‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 36 sur 125 · L'armée des çingt nations · texte numérisé non relu

L'armée des çingt nations

Les Russes disaient que la Grande Armée était l'armée des vingt nations. Quelle bizarrerie, remarque Castellane, qu'un Florentin vînt comme conscrit français se faire tuer sous les murs de Moscou! N'avait-il pas fallu, dit un autre témoin, une espèce d'enchantement et de prodige pour réunir sous la même bannière aux bords du Niémen tant d'Iiommes de peuples -différents, de climats si éloignés, d'intérêts si dissemblables!

Stendhal qui fit la campagne eut-il l'idée d'étudier les caractères de ces divers peuples? L'occasion était belle et l'œuvre tentante.

Voici là-dessus et sur le tempérament des étrangers de la Grande Armée et sur leur rôle, quelques notes très incomplètes.

Les Espagnols se soumirent longtemps à la discipline. Ils se battirent bien, notamment à Fominskoé, et le colonel Tschudy, du régiment Joseph Napoléon, était un officier à la fois vaillant et instruit. Le 22 octo'bre, à Koubinskoé, Castellane demande à ce régiment 50 hommes de bonne volonté pour sauver un convoi attaqué par les Cosaques, et c'est à qui viendra de ce brave régiment : les 50 hommes marchent au pas de course et délivrent l'escorte du convoi qui s'était cachée dans les bois. Mais bientôt l'ennemi flt savoir aux Espagnols que s'ils désertaient, ils seraient renvoyés dans leur patrie, et cet avis leur rendit le pied si léger qu'on ne pouvait plus les mettre aux avant-postes : ils passaient à l'ennemi.

Les Portugais se firent remarquer par leur cruauttS envers les prisonniers russes.

Les Italiens aimaient beaucoup le prince Eugène qui les commandait et ils avaient une belle tenue; la garde italienne était superbe; mais ils ne purent^ pour la plupart, résister à l'inclémence de la saison. Les Hollandais furent peut-être ceux qui supportèrent le moins les marches forcées, les privations et le froid. Leur moral ne tarda pas à faiblir. Us étaient braves et ils avaient de bons officiers ; mais l'idée qu'ils étaient si loin de la patrie les décourageait; ils regrettaient leurs habitudes méthodiques, et ils n'avaient pas celte légèreté, cette gaîté, cette amour de victoire et de conquête qu'avaient les Français*.

Les Allemands conservèrent le plus longtemps Tordre et la discipline. La brigade badoise fut la meilleure brigade du 9^ corps et Victor reconnaît qu'elle est la seule troupe d'infanterie qui se soutienne et qui marche toujours en bon ordre-. Mais les Allemands succombèrent à la dysenterie et au typhus en plus grand nombre que les Français qui sont plus sobres et plus nerveux.

De toutes les troupes que Napoléon a conduites en Russie, les Français, au témoignage de Larrey et de Gouvion Saint-Gyr, ont le mieux résisté aux fatigues de toute sorte qu'il fallut subir, et pourtant beaucoup d'entre eux étaient très jeunes. C'est qu'il y a chez ces vains-vifs^ comme les nomme Siendhal, et selon les expressions de Gourgaud, des sensations « qui naissent de la civilisation perfectionnée et qui produisent l'élan vers la gloire. »

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