‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 39 sur 125 · Maret à Napoléon · texte numérisé non relu

Maret à Napoléon

Cette lettre de Maret (Arch. nat. A. F. iv 1648) est très remarquable parce que le duc de Bassano se prononce formellement contre le départ de l'Empereur. Il conseille à Napoléon de rester, et, s'il avait tort à certains égards — car Napoléon seul pouvait réparer le mal, organiser une nouvelle armée et contenir ses alliés — néanmoins Maret avait raison de dire que sa présence faisait la force réelle des troupes fugitives, la force d'opinion, Tunique force qui leur restait; « je ne les considère pas sans effroi, remarque Maret, abandonnées à elles-mêmes. »

Vilna, 2 décembre 1812.

Sire, je reçois par le sieur Saint-Romain, courrier des relations extérieures, la lettre que Votre Majesté a daigné m'écrire de Zanivki, le 29 novembre.

Je n'ai point parlé à Votre Majesté des affaires de France et d'Espag-ne parce que j'écrivais tous les jours par les estafettes et que je croyais qu'elles finiraient par passer, mais surtout parce que je ne pouvais me livrer à d'autres pensées qu'à celles relatives à la situation où Votre Majesté se trouvait et à l'anxiété que me causait la fausse direction des mouvements du prince Schw^arzenberg.

Je n'ai rien négligé pour prévenir Votre Majesté de ce qu'il lui importait de savoir sous ce rapport. Ce premier intérêt absorbait tous les autres.

Paris et la France sont parfaitement tranquilles.

Les affaires d'Espagne paraissent en bonne situa-

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lion. L'armée de Portugal et celle du Nord ont marché en avant. Wellington a levé le siège de Burgos le 23 octobre et s'est retiré. On croyait qu'il marchait dans la direction de Madrid, in(juiet de la réunion de l'armée du Centre et de celle d'Andalousie. Le général Decaen a eu des succès en Catalogne contre le général Lascy.

Los ordres sont donnés pour envoyer sans délai des ouvriers, des outils et des officiers du génie à Vileïka afin de réparer les ponts et d'en construire de nouveaux. Le général Chamharlhiac doit tout expédier dans la nuit.

Le général de Wrède a reçu le 29 l'ordre que le prince de Neuchâtel lui a adressé de Zanivki le 28, pour qu'il se porte à Vileïka, qu'il y ramasse des vivres et qu'il assure les ponts.

L'ordre vient d'être expédié à Tadjudant commandant d'Alhignac et au colonel'Slokowski, commandant le 10*' régiment de marche de cavalerie, de se porter sur-le-champ à Vileïka où ils se mettront sous les ordres du général de Wrède.

Votre Majesté n'a rien ordonné à l'égard de la 34*^ division et de la cavalerie napolitaine qui se trouvent ici. Nous avons dû nous décider entre deux considérations : de conserver ici ces troupes, pour les maintenir intactes etéviter les pertes que quelques jours de marche peuvent leur faire éprouver, ou renforcer le point de Vileïka pour assurer d'autant mieux la conservation des ponts. Ce dernier parti nous a paru devoir l'emporter sur l'autre, d'autant plus que Votre Majesté, pouvant être prévenue promptoment, sera en mesure d'arrêter à temps le mouvement de ces troupes fraîches, si elle désapprouvait ce que nous avons fait.

Si, au contraire, et comme nous avons dû le juger possible, l'ordre de les faire marcher nous arrive demain ou après, elles auront déjà gagné du terrain.

On fournira à la 34*^ division rartillerio dont elle aura besoin.

J'accélère par tous les moyens le rassemblement des approvisionnements. Les difficultés sont grandes et c'est là ma peine la plus vive.

Votre Majesté daigne me demander mon avis sur la question de savoir si, dans Tétat des choses, sa présence est nécessaire à Paris pour la France, pour l'Empire^ pour l'armée même. Je ne crois pas. Sire, que l'intérêt de la France et de l'Empire l'exige. Tout est tranquille, tout se maintiendra longtemps ■encore dans Tordre par l'ascendant de V. M. et par la confiance si profondément gravée dan stous les esprits que la présence de V. M. dans son armée suffira pour tout surmonter. Je l'y crois nécessaire, Sire, pour contenir l'Allemagne dont la conduite me paraîtrait assurée si ces vastes pays et surtout la Prusse se trouvaient entre V. M. et votre armée.

Je n'ai pas eu le temps de réfléchir profondément sur une question aussi importante. Mais je me livre à mon opinion de premier mouvement et comme par une sorte de pressentiment. Dans l'état où se trouve l'armée de S. M., sa présence peut être la seule force réelle et plus probablement encore la seule force d'opinion qui lui reste. Je ne la considérerais pas sans effroi abandonnée à elle-même. V. M., conservant son attitude, imposera à la Prusse et peut forcer l'Autriche à de véritables efforts. Mais cette dernière question, Sire, il ne faut pas se le dissimuler, ne sera pas seulement une question de sentinient ou de politique ; il s'y mêlera une question d'argent.

Votre Majesté ne m'a point envoyé d'instructions pour le prince Schwarzenberg. La lettre ci-joinle du général Reynier lui fera connaître oii l'armée alliée se trouvait. Mes efforts constants pour presser le prince Schwarzenberg d'aller en avant auront peut- «tre réussi, mais trop tard. Il convenait qu'il fût pré-

venu. Je viens de lui écrire. Je n'ai pas^ osé émettre une opinion positive sur ce qu'il devait faire dans la circonstance actuelle; mais je n'ai pu m'empêclier de lui donner à comprendre qu'il pourrait être utile qu'il s'approchât du haut Niémen pour couvrir le flanc droit de l'armée et être en mesure d'opérer avec elle. S'il le fait et si j'ai eu tort de lui inspirer cette détermination, un contre-ordre de Votre Majesté peut toujours arriver à temps.

Le général Reynier pencherait pour une invasion en Volhynie. Le succès en serait certain et cette province offrirait des ressources nouvelles lorsque celles de la Lithuanie s'épuisent. Mais ce serait peut-être éloigner beaucoup une portion devenue précieuse des moyens dont S. M. dispose et ne convientil pas d'ailleurs, pour des motifs trop apparents, que l'armée autrichienne soit dans votre main et sous votre action immédiate?

Je me suis hâté d'avertir M. le duc de Tarente de ce qui se passe, afin qu'il soit prévenu à tout événement.

On ne sait rien ici. Nous faisons bonne contenance et tout est calme.

Je persuaderai demain aux ministres et agents étrangers de partir pour Varsovie. Je leur dirai que je dois m'y rendre et que s'ils diffèrent de partir jusqu'à Tarrivée du quartier général, ils en auront difficilement les moyens. Les ministres de Prusse et d'Amérique sont un peu indisposés.

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