‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 40 sur 125 · Rapport du lieutenant Canitz · texte numérisé non relu

Rapport du lieutenant Canitz

Le 8 décembre (cf. Hausser. IV, p. 14) le lieutenant de Canitz, envoyé par Yorckà Vilna, revint au quartier général. 11 était allé informer le ministre de Prusse, le général de Krusemark, de la mésintelligence qui régnait entre Yorck et Macdonald et recueillir des renseignements sur Tétat de la Grande Armée. Les nouvelles qu'il rapporta excitèrent la plus vive surprise : la Grande Armée n'existait plus; il en avait vu les lamentables débris. Voici un extrait de son rapport sur ce qu'il nomme un prodigieux événement^ ungeheure Angelegenheit.

L'histoire pour laquelle on m'a envoyé ne me paraît plus qu'une chose-accessoire et insignifiante. Voir mourir des gens fait à peine autant d'impression dans cette marche triomphale de la mort que n'en fait ordinairement l'aspect d'un homme ivre dans une foire de Pologne. De pareilles scènes étaient devenues supportables à tous, depuis qu'ils avaient quitté Moscou. Mais quelqu'un qui, comme moi, tout d'un coup, entrait dans cette marche affreuse, ne pouvait, à la vue de cette immense misère, qu'éprouver un profond frisson, un frisson d'horreur. L'Europe et, avant tous les peuples, la Prusse, reconnaîtra avec joie dans la catastrophe de cette armée l'aurore d'un temps meilleur; mais la nature humaine frémit devant ce spectacle, bien que ce soient nos ennemis les plus odieux qui succombent. Ce n'était pas un défilé d'armée; ce n'était pas même la fuite d'une arm.ée vaincue; c'était une troupe de créatures

plus OU moins délaissées, désespérées, que rien n*un issait plus et ne tenait plus ensemble^

i. Aussi, concluait Canitz (Droysen, Yorck. I, p. 310), sous peu il sera 1res indifTcrcnt au général Yorck, que Macdonald et l'cmpO' reur Napoléon soient contents de lui on non.

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