‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 46 sur 125 · De Giimhinnen à Kônigsberg · texte numérisé non relu

De Giimhinnen à Kônigsberg

Saint-Gliamans, colonel du 7® régiment de chasseurs, blessé d'un coup de lance à l'épaule droite dans la journée du 24 octobre, durant la retraite de Polotsk sur Lepel, transporté à Minsk et de là à Vilna, puis à Kovno, puis à Gumbinnen sur territoire prussien, attrappc la fièvre nerveuse, et il est près de succomber; un valet de chambre et trois chasseurs qui sont avec lui meurent; enfin, il entre en convalescence sans pouvoir toutefois sortir de son lit. Mais le 17 ou le 18 décembre, son ami le prince de Salm, chef d'escadron au 8^ régiment de lanciers, entre dans sa chambre. Salm retourne en France, seul, dans un petit traîneau qu'il conduit lui-môme; il avertit Saint-Chamans qu'il faut partir, que les Cosaques seront à Gumbinnen dans deux jours, et le lendemain^ Saint-Chamans part dans la calèche d'un colonel suisse, le comte d'Affry. lia décrit (Mém., p. 227) le spectacle qui s'offrit à ses yeux sur la route de Gumbinnen à Konigsberg. Les soldats, appuyés sur un grand bâton, avaient f air de sortir de f hôpital. Ils étaient décharnés et noirs de la fumée des bivouacs. Ils ne portaient ni armes ni sacs. Leur tête était entourée de peaux de mouton et leur corps couvert de haillons. Quelques-uns, la mort peinte sur la figure, s'asseyaient sur les côtés du chemin et, sans rien dire, les yeux fixes et étonnés, ils regardaient passer leurs camarades; ils avaient déjà cette morne stupidité, avant coureur de la mort, causée par le froid et la faim; s'ils n'avaient pas de temps en temps fait un

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léger et inutile ('(Fort pour se relever, on les aurait pris pour des statues. Des chevaux étiques et qui tombaient à chaque moment traînaient quelques voilures particulières échappées au désastre. « Et c était là, dit Saint-Chamans, cette belle armée française qui, six mois auparavant, défilait sur les trois ponts du Niémen ! »

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