Le vol
Durant la retraite les soldats, dit Pion des Loches, étaient devenus voleurs. Ils volaient à un camarade un reste de galette ou un morceau de cheval. Ils jetaient un malade à has de sa monture pour lui prendre la bête et la dépecer à coups de sabre; ce qui se faisait si vite qu'en un quart d'heure le cheval n'était plus qu'un squelette. Plus d'un officier se croyait suivi par son cheval et tout à coup il remarquait qu'il n'avait plus que les rênes passées autour du bras; il se retournait; le cheval était pris, découpé, partagé. L'habitude du pillage et l'égoïsme qui régnait avaient étouffé toute probité. On volait l'argent, les bijoux, les vêtements. Il fallait tout porter sur soi, et encore ! On enlevait des fourrures sur le dos des chevaux et la marmite sur le feu. La nuit, les voleurs se mettaient à crier hourra et à tirer des coups de fusil pour faire peur à leurs compagnons et saisir sans danger ce que les poltrons abandonnaient. La manière dont on vole, dit Castellane, est horrible. On prit à Chabot, pendant son sommeil, son chapeau sur lequel il appuyait la tête. Même au pont de la Bérésina, des traînards profitèrent de l'embarras pour piller les voitures et enlever les chevaux. Même le pont franchi, le vol continua; ceux qui venaient de passer furent dévalisés de vive force par des soldats du l®*" corps qui leur prirent leur porte-manteau.
102 LA GUERRIi DE RUSSIE