‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documents (volume 2)Chapitre 61 sur 139 · Victor à Berthier · texte numérisé non relu

Victor à Berthier

Victor mande de nouveau à Berthier 1' « état déplorable » de ses troupes et déclare qu'il ne peut attaquer Tennemi, qu'il veut conserver les moyens qu'il possède encore pour les employer utilement dans une occasion qui se présentera prochainement; et, en ce moment, il a raison : il ne faut pas s'exposer à (oui perdre.

Krasnogoura, 19 novembre 1812.

Monseigneur, depuis le 15, le temps est si mauvais, le froid si rigoureux, les privations si grandes que nos soldats en sont accablés. Les plus forts y résistent avec peine, et la majeure partie, jeune et faible, succombe sous le poids de la misère.

Cet état déplorable des troupes que je commande, état qui empire tous les jours, ne m'a pas permis de faire de nouvelles tentatives sur l'ennemi. C'eût été nous exposer à tout perdre et j'ai dû préférer la conservation des moyens que nous possédons encore, pour les employer utilement selon les occa sions qui se présenteront sans doute bientôt.

Je sais que Farmée impériale se rapproche d'Orcha. Si elle continue son mouvement rétrograde et que Tennemi la suive, il sera bien important que je connaisse sa marche pour agir de manière à la soutenir, à la couvrir même^ si j'en vois la possibilité. Des instructions à ce sujet me sont d'autant plus nécessaires qu'un corps ennemi pourrait, en partant de Yitebsk^ marcher sur la grande connuu-

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nicalion d'Orcha à Borissov ot m'y devancer, si je restais plus longtemps ici dans l'ignorance des mouvements des deux grandes armées. Je prie donc très instamment Votre Altesse Sérénissime de me faire parvenir les ordres de Sa Majesté.

Nous avons fait hier quelques prisonniers qui nous donnent les renseignements suivants, d'après lesquels il semble que Wittgenstein concentre ses forces entre la Oula et l'Oucliatch. Un sergent d'artillerie qui fait partie de ces prisonniers et qui paraît intelligent a fait cette déclaration sur les demandes (jui lui ont été faites.

« Le corps de Wittgenstein est maintenant composé des 5% 14% 21% 25% 26^ et 27' divisions, mais aucune n'est complète. Les unes sont de trois régiments; d'autres de quatre. La cavalerie se compose du régiment d'Iambourg dragons, de Riga, idem^ de Grodno hussards, des chevaliers-gardes (deux escadrons), des cuirassiers (cinq escadrons), des houlans (deux escadrons) et de deux régiments de Cosaques. Ce corps d'ai niée a 120 bouches à feu bien attelées et servies par sept compagnies d'artillerie à pied et trois compagnies d'artillerie à cheval. Les régiments d'infanterie sont de 1.000 à 800 hommes chacun. 11 y a, en outre, 8.000 honnnes de milices. Ces troupes sont^ partie à Tchachniki, Lepcl, Botchéïkovo, Kamen et Ouchalch. 11 y a quelques corps à Biéchenkovitchi et à Ostrovno. 11 y a àTchachniki un nond)re considérable de l)lessés des dernières affaires. »

Tels sont les renseignements donnés par ce sousofîicier.

J'attends avec beaucoup d'impatience le retour de l'aide de camp que j'ai expédié le 16 à V. A. S. avec mon rapport sur les combats des 13 et 14. Y. A. aura vu les dispositions (|ue j'avais fait<is pour remplir les intentions de S. M. et les contrariétés inattendues

que j'ai éprouvées. Je désire vivement de tro.uver une occasion de réparer un mal dont je ne suis pas Tauteur. J'en ai la volonté la plus décidée et j'y emploierai tous mes moyens. Je suppose toujours qu'un effort par Biéchenkovitclii, Botchéïkovo et Kamen remplirait les vues de l'Empereur. Ce mouvement était sans danger lorsque j'ai voulu le faire. Il n'y avait pas assez de troupes ennemies à Vitebsk pour s'y opposer. Peut-être qu'aujourd'hui, si le même mouvement devait avoir lieu, conviendrait-il qu^un corps de la Grande Armée le soutînt.

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