CL nos Ordres et apostilles de Napoléon, IV, p
2. César de Laville. « J'ai, répondit l'Empereur le 30 décembre, signé le décret pour le général Laville. »
de satisfaisant; celte division ne présente pas 1.000 hommes réunis.
Deux bataillons de la division Heudelet viennent d'arriver; cela a fait un bon effet dans la ville.
Votre garde est toujours à Insterbourg-; ses dépôts à pied et à cheval sont en route pour Elbing-.
Les Cosaques ne sont pas encore entrés sur le territoire prussien.
Le maréchal duc de Tarente a commencé son mouvement le 18 pour se rapprocher du Niémen. Des postes de Cosaques se montrent sur ses flancs et sur ses derrières. Mais il n'est pas, à notre connaissance, qu'il y ait de l'infanterie. Il est fâcheux que le 10® corps n'ait pas commencé son mouvement quelques jours plus tôt.
On éprouve de grands obstacles pour évacuer l'artillerie de siège, par le manque de chevaux.
La position du quartier général, ici, a beaucoup rassuré. Sans la présence du Roi tout serait ici en fuite. On ne peut se faire une idée des bruits absurdes qui nous avaient précédés.
Les 1^% 2% 3% 4« et 9« corps se rendent dans les places de la Vistule. Mais ces corps ont perdu toute leur artillerie, leurs caissons, leurs équipages militaires pour les vivres et les ambulances; tout est à organiser sous ces rapports et ne peut l'être que par les mesures que Votre Majesté prendra. Le personnel des inspecteurs aux revues^ des commissaires des guerres, des administrations est nul. Presque tous sont hors d'état de servir, ayant quelques membres gelés. On ne voit que des pieds, des mains, des doigts coupés. Beaucoup d'individus qui s'étaient soutenus jusqu'à ce moment tombent malades. Il faut à cette armée beaucoup d'hommes neufs qui n'aient pas fait la campagne.
A l'instant, un aide de camp du général Reynier arrive; j'envoie à Votre Majesté copie de sa lettre.
196 LA GUKRRE DP: RUSSIE
Kônigsberg, 21 décembre 1812,
Sire, un de vos meilleurs serviteurs, le général Lariboisière, a succombé aux souffrances que votre armée a éprouvées. Il est mort ce matin à Konigsberg, justement regretté de Tarmée. Ont également succombé les généraux Saint-Germain et Lahoussaye*; l'inspecteur en clief aux revues Viennot-Vaublanc et l'ordonnateur Joubert du i^ corps.
Kônigsbepg, 21 décembre 1812.
Sire, le Roi a demandé que MM. Bonafous, de Carignan- et Hubert qui ont été nommés colonels dans le cours de la campagne pour commander des régiments, soient placés à la tête des 3® de cuirassiers^ 6® de hussards et 1" de chasseurs qui sont vacants. J'ai donné les ordres provisoires. Si Votre Majesté est dans l'intention de confirmer ces dispositions, j'ai l'honneur de soumettre à sa signature un projet de décret.
Kônigsberg, 22 décembre 1812.
Sire, M. le colonel Bosset, commandant d'armes, chargé du commandement de la place de Smolensk, y
1. Ni l'un ni l'autre n'étaient morts. Voir sur Saint-Germain le jugement défavorable de Thirion et sur Lahoussaye nos Souvenirs de Griois. Ajoutons que Lahoussaye, comme le plus ancien officier général, eut ordre, sur le champ de bataille de la Moskova, de prendre, après la blessure de Grouchy, le commandement du 3" corps de cavalerie et qu'il fut pris par les Russes le 10 décembre et dépouillé absolument de tout ce qu'il avait, argent et papiers.
