‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 56 sur 125 · Sic · texte numérisé non relu

Sic

J'ai appris avec plaisir que Votre Majesté était arrivée en bonne santé par delà Vilna. J'espère et je fais des vœux pour qu'elle arrive à Paris sans accident et en bonne santé.

Vilna, 9 décembre 1812.

Sire, j'ai reçu la lettre du comte de Lobau qui m' annonce que Votre Majesté passe par Varsovie et qu'elle jouit d'une bonne santé. Que Dieu la protège et la mène jusqu'à Paris sans accident! Sire, il n'existe plus d'armée. Tout est débandé. On ne peut plus donner d'ordre. On ne trouve plus ni généraux, ni officiers. Le froid a frappé tout le monde. Tout le monde est dans la stupeur.

L'évacuation comme la conservation de Vilna est de toute impossibilité. Nous arriverons sur le Niémen sans une voiture. Je crains que tout le trésor ne soit abandonné. La division Loison n'existe presque plus. Le général Wrède qui avait le 7 huit mille hommes, n'en a plus aujourd'hui que deux mille. J'ai confié le commandement de l'arrière-garde au duc d'Elchingen qui, avec les Bavarois et la division Loison, tiendra les hauteurs de Vilna le plus longtemps qu^il pourra.

Sire, la fusion [sic) est telle qu'il est impossible même de trouver les officiers pour faire distribuer le million de gratification ; cela nous aurait soulagés.

Sire, je suis d'autant plus au désespoir d'avoir à vous donner de si mauvaises nouvelles que j'avais à cœur de bien remplir vos intentions et que j'avais encore espéré de pouvoir rallier quelque chose à Vilna. Mais tout espoir est perdu ou paraît perdu.

Le major général vous écrit longuement.

Je resterai le dernier. Mais me ferai-je prendre? Me ferai-je tuer?

P. -S. — Le prince de Neuchâtel montre un courage héroïque.

Koviio, il décembre 1812.

Sire, le prince major général adresse à Votre Majesté le rapport des événements de Vilna jusqu'à ce jour. Le désordre est arrivé à soli comble. Il ne reste à M. le duc d'Elcliin<i^en, des 2% 3% 9" corps, de la divison Wrède, de la Vistule^ du général Loison, qu'environ J.oOO hommes, pas un homme de cavalerie, et il est vivement pressé par une nombreuse cavalerie et de l'artillerie qui le déborde continuellement, et lui fait abandonner toutes nos positions, et nous prend tous les jours beaucoup de monde. Il ajoute que si l'ennemi se décidait à faire une charge à fond, il parviendrait à prendre tout ce qui reste des débris de l'armée.

Tous les autres corps de l'armée ne comptent plus un soldat et n'ont que les cadres, quelques généraux, des officiers et les aigles. La garde impériale n'a plus que 1.500 hommes d'infanterie, 600 hommes de cavalerie et plus d'artillerie. Une partie du trésor a été pillée et je doute que nous parvenions à faire arriver en sûreté le reste sur Danzig. Il nous reste l'artillerie du général Loison et celle de la place de Kovno. Mais la conserverons-nous avec les forces que nous avons? Il ne nous reste plus une voiture. Tout le monde a tout perdu. Le froid continue à être rigoureux. Le soldat qui reste au drapeau n'a pas la force de se servir de ses armes. C'est une véritable calamité qui a frappé vos braves.

Dans cet état de choses, j'ai cru indispensable de convoquer MM. les maréchaux et commandants des corps pour aviser aux moyens de sauver à Votre Majesté tout ce qui nous reste encore de généraux, officiers et d'aigles, et autres objets précieux. Nous ne

d. De la légion de la Vistule.

pouvons plus raisonnablement faire face à l'ennemi sans nous exposer à nous faire tous prendre sans aucun avantage pour le service de Votre Majesté et sans gloire aucune. Je pense que l'avis de ces Messieurs sera de tout diriger d'abord sur Kônigsberg et ensuite sur les places de la Vislule.

Les ordres ont été envoyés au prince Schwarzenberg et au général Reynier de se. rapprocher de Bialystok et de couvrir le grand-duché. On lui fait connaître que l'armée a dû se rapprocher de Tilsit et de Kônigsberg, et on a donné ordre au duc de Tarente d'effectuer son mouvement sur Tilsit. On fera détruire tout ce qui sera possible de ce qui existera dans Kovno et je vais me rapprocher de Kônigsberg.

Il est pénible pour moi de me voir forcé à vous faire ce rapport aussi vrai, aussi affligeant. Mais j'ai la douleur de m'y voir forcé. Tout effort humain est superflu pour remédier au désordre. Il faut se résigner.

Si je tombe au pouvoir de l'ennemi, je recommande à Votre Majesté la reine, mes enfants et mes sujets K

Skrauce, 13 décembre 1812.

