‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 2 sur 125 · Indes, Perse ou Turquie · texte numérisé non relu

Indes, Perse ou Turquie

« II y a «les gens assez fols, remarque Pion des Loches, pour dire que nous allons dans les Indes faire la g^uerre au commerce anglais. » Qu'on lise les témoignages recueillis dans notre tome I, p. 5-9, et Ton verra qu'il veut beaucoup de ces « geiis fols ». « Les desseins de Sa Majesté, mandait Peyrusse, sont impénétrables; on fait à Paris sur ses projets des contes à l'infini; on l'envoie à Constantinople, en Egypte, dans l'Inde. » Mme de Gliastenay déclarait que l'entreprise était merveilleuse, mais que Napoléon, assuré de l'Autriche et traversant la Russie soit de force, soit d'accord avec le tsar Alexandre, pourrait gagner Tlnde par terre et conquérir le Bengale, (c Que désirez-vous que je vous rapporte des Indes? » disait un Français à une jeune Polonaise. — Vous voulez dire de Moscou ou de Pétersbourg? — Oh! il est possible que nous passions par là, mais je pense que vous préférerez un plus rare butin; nous avons salué les Pyramides, et il est juste maintenant d'aller voir un peu ce que font nos rivaux d'où Ire-mer. » Le 30 août, à Viasma, Fantin des Odoards espère que, lorsque l'empereur Alexandre aura bon gré mal gré fait avec Napoléon un traité d'alliance, la Grande Armée marchera sur Constantinople, de là, sur rinde, et qu'elle ne reviendra dans la patrie qu'avec les diamants de Golconde et les tissus de Cachemire ! Le sergent Bourgogne compte « présenter ses hommages aux dames mogoles, chinoises et indiennes » et affirme que, selon le bruit public, l'armée « devait

aller en Mongolie et en Chine pour s'emparer des possessions anglaises. » Beaucoup d'entre nous, a écrit le général Roguet, « étaient partis, croyant finir par l'Inde, el, quelques généraux de la garde, regardant la Russie comme une première étape, croyaient aller jusqu'en Perse. » Mais quelques-uns voulaient aller moins loin : ils pensaientqu'on irait à Constantinople, qu'on en chasserait le Grand Seigneur et qu'on le remplacerait dans le sérail par le roi de Westphalie qui avait déjà les goûts et les manières des Turcs! Quelques mois plus tard, au camp de la famine, après l'incendie de Moscou et avant la retraite, soldats et officiers ne croyaient-ils pas que la paix une fois faite, l'armée française prendrait ses quartiers d'hiver en Ukraine et, de concert avec Tarmée russe, marcherait à la conquête de la Turquie? « Chacun de nous, raconte un cuirassier, se voyait déjà pacha à une ou plusieurs queues. Nous nous faisions d'avance un devoir de rendre à la liberté les nombreuses victimes enfermées dans les harems, et leur rôle devait bien changer, car, au lieu d'être réunies en troupeaux et d'attendre de leur despote berger qu'une d'elles fût favorisée de son choix, ce sont elles qui devaient, à l'avenir, jeter le mouchoir dans nos escadrons. Chacun voulait ramener une belle esclave en France. L'un penchait pour une Grecque, l'autre voulait une Circassienne, celui-ci une Géorgienne, celui-là une fille du Caucase; nous discutions sur le genre de beauté de nos esclaves futures, et ces châteaux en Turquie nous aidaient à passer le temps dans ce camp atfreux. »

LA GUEnRK DK RUSSIE

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