2. Cf. sur Garignan qui devint général, nos Ordres et apostilles de Napoléon, IV, p. 77.
est mort par suite du service extraordinaire qu'il fut obligé de faire lors du retour de l'armée, et frappé de l'épidémie qui régnait alors dans les hôpitaux et dans la place. D'après tous les témoignages que j'ai reçus sur la bonne conduite de cet officier supérieur, dans ces moments difficiles, il a été victime de son zèle et de son activité. Il peut être considéré comme mort sur le champ de bataille et, dans ce cas, sa veuve que • sa mort laisse sans ressources avec trois enfants aurait droit à une pension de 500 francs. J'ai l'honneur de proposer à Votre Majesté d'accorder à cette veuve une pension de 800 francs, en considération des services de son mari et des trois enfants de Téducaiion desquels elle reste chargée.
Kônigsberg, 23 décembre 1812.
Sire, j'ai l'honneur de mettre sous les yeux de Votre Majesté l'état des services de M. le général de bataillon baron Devilliers qui sollicite le titre d'officier de la Légion d'honneur. Il a 21 ans de service, il a été blessé quatre fois, il est chevalier de la Légion d'honneur depuis la création de l'ordre.
Kônigsberg, 23 décembre 1812.
Sire, j'expédie à Votre Majesté l'un de ses officiers d'ordonnance, M. de Chabrillan*, qui part d'ici pour se rendre à Varsovie et de là à Paris ; il rendra compte à Votre Majesté.
1. Voir sur Ghabrillan nos Ordres et apostilles de Napoléon, IV, p. 240.
198 LA GUKRRK DE RUSSIIC
Kônigsberg, 23 décembre 1812.
Sire, nous recevons des nouvelles du duc de Tarenle qui annonce que le 21 il couche à Chavli. Ainsi, demain 24, il sera à trois journées plus près du Niémen. Mais, dans le moment nous apprenons qu'un corps de Cosaques s'est présenté devant Tilsit et que le commandant de cette place, qui avait 300 chevaux et 500 hommes d'infanterie, a évacué et s'est successivement replié sur Labiau.
Le Roi n'a ici que 1.300 hommes désorganisés de la 34*^ division et 3 bataillons de la division Heudelet dont le dernier bataillon est arrivé ici hier. 3 autres bataillons devaient arriver demain; mais, par une suite des contrariétés de la fin de cette campagne, la marche de ces 3 bataillons et des 3 qui les suivent est retardée de vingt-quatre heures.
Nous avons ici pour toute cavalerie 800 hommes d'un régiment de Lithuaniens sans selles et sans armes.
Ce qui est disponible de votre garde, sous les ordres du duc de Trévise, reçoit l'ordre de partir demain d'Insterbourg pour se porter sur Wehlau.
La présence du Roi ici présente une force idéale qui fait un bon effet sur le moral. Mais le fait est que nous n'avons que les 3 bataillons de la division Heudelet formant environ 2.000 hommes d'infanterie. Votre Majesté jugera de notre position, et nous en tirerons tout le parti possible.
Les évacuations ne marchent pas faute.de moyens de transport; le pays ne fournit rien et jusqu'à présent on ne trouve pas à passer de marchés.
Le général Lagrange est arrivé ce matin, ainsi que le général Heudelet.
Tous les jours on fait de nouvelles pertes en
matériel. Cependant il est impossible de montrer plus de zèle que n'en apportent le général Ehlé, le général Haxo et l'intendant général. Mais tout est difficile. Si quelques chefs ont conservé de l'énergie^ les subordonnés sont gelés, malades ou ont disparu.
Je vous envoie, Sire, la copie de la lettre que je reçois du prince Schwarzenberg.
Vos pertes, Sire, en argent montent à près de huit millions depuis Moscou. Toutes les voitures de trophées ont disparu, mais c'est plus encore par le brigandage de l'armée que par l'ennemi.
Quand pourrais-je avoir à faire connaître à Votre Majesté des vérités plus satisfaisantes?
Je suis instruit que le général Durosnel est arrivé à Elbing dans un état satisfaisant de guérison.
Kônigsberg, 22 décembre 1812, 9 heures du soir.
Sire, le général Lagrange vient d'arriver. Il va prendre le commandement de Konigsberg et de la vieille Prusse.
