‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 55 sur 125 · Murât à Napoléon · texte numérisé non relu

Murât à Napoléon

Ces lettresde Murat(Arch.nat. A. F.iv. 1643) complètent à certains égards celles de Berthier. Elles aussi renferment des détails curieux et des traits saisissants. On a jugé très sévèrement le roi de Naples. Faut-il croire avec Lejeune que « sa grande attention se bornait à ne pas tomber au pouvoir de ces Cosaques qu'il avait si audacieusement sabrés en mille occasions » et qu'il n'avait d'autre but que de mettre le Niémen^ puis la Pregel entre lés ennemis et lui? Faut-il dire avec Hogendorp que, par ses fanfaronnades que démentaient ses excès de découragement et ses retraites successives, il découragea les esprits? En tout cas, la mission que l'Empereur lui avait confiée était fort difficile ;i remplir, lui-même convenait qu'elle dépassait ses forces, et Hogendorp a raison d'écrire qu'il n'était pas homme de tête et de caractère et qu'il n'eut pas cette conduite ferme et soutenue qui inspire la confiance.

Molodetchno, 3 décembre 1812.

Sire, je demande à Votre Majesté le grade de généraux de division pour MM. les généraux de brigade Bordesoulle, Beaumont et Roussel. Ces ofïiciers sont pleins de mérite et se sont constamment distingués pendant tout le cours de la campagne^

Ochmiana, 6 décembre 1812.

Sire, je suis arrivé à 3 heures à Ochmiana. Je serai

1. Le 4 décembre, Bordesoulle, Beaumont (Beaumont dit Carrière), et Roussel (Roussel d'Hui'bal) étaient nommes généraux de division

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demain à Miediiiki. L'ennemi suit toujours l'arrièregarde. Je ferai prendre une position sur les hauteurs de Vilna. Je crains bien de ne pas pouvoir conserver cette position longtemps. Tous les corps achèvent de se fondre. Il n'y a presque plus rien de lajeune garde.

J'ai donné les ordres pour l'évacuation de Vilna et de Kovno. Toutes les autres dispositions de Votre Majesté seront remplies autant que })ossihle.

Votre Majesté est partie; voilà le principal. Que Dieu vous accompagne 1 Si j'ai le bonheur de pouvoir établir son armée dans les quartiers d'hiver et que l'ennemi nous laisse tranquilles, j'irai rejoindre Votre Majesté.

P.-S. — Le major général vous écrit sans doute plus au long.

Miedniki, 7 décembre 1812.

Sire, la journée d'aujourd'hui a été une véritable calamité. Le froid a été à 22 degrés. La route a été jalonnée de morts. Que d'oreilles, que de nez, que de pieds, que de mains gelés! Nous perdrons la moitié de notre artillerie. Tous les corps sont confondus. La garde n'avait pas aujourd'hui 600 hommes de réunis. Si nous avions le malheur de ne pas pouvoir nous rallier à Vilna et qu'il prît fantaisie à l'ennemi de risquer de nous suivre, je ne sais ce que nous deviendrions, si le froid continue, comme il nous est annoncé. Le major général entre dans de grands détails. Nous partirons demain de grand matin pour nous rendre à Vilna. Le général Wrède restera demain à Slob-Ghoumska et le généraP Victor qui n'a pas cent hommes de réunis, à Miedniki. Le reste de l'armée ira s'établir h Roukoni. La garde à pied et à cheval ira à Vilna. Je ne pense pas que l'ennemi puisse nous suivre en force; le froid est trop excessif.

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