Le commissaire Malus
Joseph Malus, soldat au régiment de Hainaut infanterie en 1779, devenu sous la Révolution sergentmajor (1790), puis sous-lieutenant et adjudant-major (1792), adjoint à l'état-major de l'armée d'Italie (1793), entra dans le commissariat des guerres le 1*^^' floréal an II, fit les campagnes d'Italie (1793-1796), du Rhin et du Danube (1797-1799), de Prusse et d'Autriche (1806-1809), et il était en 1812 sous-inspecteur aux revues. Il disparut durant la retraite de Russie, et voJci les renseignements que sa veuve, retirée à Nancy, et son fils, alors lieutenant d'artillerie, purent, à des dates différentes, recueillir sur son destin. Ces renseignements sont contenus dans des lettres que les sous-inspecteurs aux revues Dugier et Gathelan, l'ancien inspecteur en chef aux revues Lambert et le maréchal de camp Gengoult envoyèrent à la femme et au (ils de Joseph Malus. On ne lira peutêtre pas sans émotion ces quatre lettres.
Pour Madame Malus, née Vaudré, à Nancy.
Mayence, le 30 mai 1813.
Madame,
Malgré toutes les informations que j'ai pu prendre pour avoir des nouvelles de M. Malus, votre cher mari, je n'ai pu parvenir à en avoir de certaines. Mais on croit généralement qu'il est prisonnier de
guerre. Je regrette beaucoup, Madame, de ne pouvoir vous donner des renseignements plus satisfaisants. J'aurais eu beaucoup de plaisir, tant pour mon compte particulier que pour le vôtre, à vous annoncer positivement qu'il jouit d'une bonne santé. Si, par la suite, j'apprenais quelque chose sur son sort, je m'empresserais de vous en faire part. J'ai l'honneur d'être avec respect. Madame, votre très dévoué serviteur.
DUGIER.
M. Malus, lieutenant d'artillerie, rue des Carmes, n° 2g3, à Nancy.
Toul, le 28 mars 4816.
Monsieur,
J'étais absent lorsque votre lettre du 23 est parvenue chez moi. A ma rentrée, je m'empresse d'y répondre.
J'ai etfectivement eu l'avantage de connaître M. Malus, sous-inspecteur aux revues. Il était alors attaché au 3'' corps, sous les ordres de feu le maréchal Ney; il était charg-é de l'administration du 4*^ de chasseurs à cheval et d'un régiment de dragons wurtembourgeois [sic) qui formaient la brigade du maréchal de camp Beurmann. C'est chez ce général que j'ai fait sa connaissance. Dans la retraite, j'ai rencontré M. Malus à quelques lieues de Viasma, dans un village qui était en flammes. Le feu ayant pris à la voiture de M. votre père, j'envoyai des soldats pour l'aider à la secourir; mais il l'abandonna et continua sa route à pied avec une dame qui l'accompagnait. Depuis ce temps, je ne l'ai plus revu. J'ai seulement entendu dire par plusieurs personnes que je ne connais pas, que M. Malus était mort. Si vous connaissez la femme qui l'a accompagné pen-
dant toute la campagne, elle pourrait vous doniior des renseignements positifs.
Je regrette. Monsieur, pour vous et pour Mme votre mère, de ne pouvoir vous donner les renseignements qui peuvent vous être nécessaires; mais voilà tout ce que je sais sur le mallieureux sort de M. votre père.
J'ai l'honneur de vous saluer avec la plus haute considération.
Le n)aréchal de camp, Baron GE^G0ULT.
P. -S. — Si vous pouviez avoir les adresses de M. Novel, sous-inspecteur aux revues, et de M. Cathelan, adjoint aux inspecteurs aux revues, ces MM. qui faisaient partie du même corps d'armée pourraient peut-être avoir quelques données certaines sur le sort de leur collègue.
Je suis sensible au souvenir de M. Demoura; je vous prie de lui dire bien des choses pour moi.
M. Malus, rue des Carmes, n° 2g3, à Nancy, Meurthe.
Alençon, le 12 avril 1816.
Monsieur,
J'ai eu l'honneur de connaître, comme on vous l'a dit, M. Malus, sous-inspecteur aux revues, attaché à la cavalerie légère du 3® corps, lors de la campagne de Russie. Attaché moi-même à la 10° division du même corps, j'ai fait une partie de cette campagne avec M. votre père. Je l'ai vu pour la dernière fois, lors de notre retraite, à Smolensk. Depuis cette époque je ne sais quel a été son sort. Je vois malheureusement, d'après votre demande, qu'il aura
succombé aux fatigues et aux privations de toute espèce auxquelles nous avons été soumis.
Je ne peux, Monsieur, que m'affliger avec vous sur la perte de M. votre père que j'estimais et qui avait pour moi quelque amitié. Je suis en même temps fâché de ne pouvoir vous donner d'autres renseignements qui pourraient améliorer le sort de Mme votre mère. Si vous croyez qu'un plus grand détail de ce que je viens d'avoir l'honneur de vous marquer vous soit utile, je vous prie de disposer de moi.
Recevez je vous prie, Monsieur, l'assurance de ma considération très distinguée.
Le sous-inspecteur aux revues adjoint Cathelan.
P.-S. — Je ne connais pas l'adresse de M. Novel. Il est en retraite. Mais M. son beau-frère, le général Rottembourg, loge à Paris; il est très connu.
Mme Malus, née Vaudré, rue Saint-Didier, n° 149» à Nancy.
Paris, 24 avril 4816.
Madame,
Je réponds à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 19 de ce mois.
Lorsque je pris les fonctions d'inspecteur en chet aux revues en 1812, l'armée avait opéré sa retraite et ses débris étaient épars sur le territoire de Prusse. M. Malus, sous-inspecteur aux revues, était resté en arrière et, à la rupture de l'armistice, en août 1813, il n'avait pas reparu et on n'en avait aucune nouvelle. Je le portais de cette manière sur l'état des officiers de Tinspection que j'adressais chaque mois
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au ininisière do la guerre et Ton peut y recourir. 11 était donc présumé prisonnier de guerre ou mort. Plus de deux ans se sont écoulés dans le silence de sa part et sans plus de nouvelles, et sans doute la loi qui va être rendue sur la manière de constater les décès présumés des militaires absents depuis les dernières campagnes, fixera à cet égard les formalités à remplir par les familles et vous pourrez alors les faire établir. Jusque-là il vous serait impossible de suppléer à l'acte légal de sa mort parce qu'on ne sait où trouver les officiers, sous-officiers ou médecins et chefs des administrations militaires qui auraient été témoins ou qui auraient eu connaissance des circonstances de la disparition de M. Malus. Je ne saurais, Madame, ajouter à cette explication que mes regrets de l'incertitude où l'on est encore sur le sort d'un camarade que j'aimais et estimais et d^in fonctionnaire essentiel. Agréez-en l'assurance et celle de ma considération respectueuse.
Baron Lambert.