Le Roi a, sur la demande du duc d'Elchingen, donné le commandement de la 34^ division au général Marchand; mais, Sire, cette division ne se rallie point et ne présente pas 1.200 hommes.
Le général Baillet-Latour étant hors d'état de continuer son service à Elbing, le Roi l'a remplacé par le général Loison.
Le bataillon du 54% celui du 88^^ et celui du 95« de ligne sont ce soir à Konigsberg.
Le 25, les bataillons du 16«, 20« et 28« d'infanterie légère arriveront.
Le 26, arriveront aussi les 8^, 14^ et 94^ de ligne.
Enfin, le 28, les 24% 45« et 49« de ligne.
200 LA giehrk de Russie
Le reste de la division Heudelet n'arrive plus que du 10 au 12 janvier.
Nous avons organisé ici dix pièces d'artillerie de campagne qui s'y trouvaient.
Telles sont les forces disponibles (jui sont à la disposition du Roi.
Dans l'instant, on nous annonce que les Cosaques serrent de près Tilsit. On dit môme que nos troupes auraient évacué cette place. Le Roi attend des nouvelles plus certaines avant de prendre un parti avec les faibles moyens qui sont à sa disposition.
Le duc de Tarente mande qu'il ne pourra pas avoir tout son corps réuni à Tilsit avant le 30; c'est aujourd'hui 22, le quatrième jour de son mouvement de retraite.
Le Roi ne sait rien de la marche de l'infanterie ennemie.
Ce qui reste de votre garde disponible, et en état de combattre, est toujours à Inslerbourg, c'est-à-dire environ 300 hommes de cavalerie et 2.000 hommes d'infanterie, y compris la garde du roi de Naples et dix pièces d'artillerie. Sa Majesté a donné le commandement de toute cette portion de la garde au duc de Trévise.
Le duc d'Istrie se rend à Elbing avec le dépôt.
Le duc de Danzig se rend ici près du Roi.
L'encombrement et le désordre sont toujours extrêmes ici, malgré tous nos soins.
Sans l'arrivée de la division Heudelet, nous n'aurions vraiment que des fuyards.
La manière dont s'est débandée la division Loison, forte de plus de 12.000 hommes, est une chose inconcevable.
Les régiments de nouvelle levée de Lithuanie nous rejoignent; n'étant ni armés ni habillés, on ne peut que les renvoyer sur les derrières.
Nous n'avons jusqu'à ce moment qu'à nous louer des Prussiens.
Quant à rartillerie de siège, nous n'avons aucun moyen d'évacuation, ni par réquisition, ni par marchés, quelque avantageux qu'on les propose.
Il y a, en général, un esprit de vertige et de désorganisation qui est alarmant. Le soldat est abruti par le froid. Il est dans un élat de stupeur qu'on ne peut attribuer qu'à la misère et à la rigueur de la saison.
La situation du duc de Tarente nous inquiète. Cependant, avec 28.000 hommes d'une armée fraîche et une bonne cavalerie, on doit désirer de rencontrer l'ennemi.
Dans l'instant, je reçois l'estafette qui nous a remplis de joie en nous annonçant que Votre Majesté était ai'rivée le 16 à Mayence.
Kônigsberf?, 23 décembre 1812.
Sire, un homme qui a mérité d'être remarqué dans cette campagne par la manière distinguée dont il a servi, c'est le général de brigade d'artillerie Charbonnel qui a été chef d'élat-major de l'artillerie près le général Lariboisière. Votre Majesté aime à récompenser les hommes de courage et d'énergie lorsqu'elle les trouve. Je me joins au Roi et au maréchal duc d'Elchingen pour proposer à Votre Majesté d'accorder à M. le général Charbonnel le grade de général de division ^
• 1. Déjà, le 24 septembre, de Moscou, Ney écrivait à l'Empereur : « Sire, le général de brigade Charbonnel a commandé Tartillerie ■du 6" corps d'armée pendant la campagne de Portugal et il a donné dans des circonstances très difficiles des preuves de courage et de talent que je n'ai pas dû oublier et qu'il est de mon devoir de faire connaître à Votre Majesté. Daignez permettre que je me joigne au général Lariboisière pour solliciter l'avancement de cet officier général d'artillerie, homme très distingué. » Charbonnel fut nommé général de division le 9 janvier 1813.
