‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 30 sur 125 · Larrey a la Bérésina · texte numérisé non relu

Larrey a la Bérésina

Le grand chirurgien Larrey adit(Triaire, Larrey^ p. 557j, qu'il a failli périr à la Bérésina, qu'il a deux fois passé le pont pour sauver ses équipages et «es caisses d'instruments de chirurgie, qu'au troisième voyage il ne pouvait percer la foule, mais que son nom fut prononcé, que chacun s'empressa de l'aider et que, transporté de soldat en soldat, il passa dti mains en mains jusqu'à l'extrémité du pont. Il a raconté l'événement dans une lettre à sa femme, datée de Leipzig, 11 mars 1813. « Ribes, dit-il, — Ribes était un des médecins de Napoléon — a eu raison de te dire qu'au milieu de l'armée et surtout de la garde impériale je ne pouvais périr. C'est, en effet, aux soldats que je dois mon existence. Les uns ont couru à mon secours lorsque, entouré de Cosaques, j'allais être tué ou fait prisonnier ; les autres s'empressèrent de me relever et de me conduire lorsque, les forces physiques m'ayant abandonné, je tombai dans la neige. D'autres, me voyant tourmenté par la faim, me donnèrent les vivres qu^ils possédaient. Enfin, me présentais-je à leur bivouac, chacun me faisait place, et j'étais aussitôt enveloppé de paille ou de leurs vêtements. Combien de généraux et d'officiers supérieurs étaient repoussés et renvoyés sans pitié par leurs propres soldats ! Mais, au nom de Larrey prononcé devant eux, tous se levaient et l'acclamaient avec une respectueuse amitié. Tout autre que moi aurait péri sur le pont de la Bérésina que je passais pour la troisième fois, au moment le

plus périlleux. Mais à peine eus-je été reconnu que je fus saisi par des mains vigoureuses et envoyé de l'un à l'autre, comme un paquet de linge, jusqu'à l'extrémité du pont. »

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