‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documents (volume 2)Chapitre 60 sur 139 · De Smolensk à Orcha · texte numérisé non relu

De Smolensk à Orcha

Récit de ce que fît le 48« régiment, commandé non plus par le colonel Groisne (devenu général), mais par le colonel Pelet, lorsqu'il suivit le maréchal Ney, g^agna le Dnieper, •le côtoya quelque temps, puis le franchit, et à travers mille périls, grâce à l'extraordinaire énergie du maréchal, finit par atteindre Orcha. Ce récit est tiré du Rapport historique du capitaine Robbe, cf. pièce 19.

Le récçiment réunit à Smolensk 900 homaies présents sous les armes ou détachés dans le corps d'armée et passa sous les ordres du général de division Ricard.

Le 15 novembre, le régiment fut porté sur le bas Dnieper pour s'opposer aux mouvements de Tennemi. Il resta une partie de la journée en position sur les hauteurs et vint passer la nuit sur les bords du fleuve dans les dernières maisons du faubourg.

Le général de brigade Barbanègre prit comme général de brigade le commandement du 48*^ qui se glorifie de l'avoir eu pour colonel pendant quatre ans el qui le vit arriver avec la satisfaction la plus vive.

Le lendemain 16, les postes furent attaqués par les Cosaques qui passaient le Dnieper sur la glace et qui se retirèrent dès qu'on prit les armes. Le régiment, après avoir occupé les hauteurs pendant la journée, s'établit de nuit dans le faubourg de Vilna. La division avait été mise à la disposition du ma-

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réclial duc (rElchingen. Le coiniiiandant de l'artillorie du 48^' régiment, qui était réunie depuis longtemps au parc de la division, reçut, du général d'artillerie du l'^'^" corps, l'ordre de n'amener que deux des pièces du régiment. Le colonel avait reçu, quelques jours avant, du chef d'élat-major l'ordre de brûler tous les caissons de vivres et d'ambulance; ces deux ordres furent exécutés.

Le 17, on se mit en marche à 3 heures du matin. La division suivit la route de Krasnoï, fît halte à Koritnia, oii arriva le 3^ corps, et se porta pour passer la nuit dans un village à trois lieues plus loin. Elle rencontra les Cosaques et reçut quelques coups de canon de pièces françaises abandonnées sur la roule.

Le 18, au matin, la division se mit en marche au travers des Cosaques. Elle avait été rejointe à peu de distance par le S*" corps et se trouvait à moins d'une lieue de Krasnoï lorsqu'on aperçut l'ennemi en bataille à peu de distance de cette ville. Il présentait de longues lignes de cavalerie, plusieurs corps d'infanterie, et sa gauche s'étendait à peu de distance de la grande route. Un ravin assez profond nous séparait des Russes qui commencèrent la canonnade et développèrent une artillerie formidable.

Le 48^^ régiment reçut l'ordre de traverser le ravin, de suivre en colonne serrée la grande route et de changer brusquement de direction à gauche, pour charger les Russes à la baïonnette, dès qu'il se trouverait à la hauteur de leur flanc. Ces ordres furent exécutés. x\ussitôt que le régiment fut découvert et surtout lorsqu'il eut démasqué son mouvement, il fut écrasé par l'artillerie russe. On n'av^ait jamais vu une mitraille aussi épaisse ni aussi continue. Cependant ces soldats mourants de faim et de froid chargèrent si vigoureusement l'ennemi que deux foison vit ses pièces marcher en retraite et se remettre deux

fois en batterie. Le général de brigade et le colonel étaient à plusieurs pas en avant du premier peloton; ils y furent blessés grièvement l'un et l'autre. Le colonel, ayant le bras cassé d'un biscaïen et entendant que ce bruit, répandu dans les rangs, paraissait inquiéter le soldat, continua à marcher à la tète de sa troupe et ne quitta le champ de bataille qu'après avoir été atteint de deux biscaïens aux deux jambes.. Le régiment qui n'avait que 630 hommes sous les armes en perdit 330: il fut obligé de repasser le ravin et suivit le mouvement de retraite du 3° corps.

Par une marche aussi savante que hardie, ce corps fut porté sur le Dnieper, le traversa le 19 à la pointe du jour sur la glace qui se dérobait sous ses pas et gagna plusieurs lieues sur l'ennemi dont quelques postes furent enlevés. Marchant; presque continuellement au milieu d'un terrain très difficile, rempli d'ennemis, et au travers d'une nombreuse artillerie, il arriva dans la nuit du 20 à Orcha, où il trouva l'armée qui se mettait en marche le 21 au matin.

Le 48*^ a pris une part active et honorable au combat continuel qu'ont soutenu les diverses troupes qui se trouvaient alors sous le commandement de M. le maréchal duc d'Elchingen. Depuis Orcha il n'a plus combattu que contre les éléments déchaînés et riiorrible misère qui ont détruit ces anciens soldats, vainqueurs de tant de nations et couverts de tant de gloire.

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