202 LA GUKRUE Dlù RUSSIE
Kouif^sbcrg, 24 décembre 4812.
Sire, nous n'avons pas d'autres nouvelles du duc de Tarente que la copie de la lettre ci-jointe écrite de Memel en date du 23.
Les Cosaques sont à Tilsit. Nous ne sachons pas qu'il y ait de l'infanterie. La garnison de cette ville, forte d'environ 300 hommes d'infanterie et 150 hommes de cavalerie, s'est retirée sur Lahiau.
Le reste disponible de votre garde, sous les ordres du duc de Trévise, qui était à Insterbourg, a reçu l'ordre du Roi d'en partir ce matin pour se rendre à Wehlau.
M. le duc de Danzig qui est un peu malade s'est rendu à Danzig.
M. le duc d'Istrie s'est rendu à Elbing.
Le comte Daru et le général Eblé passent des marchés pour faire évacuer les magasins et l'artillerie.
Tout est difficile dans ce moment.
La Si*' division n'a encore réuni ce soir que 1.400 hommes.
Trois bataillons de la division Heudelet, forts d'environ 400 à 500 hommes chacun, sont ici. Trois bataillons arrivent demain; trois autres, après-demain. Ce sont les seules forces qui seront dans les mains du Roi. Les autres troupes de la division Heudelet n'arrivent que dans huit ou dix jours.
Depuis que la garde se repose, ainsi que tout ce qui appartient au quartier général, il se manifeste des maladies. Le général Eblé est malade; le général Haxo aussi; on espère pourtant que, dans quelques jours, ils pourront reprendre leur service.
Le Roi est bien peiné de ne pas pouvoir faire une forte diversion en faveur du duc de Tarente. Ce n'est
que dans trois jours que nous aurons ici neuf bataillons. Mais les bataillons ne sont composés que de jeunes gens qui n'ont pas encore tiré un coup de fusil, et le Roi appréhende de les mettre dans le cas de supporter des charges de cavalerie.
Le système' de défense de ce pays est tout à fait changé. Il n'y a plus de rivières, de canaux, de Frisclie Haff. Les voitures passent indistinctement partout.
On s'occupe à mettre Pillau en bon état de défense.
J'ai envoyé hier à Votre Majesté la copie de la lettre du prince de Schwarzenberg; je joins ici ma réponse à cette lettre.
Ce soir, la quatrième estafette de Paris manque, c'est-à-dire depuis le jour oii j'ai appris que Votre Majesté était passée à Mayence.
Kônigsberg, 25 décembre 1812, minuit.
Sire, nous n'avons que des nouvelles très indirectes du duc de Tarente. On dit que Wittgenstein est sur son flanc gauche et qu'il est arrivé à Tilsit de rinfanterie qui descend la rive gauche du Niémen. Des Cosaques se sont montrés à deux lieues de Labiau que nous occupons. En général nous sommes fort mal instruits.
Cependant nous sommes très contents de l'esprit des Prussiens. Des dépêches de M. d'Hardenberg, arrivées aujourd'hui aux autorités prussiennes, prescrivent de pourvoir à tout ce qui est nécessaire aux armées de Votre Majesté et d'agir de concert pour le plus grand intérêt de la cause commune.
Il est arrivé ce soir ici un régiment de marche de 600 chevaux et la 6^ demi-brigade de la division Heudelet, composée des 16^, 21® et 28® d'infanterie lé-
gère; ce qui fait six bataillons. Demain, nous attendons la 7* demi-brigade, et le 28, la 9^ demi-brigade. Ce n'est que dix et douze jours après qu'arriveront la i^" et ]a 17" demi-brigade.
Le Roi est dans l'intention de marcher après-demain par Labiau sur Tilsit pour faire une diversion.
