LA CIUKRKE DK lU SSIK 109