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Le général Marchand

Le général Marchand que Napoléon rencontra devant lui en 1815, à Grenoble, était un brave et habile soldat, un des meilleurs parmi les hommes de guerre de TEmpire. Joubert faisait de lui un très grand cas: « Marchand, écriv^ait Joubert, a été un de ceux qui ont le mieux servi dans la campagne dltalie, et c'est un officier de la première distinction. » Napoléon estimait Marchand et l'employait volontiers. Il le confirma général de brigade (12 mai 1800) et le fit général de division (24 décembre 1805) et comte de l'Empire (26 octobre 1808). Il refusait en 1811 de lui donner le commandement de la 2^ division militaire en disant qu'on pouvait « l'employer plus utilement que cela », et, à ce qu'assure Senfft-Pilsach, il aurait écrit au roi Jérôme que Marchand, sans être maréchal d'Empire, valait à lui seul quatre maréchaux*. Aussi Marchand fut-il, en 1812, chef d'étatmajor du roi de Westphalie qui commandait l'aile droite de la Grande Armée. Voici, du reste, deux pièces importantes sur le rôle de Marchand dans la guerre de Russie : 1*^ la lettre confidentielle qu'il reçut de Berthier lorsqu'il fut nommé chef d'étatmajor de Taile droite; 2° une note de Marchand, trop brève, à notre gré, mais essentielle, sur ce qu'il fit en 1812.

1. A. Chuquet, Ordres et apostilles de Napoléon. Tome II, p. 197 et 2G7.

Lettre de Berthier à Marchand.

Paris, le 21 mars 1812.

A Monsieur le général de division comte Marchand.

Je vous préviens confidentiellement, monsieur le comte, que l'Empereur vous a désigné pour remplir les fonctions de chef d'étal-major de l'aile droite de la Grande Armée commandée par....

L'intention de Sa Majesté est que vous soyez rendu à Glogau le 1^^ avril. Faites vos dispositions en conséquence et venez me voir demain matin à midi. J*écris au ministre de la guerre pour le payement de vos frais de poste.

Vous aurez sous vos ordres MM. les adjudants commandants Mériage et Pelet. Ils reçoivent l'ordre d'être rendus le l*''" avril à Glogau, ainsi que le commissaire ordonnateur en chef Barthomeuf désigné pour ce corps.

Ces officiers ne doivent point connaître leur destination ultérieure que Sa Majesté vous ordonne de tenir secrète.

Informez-moi, général, de votre départ et écrivezmoi aussitôt votre arrivée à Glogau.

Le prince de Wagram et de Neuchàtel, major général.

Alexandre.

Note de Marchand.

La lettre que m'écrivit le prince de Neuchàtel le 2i mars 1812, est le seul ordre que j'ai reçu à cette époque, et sa nature indique assez que je ne pouvais pas en recevoir d'autres du ministre de la guerre.

Par cet ordre, je fus désigné pour être chef d'état-

major de l'aile droite de la Grande Armée, commandée par le roi de Wesplialie, et je remplis ces fonctions jusqu'au moment oIj le roi Jérôme, pour des raisons particulières, quitta le commandement de l'aile droite pour se retirer dans ses Etats.

A cette époque, le prince royal de Wurtemberg, qui commandait une division dans le corps de M. le maréchal Ney, étant tombé malade, je fus charg^é de le remplacer dans le commandement de sa division. C'est à ce poste que j'ai assisté à la bataille de la Moskova et à la fameuse retraite de Moskow {sic) dont le corps du maréchal Ney a constamment fait Tarrière-garde.

Tous mes bagages ayant été perdus à cette retraite, je n'ai pu conserver aucun des ordres que j'avais reçus pendant cette campagne, et il ne m'est resté que la lettre du prince de NeuchâteP.

Après l'entrée des débris de l'armée en Prusse, je fus chargé d'aller organiser la défense de la forteresse de Glogau et de venir ensuite attendre de nouveaux ordres à Francfort-sur-le-Mein. C'est dans cette dernière ville que je reçus l'ordre de me rendre à Wiirzbourg pour y organiser et prendre le commandement du 4^ corps, pour la campagne de 1813.

11 n'a pas écrit de AJérnoù^es, et c'est peut-être dommage : car sa relation de l'arrivée de Napoléon devant Grenoble, reproduite par nous dans nos Lettrées de 1815^ est vraiment intéressante. Mais, selon un de ses amis, cet excellent homme était très court d'esprit; « tout ce que j'ai à raconter de mes campagnes, disait-il une fois, c'est que j'ai eu bien

1. Nous avons donné dans notre tome II (pièces 113 et 114) deux lettres de Marchand, et on a vu qu'il avait pris le commandement delà division Loison. «Je désire, écrivait Murât, le 21 décembre, à Berthier, que vous donniez le commandement de la division Loison à M. le général Marchand qui sera chargé de la réorganisation de cette division. »

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diaud en Syrie et bien froid en Russie, que j'ai été blessé à Tassaut de Jaffa et que j'ai passé le Dnieper sur la glace avec Ney. » Peut-être Marchand se moquait-il de son ami, et tout cela, si peu que ce fût aux yeux de Marchand, valait la peine d'être raconté.

Ajoutons (jue Marchand ne; déplut pas du tout aux Wurtemhergeois qu'il commandait on 1812 ^ Scheler écrivait qu'il était sans aucune prétention, qu'il témoignait aux généraux beaucoup de confiance, qu'il conduisait sa division avec soin et prudence. On regrettait seulement qu'il n'eût pas assez crinfluence au quartier général; mais il n'était pas tracassier, il ne se mêlait de rien, e?' melirt sich in nichts, et il s'efforçait constamment de procurer à tous et à chacun autant d'avantage que possible.

Il a l'honneur d'avoir commandé le dernier détachement de l'armée française qui ait quitté le sol russe et il avait alors avec lui toutes les aigles du 3® corps ^. Avec Ney et Gérard, il est le héros des suprêmes jours de la retraite.

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