Nous espérons avoir, dans la nuit, des nouvelles du duc de Tarente dont les premières troupes doivent être bien près du Niémen. On presse l'évacuation de toutes choses; on a passé des marchés; mais tout ne va qu'avec difficulté et lenteur.
Ce qui reste de disponible de votre garde est à Wehlau.
Le duc de Danzig et le duc d'Istrie se sont retirés sur Elbing. 11 serait à désirer que le duc d'Istrie fût resté avec tous les hommes disponibles de cavalerie.
On voit avec peine beaucoup d'officiers généraux et supérieurs s'éloigner sans motif. Il est une vérité. Sire, c'est qu'il faut dans cette armée beaucoup d'hommes neufs qui n'aient pas éprouvé les souffrances de la campagne.
Si le duc de Tarente repasse le Niémen en bon ordre, on peut présumer que nous couvrirons la Prusse; dans le cas contraire, il faudrait se retirer sur la Vistule où serait alors notre première ligne.
La division Heudelet est belle pour l'espèce d'hommes; elle est bien armée et bien habillée; mais ce sont des enfants qui n'ont pas encore entendu siffler les balles.
Le nombre des membres gelés est immense; les chirurgiens suffisent à peine à couper les phalanges des doigts de pied et de main qui sont gelées.
Le général Faure', qui commandait Tartillerie des réserves de cavalerie, est très mal.
1. Faure de Gière; il devait mourir à Berlin le 2 février 1813; cf. nos Mém. de Griois, I, p. 26.
Les généraux Eblé et Haxo sont malades.
Voilà le cinquième jour que nous sommes sans estafetle. Nous attendons avec impatience d'apprendre la nouvelle de votre arrivée à Paris.
Kônigsberg, 26 décembre 1812.
Sire, voilà le cinquième jour que manque l'estafette de Paris.
Le général Beaupré, oncle du prince d'Eckmûhly esta toute exlrémité^
Nous sommes toujours ici sans nouvelles directes du duc de Tarente. Quoique le Roi soit mal instruit de ce qui se passe, il paraît certain que l'ennemi se renforce à Tilsit, d'où il pousse des postes de Cosaques dans la direction de Labiau et de Welilau. Des Cosaques sont arrivés à Insterbourg.On parle d'infanterie. La régence de Kônigsberg n'en sait rien.
Le duc de Trévise, qui est à Wehlau, a eu un petit poste de hussards enlevé à une demi-lieue de cette ville : il fait prévenir le Roi qu'il se retire de Wehlau surTapiau, parce que le duc d'Istrie a emmené sur Elbing toute la cavalerie disponible de votre garde, ne laissant au général Colbert qu'environ 150 hommes des lanciers polonais et quelques chasseurs et hussards des régiments de marche à moitié éclopés.
Le Roi a passé ce matin la revue des six bataillons de la division Heudelet dont trois sont arrivés hier; ces bataillons sont beaux et bien armés; mais ce sont des jeunes gens sans expérience. Ces six bataillons partent demain avec l'artillerie de la division pour aller coucher à Waldau et après-demain à Ta-
1. Musquinet dit Beaupré, général de brigade depuis le 4 mars
206 LiL GUERRK DE RUSSIR
piau : ils seront précédés d'un régiment de marche de 600 clievaux commandé par le colonel Farine.
Aujourd'hui trois bataillons de la division Heudelet sont arrivés : trois autres arriveront demain et partiront a[>rès-demain pourTapiau.
Le Roi fera porter le duc de Trévise avec ce qui reste disponible de la vieille et jeune garde h Friedland.
Sa Majesté, dans cette position, tachera d'attendre des nouvelles du duc de Tarente : de Tapiau il couvre Kônigsberg, menace et contient Tennemi sur Tilsit et sur Insterhourg.
La division Loison ne se renforce pas; elle est réduite à 1.500 hommes; elle fait le service de la place. On emploie tous les moyens humainement possibles pour évacuer Tartillerie de siège.
J'envoie à Votre JMajesté la copie d'une lettre que je reçois à l'inslant du général de Wrède.
