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Nouvelles de Moscou dans le mois d'octobre

Schôn à Hardenherg.

Quelles nouvelles de Moscou? Le courrier est-il passé? Telles sont les questions que Schôn, ses amis, ses administrés ont dû se poser les uns aux autres à Gumbinnen, à la frontière prussienne. Qui le croirait? Durant la dernière moitié de septembre et la première moitié d'octobre les habitants de Gumbinnen n'ont rien su de précis! Le bruit court que Moscou est pris, que Moscou est brûlé. Mais pas de nouvelle officielle, pas de lettre, pas de courrier. Et, de fait, si les Français avaient réellement le dessus, s'ils avaient remporté une grande et franche et décisive victoire, s'ils avaient obligé les Russes à la paix, qui ne le saurait? Aussi dit-on déjà — le 7 octobre ! — que Napoléon est vaincu, qu'il bat en retraite, qu'il va revenir, que ses troupes sont en proie à une misère indescriptible, que les Russes occupent Smolensk! De Vilna même n'arrivent que de fausses nouvelles. Le premier courrier qui vient de cette ville — le 10 octobre ! — annonce que l'Empereur n'est pas à Moscou, et le général prussien Krusemark écrit même — déjà! — qu'il a pris la route de Kalouga. Le perspicace Schôn devine que Maret, à Vilna, conte ce qu'il veut. Mais enfin passent les courriers qui viennent du quartier général et de Moscou, On sait par eux que l'armée française est vraiment entrée et établie à Moscou, qu'elle y a trouvé, malgré l'incendie, de grands magasins, que peut-être elle y passera l'hiver. Toutefois Schôn juge qu'elle est en mauvaise posture. Le 15 octobre passe à Gumbinnen un courrier qui a quitté Moscou le 17 septembre, et ce courrier assure qu'il n'a pu trouver de chevaux entre Moscou et Smolensk et que les Cosaques infestent la route. Le 22 octobre paraît i^n

autre courrier; il a mis près d'un mois à faire le chemin de Moscou à Gumbinnen, et il a eu besoin d'une escorte, et il déclare que les Français sont ermattef, lassés, épuisés * !

Gumbinnen, 7 octobre 1812.

Depuis le 1*''' de ce mois pas un courrier du quartier général n'est arrivé ici, ni une nouvelle officielle de la prise de Moscou, ni même une lettre de Moscou. Tous les jours pourtant, ce courrier devrait passer ici.

Le 4, nous avons vu le consul Fleury qui venait de Vilna. Il était envoyé à Paris par le duc de Bassano et il assura qu'on n'avait pas encore à Vilna le 3 octobre la nouvelle officielle de la prise de Moscou. Il rapporta les bruits qu'on connaît, parla de l'incendie de la ville, parla du Kremlin, des criminels sortis des prisons (et l'on sait que la Russie n'en a pas), du partage de l'armée dirigée soit sur Kazan soit sur ïver, et autres fantômes diplomatiques de cette sorte. Mais il les racontait — ce qui est remarquable — comme des on-dit; officiellement, il n'y avait rien. D'après des nouvelles particulières, il ne serait plus question de la prise de Moscou. Au contraire, on prétend que l'armée française est en retraite, et des Juifs disent que Smolensk est occupé par les Russes. La misère qui règne dans l'armée serait, suivant eux, au-dessus de toute idée. On commence déjà à parler du retour de l'Empereur Napoléon.

Gumbinnen, 10 octobre 1812.

Le courrier de Vilna d'aujourd'hui, arrivé au bout de cinq jours, apporte la nouvelle que l'incendie

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