Le commissaire Pichot
Encore une victime de la retraite! Encore un commissaire des guerres qui disparaît, le commissaire des guerres Pichot ^ Son vieux père, notaire dans la Vaucluse, à Mormoiron, demande près de trois ans plus tard, en octobre 1815, des nouvelles de son fils au ministère de la guerre. On ne peut lui en donner. On ne peut que lui répondre qu'il a été impossible d' « acquérir la connaissance positive du sort de son fils » et que le commissaire Fichot « est porté, sur un état adressé au mois de mars 1813, par l'intendant général de la Grande Armée : présumé mort en Russie. » Voici la lettre du malheureux père.
Mormoiron, le 8 octobre 1815.
Le sieur Pichot, notaire à Mormoiron, département du Vaucluse, à Son Excellence Monseigneur le ministre de la guerre.
Monseigneur,
N'ayant pu jusqu'à ce jour me procurer de nouvelles de mon fils, le chevalier Pichot, commissaiie des guerres, membre de la Légion d'honneur, au 4% ensuite au 6^^ corps de la Grande Armée de Russie en 1812, je vous prie, M. le ministre, de me pardon-
1. Pichot avait été détaché pendant quelque temps, comme commissaire des guerres, au corps bavarois ou 6» corps, afin de mettre de l'ordre dans les services administratifs; mais sa présence devint nécessaire au 4* corps où il était auparavant (Sauzey, De Munich à Vilna, p. 203) .
406 LA r.L'KRRE DE RUSSIE
ner la liberté que je prends de m'adresser à vous, afin que, si, par hasard, il (Hait parvenu ou qu'il parvînt à votre bureau quelques états de prisonniers ou de morts, dans la déplorable retraite de Moscou en 1812, vous eussiez la complaisance de m'en donner avis.
Quelle qu'en fût la nouvelle, je m'y résigne et je suis résigné d'avance.
Ce fils chéri m'écrivit de Moscou du 6 octobre 1812. Mais depuis je n'ai plus rien vu de sa part.
On m'a dit, d'un côté, qu'on l'avait vu, lors (h) la retraite de l'armée, faisant route de Vilna jusqu'au Niémen, près de Kovno, avec son neveu Bouyat (Joseph-Louis), employé aux vivres, dont on n'a plus reçu également de nouvelles. D'autres ont dit qu'ils s'étaient retirés dans Danzig et qu'ils pourraient y être morts. Dans ce cas, M. le général Rapp, qui commandait dans cette ville et dont j'ignore l'existence ou l'adresse, pourrait donner des renseignements sûrs sur le sort de mon infortuné fils qui faisait toute ma consolation et mon espoir dans mes vieux ans.
Aussi, Monsieur le ministre, j'ose espérer de votre bonté que, s'il est en votre pouvoir, vous n'oublierez rien pour procurer à un père tendre, octogénaire, les renseignements qu'il vous demande et dont il a besoin.
J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
PlCHOT.