Le général Valmabeile* est mort ce matin à Kônigsberg des suites du froid qu'il a éprouvé.
Votre Majesté jugera combien notre position est difficile jusqu'au moment oij nous aurons des nouvelles du duc de Tarente qui est serré par l'ennemi. Si on en croit les bruits du pays, l'armée russe fait un mouvement pour nous suivre, et avec les 600 chevaux et les 12 bataillons de la division Heudelet, composés d'hommes qui n'ont pas encore tiré un coup de fusil, le Roi se trouvera avoir peu de moyens de résistance contre la nombreuse cavalerie de l'ennemi.
Excepté la division Heudelet, à laquelle les traîneurs ont tenu les plus mauvais propos, tout le reste de l'armée est dans la désorganisation la plus complète. La quantité d'officiers et d'hommes qui ont des
1. Bresson de Valmabelle, général de brigade depuis le 10 septembre 1812.
membres gelés est inconcevable. Tous les jours nous acquérons, non des motifs de consolations, mais la preuve que nos maux sont plus grands qu'on le croyait et Ton ne peut pas se flatter qu'ils soient finis. La position du duc de Tarante est fort inquiétante et s'il lui arrivait maliieur et qu'on évacuât Konigsberg, une partie de l'artillerie de siège serait compromise, une quantité immense 'de magasins et de munitions serait perdue; cependant, Sire, on fait l'impossible pour évacuer.
Kônigsberg, 27 décembre 1812, 10 heures du soir.
Sire, aucune des personnes qui ont été envoyées au duc de Tarente n'a pu y parvenir. C'est aujourd'hui ou demain qu'il aura dû ou devra forcer le passage du Niémen. Le rapport de nos espions dit qu'on a entendu le canon entre Tilsit et Tauroggen et qu'après cette canoimade l'ennemi évacuait Tilsit à la liàte; mais rien ne confirme ce rapport.
Les avis se réunissent pour annoncer qu'un corps assez considérable d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie se porte sur Insterbourg. Le duc de Trévise a quitté Weblau pour se porter sur Tapiau. Mais, demain au soir, le général Heudelet, avec six bataillons de sa division, 16 pièces de canon et un régiment de marche de 600 chevaux, sera à Tapiau. L'intention du Roi est de faire reprendre Wehlau, de pousser sur Insterbourg pour savoir ce que fait l'ennemi qui manœuvre, dit-on, sur Kônigsberg.
Le Roi, quoiqu'il soit très en l'air ici, y restera jusqu'à ce que nous ayons des nouvelles positives du duc de Tarente.
Hier et aujourd'hui sont arrivés six autres bataillons de la division Heudelet dont le Roi disposera selon les circonstances.
Votre Majesté verra par l'état des premières situations que je reçois des l*"", 2" et 3" corps qu'il n'y a plus d'armée en ce moment.
Nous avons appris avec graml plaisir l'arrivée de Votre Majesté à Paris le 18.
Nous continuons, jusqu'à ce moment, à être contents des Prussiens.
KônifTsberg, 28 décembre 1812, 10 heures du soir.
Sire, nous sommes toujours sans nouvelles directes du duc de Tarente; ce qui prouve qu'il n'y en a pas de mauvaises : il devrait être !^ar le Niémen.
Avant-hier une patrouille de 100 chevaux du régiment des hussards noirs prussiens a été envoyée de Labiau sur Tilsit; elle est entrée à l'improviste dans cette ville, a sabré des dragons russes et des Cosaques; mais elle a été obligée de se retirer dans la nuit parce ([u'il y avait des forces supérieures dans les environs.
Les habitants du pays disaient que le duc de Tarente était à quatre lieues du Niémen; mais jusqu'à ce moment nous n'avons eu aucune communication avec lui.
On nous prévient que les Russes sont à Memel et que la garnison se retire par le Nehrung.
Six bataillons de la division Heudelet, avec son artillerie, sont arrivés à Tapiau; ce qui a fait évacuer W^ehlau par les Cosaques qui y étaient. Le général Heudelet a l'ordre de faire réoccuper celte ville.
