‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 28 sur 125 · Oiidinot à Berthier · texte numérisé non relu

Oiidinot à Berthier

Oudinot a passé avec tout son corps sur la rive droite et il se bat obstinément; il rejette Tchitchagov sur Borissov^ tout en dirigeant un parti sur Zembin afin d'occuper la route qui mène à Vilna par Molodetchno. On sait qu'il sera bientôt soutenu, « appuyé », comme il disait^ par Ney, et qu'une lutte violente s'engagera sur la rive droite de la Bérésina. Ney sera à gauche; Oudinot au centre et à la droite; Napoléon, en réserve avec la garde. La garde ne donnera pas. Ney prendra le commandement lorsqu'Oudinot sera blessé, et il repoussera toutes les attaques de Tchitchagov.

Au bivouac, 26 novembre 1812, au soir.

Monseigneur, nous avons suivi Tennemi jusqu'auprès d'un village qui, à ce que je pense, doit être Stakov. 11 n*a pas été possible d'en chasser l'ennemi qui est en position derrière un ravin, où il a placé ce soir quelques pièces de plus qu'il n'en avait montré dans la journée. Si j'avais eu les cuirassiers, nous aurions fait quelque chose de brillant. Je prie Votre Altesse Sérénissime, s'il entre dans les intentions de l'Empereur que j'attaque demain l'ennemi et, en cas de succès, jusqu'à quel point Sa Majesté souhaite que je le suive. J'observerai, à cet égard, à Votre Altesse, que si nous nous engageons dans la route de Minsk qui est un défilé continuel dans le bois, nous manquerons absolument de tout et l'ennemi pourra retarder notre marche et nous

arrêter à chaque pas. J'obscrvorai encore que si je dois attaquer, il est indispensable de me fnire soutenir.

Je regrette, Monseigneur, d'avoir à vous annoncer que M. le général Legrand a été blessé. J'espère que sa blessure ne sera point dangereuse; mais, comme il est nécessaire de donner un chel à cette division, je prie l'Empereur d'y nommer le général Albert que je regarde comme le plus capable des officiers de son grade et pour lequel j'ai déjà d'ailleurs plusieurs fois demandé le grade de général de division et qui est très digne de cet avancement.

P.-S. — Nous avons eu peu de tués mais considérablement de blessés.

On dit qu'on m'a retiré les Polonais. Mais je pense que ne sont pas conipris les lanciers, car j'en ai besoin. Je réclame aussi mes cent hommes du 124^ laissés au pont de Borissov et même les 130 Wurtembergeois chargés de la conduite des prisonniers de guerre.

Au bivouac dans le bois, à 1 heure du matin, le 27 novembre 1812.

Monseigneur, M. le général Moreau vient de rendre compte qu'il n'y a que peu d'instants que l'ennemi a placé encore 6 pièces de canon devant sa position. Il m'a déjà mandé qu'il manquait de cartouches et, comme le pont principal n'est point réparé, on ne peut pas faire passer de caissons. J'en dis autant du reste de l'artillerie.

Le bois dans lequel nous nous sommes postés est très clair; ce qui m'oblige à m'étendre beaucoup à droite et à gauche, et je dois répéter à Votre Altesse combien il est nécessaire que je sois appuyé, dans le

cas d'une attaque que les dispositions offensives de l'ennemi rendent très vraisemblable. Le général Merle m'a fait savoir que, d'après la perte que le régiment des Croates a essuyée hier, sa division n'a pas maintenant au delà de 800 hommes sous les armes.

D'après le rapport des prisonniers, c'est à la division Czaplitz et 4.000 chevaux que nous avons eu affaire. Elle fut renforcée vers le soir par la division Mohinov {sic); ils ajoutent que le i-este de l'armée dont ils évaluent toujours les forces réunies à 40.000 hommes {sic).

J'ai oublié, dans mon premier rapport, de rendre compte à Votre Altesse que j'envoyai hier un parti sur Zembin qui ne fut trouvé occupé que par quelques Cosaques.

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