‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 106 sur 125 · Alexis de Noailles · texte numérisé non relu

Alexis de Noailles

Alexis de Nouilles, chef d'escadron, aide de eariip de Bertliier, fut tué le 28 novembre à la bataille de la Béivsina.

Fort dévot, très bon militaire, remplissant avec scrupule les devoirs de son métier, brave, ardent, prodigue de sa vie, un de ces bommes, comme dit Ségur, qu'on croit avoir assez récompensés en les employant : tel était Noailles. Il portait, lorsqu'il périt, une paire d'épaulettes de l'Empereur qui lui avait été donnée le 25, au bivouac de Borissov, par Angel, l'huissier du cabinet.

Tout le monde, Castellane, Fezensac, Gonrgaud, le regretta. Le marécbal Ney remarqua la douleur de Fezensac. Mais la guerre avait endurci le cœur du duc d'Elchingen et il trouvait tout simple qu'un militaire mourût sur le champ de bataille. « Eh! ditil à Fezensac, c'était apparemment son tour, à Noailles, et il vaut mieux que nous le regrettions que s'il nous regrettait! » N'avait-il pas adressé à un blessé qui se plaignait cette sincère et rude parole : « Que veux-tu que j'y fasse! Tu es une victime de la guerre! »

Comment mourut Noailles? Selon Gourgaud, il parlait avecMarbot, colonel du 2^"" régiment de chasseurs, lorsqu'eut lieu une charge de la cavalerie russe. Le cheval de Noailles s'abattit; deux Cosaques saisirent Tofficier, le frappèrent, l'entraînèrent par le collet, et vainement les chasseurs essayèrent de le délivrer; on ne revit plus Noailles qui fut sans doute massacré par les Cosaques.

Mieux vaut croire Bertliier (cf. plus haut ses lettres à Napoléon, lettre XII, 20 décembre). Suivant Bertliier, Noailles reçut à la tète une balle qui le tua raide, tandis qu'il venait à lavant-garde d'Oudinot reconnaître l'ennemi.

Sa veuve* et ses amis retrouvèrent ses traits dans l'album oii Lejeune avait dessiné et réuni les portraits de ses camarades.

Voici, au reste, quelques documents sur lui et sur sa mort :

1*^ Une lettre où Bâcher, notre agent à Ratisbonne, le recommande à Bertliier;

2° L'apostille de Bertliier à la lettre de Bâcher; il attache Noailles à son état-major;

3° La proposition de Berthier qui fait donner à Noailles une sous-lieutenance.

4° La nomination de Noailles comme sous-lieutenant au 2*^ régiment de chasseurs à cheval (le 19 juillet 1809, il était promu capitaine et, le 12 août 1812, un décret daté de Vitebsk le faisait chef d'escadron aide de camp).

^^ Une lettre d'une tante de Noailles qui obtient pour lui un congé de quatre mois en avril 1810.

6*" Trois certificats de la mort de Noailles.

7^ L'acte de notoriété qui constate cette mort.

Ratisbonne, 23 vendémiaire an XIV.

Bâcher à Berthier.

Monseigneur, M. Alfred Noailles, orphelin du cidevant vicomte de Noailles, âgé de vingt ans et d'une taille de cinq pieds huit pouces, attaché à la légation de France près l'Electeur archi-chancelier, se pro-

1. Il avait épousé sa cousine Rosalie-Charlotte-Antoinette-Léontine de Noailles.

pose tlo s'équiper à ses dépens pour obtenir la permission d'entrer au service comme simple soldat, dans le corps que Votre Excellence voudra bien lui désigner. 11 se rend à cet effet au grand (juartier général pour y demander les ordres de Votre Excellence. Je la supplie de vouloir bien raccneillir favorablement; il promet de se rendre digne du nom qu'il porte, en combattant sous les aigles impériales et en suivant l'exemple de feu son père qui est mort en servant sa patrie.

Note de Berthier à la lettre de Bâcher,

M. Alfred de Noaiiles, volontaire, portera un uniforme de chasseur à cheval tout vert; il sera attaché à mon étal-major jusqu'à ce que le corps des volontaires soit formé.

Note de Berthier.

Linz, 20 janvier 1806.

Proposer M. de Noaiiles, volontaire, qui a servi toute la campagne et qui s'est trouvé à la bataille d'Austerlitz, à une sous-lieutenance de troupes à cheval.

Paris, 10 février 1806.

Le sieur Noaiiles, volontaire à Tétat-major de la Grande Armée, est nommé sous-lieutenant au 2* régiment de chasseurs à cheval.

Mme de Noaiiles à Berthier.

Paris, 22 avril 1810.

Monseigneur et cher prince, L'état de la santé de mon neveu Alfred est inquié-

tant; on lui h applique un large vésicatoire qui lui a peut-être sauvé une maladie. Le docteur Bourdois dit que votre aide de camp a besoin d'eaux sulfureuses. Gomme je ne puis le décider à vous demander un congé, je crois de mon devoir de le solliciter moi-même et j'oserais vous supplier de lui ordonner d'en profiter. Depuis sa prison d'Espagne dont vos bontés et votre intérêt si suivi l'ont fait sortir, il n'a pas juste santé. Elle se détruirait tout à fait s'il ne faisait des remèdes. Veuillez agréer, Monseigneur, l'assurance de mon respectueux et bien sincère attacbement.

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