Le duc de Trévise, qui a évacué Wehlau avanthier pour se rendre à Tapiau, reçoit l'ordre d'en partir avec la garde pour venir à Konigsberg.
Les Prussiens évacuent tout ce qu'ils ont ici. Ils
font rejoindre les semestriers et font des levées autant qu'ils peuvent pour former une réserve sur Oraudenz.
Nous employons tous les moyens possibles pour faire évacuer l'artillerie de siège et tous les magasins; mais nous avons peu de ressources.
Le général Eblé est dangereusement malade et «ans connaissance dans ce moment.
Le général Haxo est aussi très malade.
J'ai l'honneur de vous envoyer, Sire, la copie d'une réponse que m'a faite M. 'de Saint-Marsan à la lettre que je lui ai écrite pour lui faire connaître la situation des choses.
Konigsberg, 29 décembre lîil2, 9 heures du malin.
Sire, je m'empresse d'expédier à Votre Majesté une estafette extraordinaire pour lui annoncer que l'avant-garde du duc de Tarente, commandée par le général Bachelu, est entrée hier à Tilsit, après avoir culbuté la colonne ennemie commandée par Vlastov à Piktupônen, pris deux bataillons russes et deux pièces de canon. Le maréchal duc de Tarente, avec la division Grandjean, la colonne du général Massenbach et les équipages, devait passer le Niémen dans la journée. Les deux colonnes des généraux d'Yorck et de Kleist qui forment l'arrièregarcle devaient également arriver le soir, et au plus tard aujourd'hui dans la matinée. J'envoie à Votre Majesté copie des deux dépêches qui nous annoncent ^ette nouvelle.
Si Memel a été évacué, comme les bruits d'hier le répandaient, le commandant est bien coupable, car il a eu Tordre d'y attendre l'ennemi et de le battre.
Les douze bataillons arrivés de la division Heudelet nous ont rendu un grand service. Ces bataillons
occupent aujourd'liui Wehlau. Us dtaient hier » Tapiau.
Kimigsbcrg, 29 décembre 1812.
Siiv, le roi me charge de faire connaître à Votre Majesté qu'ir est impossihle de se mieux conduire que n'a fait, dans cette circonstance, Tadjudant commandant Terrier, chef dY'tat-major de M. le duc de Tarente; il a rendu des services essentiels. Le Roi prie Votre Majesté de lui accorder une récompense qu'il a justement méritée en lui donnant le titre de baron avec une dotation*.
Kônigsberg, 29 décembre 1812.
Sire, les trois premiers régiments de la Légion de la Vistule, formant la division du général Glaparéde, réunis à Kônigsberg, se trouvant réduits à un très petit nombre d'hommes, le Roi a jugé convenable d'envoyer à Posen les cadres des 2*^ et 3*^ bataillons de chacun de ces régiments, après avoir fait verser tous les soldats disponibles de ces bataillons dans le 1*"^ bataillon de chaque régiment.
Cette disposition n'ayant pu donner à ces premiers bataillons une force réelle et suffisante pour faire un service utile, Sa Majesté a pensé qu'il était plus avantageux de réunir entièrement les trois premiers régiments d'infanterie de la Légion de la Vistule à Posen où ils se réorganiseront et se compléteront au moyen de nouveaux conscrits.
1, Jacques Terrier, déjà chevalier de l'Empire (18 août 1810) fut,, en efïet, nommé baron (H septembre 1813) et prit le titre de baron de Palente; deux mois plus tard {2u décembre 1813) il était promu, général de brigade.
En conséquence, 74 officiers et 200 sous-officiers et soldats de ces trois régiments qui se trouvaient encore à Kônigsberg, en sont partis hier 28 pour se rendre à Posen.
