Cf. nos Ordres et apostilles de Napoléon, IV, p
214 LA r.UEURE DE RUSSIE
Votre Majesté lui a faite de le rappeler au Sénat; dans l'autre il exprime sa faeon de penser sur la place de Danzii? et sur le général Rapp.
Lefebvre à Berthier.
Danzig, 22 décembre 1812.
Monseigneur, outre les raisons de santé que vous me connaissez, bien des motifs particuliers me font désirer de quitter le séjour de cette ville à laquelle je fus forcé, malgré moi, de faire, lors du siège, le mal inévitable en pareille circonstance et dont mon cœur souffre dans ce moment. D'ailleurs la garde que je commandais n'existant presque plus et le peu qui reste ayant été remis à M. le maréclial Mortier, son commandant né, je n'ai plus que faire à l'armée et mon séjour à Danzig devient absolument inutile. Je pense aussi que TEmpereur ne tardera sans doute pas à me rappeler au Sénat, comme Sa Majesté a eu la bonté de le faire dans toutes les autres occasions. J'ai donc l'honneur de prier Votre Altesse de vouloir bien soumettre au Roi la demande que je lui fais de me permettre d'aller à Posen, ou bien de me donner la permission de retourner à Paris où je serai bien plus à même de servir l'Empereur dans la formation des nouveaux corps et dans les départements dont je suis chargé relativement aux cohortes. Je la prie de me transmettre de suite sa décision.
P. -S. — Le Roi m'avait promis qu'il ferait demander à l'ennemi des nouvelles de mon infortuné fils . Sans doute, on a annoncé à ce prince qu'il est mort, puisqu'il n'en parle plus. Si réellement ce jeune homme n'existe plus, c^est un bien grand malheur. S'il avait péri les armes à la main, je m'en serais consolé. Mais l'avoir vu périr de misère est un coup mortel pour
moi et ma femme qui est déjà à moitié morte sans^ savoir rien encore de son malheur.
Lefebvre à Berthier.
Dan^ig, 28 décembre 1812.
Monseigneur, j'espère que Votre Altesse ne trouvera pas mauvais que je lui soumette sur la ville de Danzig- quelques observations que Thonneur des armes de la France me suggère, et que mon séjour dans ce pays m'a mis à même de faire. J'en serai d'autant plus aise qu'elles sont toutes à la louange de son gouverneur général qui a su, autant que possible, gagner à l'Empereur et à la France le cœur de tous ses habitants. Le général Rapp, tout en maintenant ici le meilleur ordre et la police la plus sévère, est parvenu à se faire tellement aimer et vénérer de toute la ville qu'en ca^ d'événement il serait, je pense, le seul susceptible d'y rendre à l'Empereur des services signalés. Mais tout lui manque pour atteindre dignement ce but : munitions de guerre, munitions de bouche, fourrages, etc. Tous les magasins sont démunis de tout pour un siège. J'imagine cependant que tous les comptes que le général Rapp rend à Votre Altesse, au Roi et à l'Empereur, le mettront à même d'espérer qu'il sera pourvu à tout, car il conriaît votre sollicitude extrême pour tout ce qui est le bien de l'Empire.
Konigsberg, 31 décembre 1812, 10 heures du soir.
Sire, nous venons de recevoir ce soir des nouvelles directes du duc de Tarente, ainsi que Votre Majesté
le verra par la copie ci-jointe de sa lellre du 29 à onze heures du soir. Ce inaréclial ne savait pas encore que vos troupes étaient rentrées à Welilau et Taplacivcn, poussant des j)artis sur Insterbourg; nous sommes donc en mesure, ainsi qu'il le désire.
11 est inconcevable que le général d'Yorck ne soit pas encore sur le Niémen. Le duc de Tarente devait lui donner des instructions pour sa marclie jusqu'au Niémen et le général d'Yorck, dans la situation des choses, devait suivre le mouvement du lO'^ corps dont il faisait l'arrière-garde; cela nous donne des inquiétudes. Le Roi m'a ordonné de répondre par la lettre dont je vous envoie copie (n** 3) : il est certain qu'il y a environ 3.000 hommes d'infanterie de la garnison de Riga à Memel et trois régiments de cavalerie. On dit que cette cavalerie se porte sur Russ. Le Roi fait garder les débouchés du Nehrung de MemeL La brigade de dragons du général Gavaignac aura demain trois escadrons ici. Le reste de cette brigade arrivera le 2 janvier. Ce qui formera environ 1.000 chevaux qui, avec les 600 du colonel Farine, mettront le Roi à même de s'éclairer sur les différentes directions. D'après le dire de l'aide de camp du duc de Tarente, le 10® corps, au lieu d'être de 28.000 hommes, n'est en ce moment que de 18.000.
Ce qui reste disponible de l'infanterie de votre garde est arrivé ici hier au soir; elle s'y reposera jusqu'à ce que le Roi ait déterminé positivement où il établira le quartier général.
Les Prussiens ont évacué tous les dépôts qu'ils avaient ici, sur Graudenz. Dans toutes les parties de la vieille Prusse et notamment à Kônigsberg, ils lèvent une quantité considérable de recrues qui filent également sur Graudenz.
Il est important que Votre Majesté veuille bien déterminer quelle sera la garnison de Danzig où il n'y a encore que 5.000 Napolitains. Cette place si im-
portante est mal sous le rapport des approvisionnements. Le Roi a donné des ordres au comte Daru pour faire fournir ce qui manque. Les moyens d'exécution paraissent difficiles.
Il y a à Pillau environ 1.600 hommes composés d'un régiment provisoire et de différents détachements ; je pense que le Roi se déterminera à remplacer tous ces détachements mal or^^anisés par un bon régiment; il est bien important que cette place soit bien armée et puisse faire une vigoureuse résistance.
Je n'ai reçu que ce soir des nouvelles du vice-roi. J'envoie à Votre Majesté ses lettres et l'état de situation du 4*^ corps. Votre Majesté verra qu'elle a à refaire sa Grande Armée que le froid a consommée
J'ai à annoncera Votre Majesté la perte d'un homme précieux par son intégrité et par son talent. Le général Eblé est mort ce matin des suites des fatigues de la marche. Il est instant que Votre Majesté le remplace. Le général Charbonnel pour qui le Roi vous a demandé le grade de général de division est le seul qui tienne un peu l'ensemble du service.
Le général Haxo est toujours très malade; ainsi Tarmée se trouve sans chefs du génie et d'artillerie.
Le capitaine d'artillerie de la garde Montlebert est mort hier.
Les progrès des maladies sont effrayants. Il y a ici près de 7.000 hommes aux hôpitaux. Il règne une espèce de fièvre nerveuse et contagieuse qui emporte beaucoup de monde.
Nous regrettons doublement, en ce moment^ M. Desgenettes dont nous n'avons pas de nouvelles depuis Vilna-.