‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 101 sur 125 · Le maréchal Lefebvre · texte numérisé non relu

Le maréchal Lefebvre

Il comiTiandait la vieille garde pendant la cam pagno et, de longue date, il avait sollicité ce comjncHîdement. Napoléon hésita d'abord; il consulta Berthier; puis, le 10 avril, il donna la division de sa vieille garde à Lefebvre; après tout, comme il disait, le duc de Danzig était encore en état de faire la guerre et il avait et de l'expérience et de l'énergie au feu. Le 7 mai, le maréchal arrivait à Glogau et, durant la marche, de la frontière russe jusqu'à Moscou, il ne cessa d'exhorter son monde à l'endurance et à la résignation, de lui prêcher la vigilance : ne serait-il pas honteux pour la garde de se laisser enlever un poste derrière l'armée et sous les yeux de l'Empereur? Le 2 septembre, il l'engage à se préparer au très prochain combat dont le résultat ne saurait être douteux puisque l'Empereur connnande. Mais on sait (ju'à la Moskova la garde ne donna pas.

Chargé, après l'incendie de Moscou, de la police du Kremlin, le maréchal prend les précautions les plus sévères. Ne laisser entrer aucun Russe, tirer sur tout Russe qui cherche à pénétrer dans l'enceinte, envoyer dans le Kremlin et d'un bout à l'autre des patrouilles fréquentes, y faire le service nuit et jour comme dans une place de guerre, telles sont les prescriptions de Lefebvre. Aucun soldat de la garde ne peut sortir du Kremlin sans la permission de son capitaine et cette permission sera donnée rarement. Le duc de Danzig ne souffre même pas de cantinières dans le Kremlin. Pourtant des soldats sortent et commettent des excès. Lefebvre les menace. Gom-

ment des hommes d'élite, destinés à la garde de l'Empereur et qui devaient donner l'exemple de l'ordre et de la subordination, s'oubliaient-ils, s'avilissaient-ils ainsi? N^appréciaient-ils pas l'honneur d'appartenir à la garde? Certes, la masse du corps était bonne: mais il fallait, disait le maréchal, la purger de quelques mauvais sujets qui, chaque jour, causaient à leurs chefs des désagréments.

Durant la retraite, .il marchait a pied et il vit avec douleur le désordre de l'armée. Son dévouement, dit Roguet, fut alors des plus utiles et il trouvait toujours soit dans la vieille, soit dans la jeune garde, un bataillon pour garder son tondu de caporal.

Au sortir de Tolotchin, seul et à pied, un bâton à la main, dans le milieu du chemin, il apostrophe de sa voix forte et avec son accent allemand les traînards et les isolés : « Allons, mes amis, réunissonsnous! Il vaut mieux se joindre aux autres et se former en bataillons que d'être des lâches et des brigands! »

A rentrée du pont de la Bérésina, il essaie durant quelques instants de maintenir Tordre. Pion des Loches dit, assez vilainement, qu'il s'était transformé en piqueur et qu'il dirigeait entre deux haies de grenadiers les voitures impériales sur l'autre rive. Mais d'autres admiraient l'infatigable activité du vieux soldat : il portait une barbe blanche qui n'avait pas été faite depuis quelques jours, et le bâton noueux qui soutenait ses pas semblait être dans ses mains le noble bâton de maréchal.

On sait qu'il dut, non sans désespoir, laisser à Vilna son fils moribond. Il resta toutefois à la tête des troupes et partagea leurs privations, leur donna, comme dit encore Roguet, l'exemple de la fermeté et de la patience. A Vilna on le vit parcourir les rues en <:riant aux armes et rassembler sur la place les débris de la vieille garde, 600 hommes à peine!

Mais la mort de son fils qu'il ignore et qu'il pressent, accable Lefebvre, et, à la fin du mois de décembre, lorsque la garde n'existe presque plus — c'est sa propre expression — il demande la permission de revenir en France. Le 11 janvier, Napoléon donne ordre à Berthier de le renvoyer à Paris. •

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