Le Roi avait ordonné au général Du taillis de faire partir de Varsovie le 4® régiment d'infanterie de la Légion de la Vistuie pour rejoindre à Kônigsberg les trois premiers régiments de cette Légion. Mais, sur le rapport fait parle général Dutaillis, que ce régiment n'est composé en partie que de recrues reçues depuis deux mois, qui ne sont encore ni habillées ni équipées, et attendu que ce régiment doit recevoir incessamment son complet en hommes, Sa Majesté a autorisé ce général à conserver ce régiment à Varsovie jusqu'à nouvel ordre.
Sire, Votre Majesté a mis un million à la disposition du Roi pour être distribué en gratification aux officiers de l'armée qui ont perdu leurs équipages, d'après un état que je dois former. Je pense que cette somme ne doit être accordée qu'aux officiers des troupes auxquelles le trésor impérial paie et la solde et les gratifications de campagne. M. le prince d'Eckmûhl ayant compris dans l'état de son corps 'armée des officiers des troupes alliées, je lui réponds que ces secours extraordinaires pour ces trouves alliées paraissent devoir venir en suite des dispo- )ns prises par les souverains qui pourvoient à lutes leurs dépenses en campagne, qu'il ne peut leur allouée aucune somme des caisses françaises que >ar une décision particulière de Votre Majesté.
212 LA r.UERRR DE RUSSIE
Kônigsberg, 29 décembre 1812, 10 heures du soir.
Sire, nous venons de recevoir une lettre du duc de Tarenle qui dit qu'il sera ce soir à Tilsit avec tout son corps.
Votre garde arrivera demain ici.
J'envoie à Votre Majesté le rapport du général Cliarbonnel sur Tévacuation de l'artillerie de siège. Cette évacuation se fait avec beaucoup de peine. Nous employons tous les moyens parla voie des marchés et parles réquisitions.
Il est certain que les Cosaques ont surpris Memel en entrant par toutes les parties ouvertes et qu'ils ont fait prisonnière la garnison qui y était.
Le Roi attend le duc d(î Tarente pour déterminer la ligne que prendra son corps d'armée.
La 34* division n'a pu encore rallier que 2.500 hommes dont la moitié est hors d'état de servir, ayant les pieds et les mains gelés.
Le général Eblé est toujours fort mal. Le général Charbonnel le remplace. Ce dernier est un homme très actif et très intelligent qui connaît bien toutes les parties de son arme.
J'envoie à Votre Majesté une lettre que je reçois du comte Dumas qui se croit en état de reprendre son service ^
Le thermomètre qui était hier à 20 degrés au dessous de zéro est aujourd'hui à 4 au-dessus. Le dégel paraît devoir se soutenir.
1. Dumas dit dans cette lettre qu'après avoir pris congé de Berthier à la sortie de Kovno, il est venu, avec l'autorisation qu'il avait revue, se reposer A Danzig, qu'il est mieux, que son oppression de poitrine diminue de jour en jour, qu'il sera en état de se livrer tout entier à ses fonctions et qu'il attend les ordres du major général.
Kônigsberg, 30 décembre 1812.
Sire, depuis que nous sommes à Kônigsberg, les 17^ et 19® régiments lie lanciers lithuaniens ont demandé à M. l'intendant général de l'armée des effets ou de Targent pour s'en procurer.
Pour parer aux premiers besoirts de ces troupes, M. le comte Daru leur a fait déliver les effets disponibles qu'il avait et a fait payer au 17^ régiment 8.880 francs pour acheter 800 couvertures de cheval.
Pour être à même de régulariser cette dépense et pour avoir une règle de conduite à l'avenir, M. le comte Daru sollicite une décision qui lui fera connaître à la charge de quel trésor sont les troupes lithuaniennes.
Je pense que ces troupes doivent être à la solde du trésor impérial.
Kônigsberg, 31 décembre 1812.
Sire, je donne l'ordre à M. d'Hautpoul, l'un de vos officiers d'ordonnance% de se rendre à Paris en passant par Berlin. Cet officier rendra compte à Votre Majesté de la situation des choses.
Kônigsberg, 31 décembre 1812.
Sire, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté deux lettres particulières du 28 que je reçois du duc de Danzig. Dans Tune, il parle de la promesse que