Sire, la gravité des circonstances où se trouve l'armée dont Votre Majesté m'a confié le commandement, m'a déterminé à réunir aujourd'hui MM. les maréchaux, les commandants des différents corps et des différentes armes, et l'intendant général, pour connaître la situation actuelle de leurs troupes et leur opinion sur le parti à prendre pour rallier le plus tôt et le plus sûrement possible les hommes qui ont abandonné leurs drapeaux.

1. Mupat a barré cette dernière phrase, mot par mot; mais on peut la lire encore et nous la reproduisons.

Il résulte de la drclaralion qu'ils m'ont faite que le i" corps ne compte plus aucunes baïonnettes; il n'y reste plus que des officiers qui se relèvent pour porter les aigles.

Le 2'' et le ^'^ corps sont dans le môme cas.

Le i<^ corps avait encore, avant de passer par Vilna, 100 officiers et H 8 soldats. Deux grandes marches ont dispersé ces derniers. Il n'est plus possible de réunir plus d'une trentaine d'hommes.

Le 5® corps est fondu depuis longtemps.

Le 8*^ n'a que des officiers.

Le 9*^ ne présente aucune force en sous-officiers et soldats. La division de Wrède ne comptait aujourd'hui que 36 hommes.

La division Roguet, environ 50.

La garde à pied peut réunir à peu près 600 hommes; la garde à cheval, de 6 à 800.

La division Loison a, au plus, 800 hommes, indépendamment des 1.000 qui sont à Kovno.

Le génie n'a plus qu'une centaine d'hommes.

L'artillerie n'a aucun moyen en personnel. Son matériel consiste en 16 pièces de la division Loison et 10 qui défendent la tête de pont de Kovno. Il n'y a point de caisson d'infanterie attelé. Les troupes n'ont plus de cartouches que celles qui sont dans les gibernes et on est obligé, faute de moyens de transport, de détruire celles qui sont ici, au nombre de trois millions.

L'intendance est totalement désorganisée; l'étatmajor général, de même.

Dans cet état de choses qui ne présente pas plus de 2.000 hommes à opposer à l'ennemi, car on ne peut pas compter sur la cavalerie démontée, j'ai demandé si on croyait possible de se maintenir sur la défensive à Kovno. Tous les maréchaux ont pensé (jue cela était impraticable puisque le Niémen est gelé, que la tête de pont peut être tournée, et que l'armée pour-

rait, dans la route qu'elle doit prendre, être devancée par l'ennemi.

Une seconde question a été posée. C'était de savoir quel était le meilleur système à suivre pour rallier l'armée.

On a pensé que l'armée ne pouvait être ralliée que dans des places, c'est-à-dire sur la ligne de la Vistule ; qu'il convenait de désigner le point sur lequel les hommes de chaque corps devraient se diriger, d'envoyer d'avance des officiers pour les arrêter et les organiser et de tracer deux ou plusieurs routes, afin que les divers corps arrivassent séparément à leur point de ralliement.

Dans ce système, il reste une difficulté. C'est de savoir comment on composera une troupe organisée pour former une arrière-garde sur chaque route de marche.

En général, on s'est réuni à indiquer deux lignes principales : l'une passant par Tilsit et allant rejoindre Kônigsberg; l'autre, passant par Gumbinnen et Insterbourg et aboutissant d'un côté à Marienbourg et de l'autre à Thorn.

D'après ces observations, je me suis déterminé à faire passer tous les corps par une même route jusqu'à Gumbinnen. Là, je compte tracer des routes différentes pour chaque corps à diriger.

Le 1er corps, le 8® corps et les Wurtembergeois, sur Thorn; le 4^, à Marienwerder ; la garde impériale, les 2^, S^'et 9® corps à Danzig ou Marienbourg; les dépôts de cavalerie dans l'île de la Nogat, en la faisant couvrir par le duc de Tarente qui occuperait Elbing, si l'ennemi le forçait à découvrir Kônigsberg.

L'artillerie et le génie seront dirigés aussi sur Danzig; ces diverses directions ne seront données qu'au sortir de Gumbinnen.

P.-S. — Des officiers seront envoyés dans les différentes places de la Vistule et Danzig pour arrê-

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ter les fuyards. Des af\provisionnemenls seront faits aussi.

L'intendant général part de sa personne pour Kônigsberg" et assurera, en passant, le service des subsistances sur les différentes roules que doivent tenir les difl'érents corps.

Le canon s'est fait entendre toute la journée sur Kovno. Le duc d'Elcliingen m'a fait prévenir que c'était le canon de la tète de pont qu'il dirigeait contre des Cosaques. Il n'évacuera que demain cette place; ce qui lui donne le temps de faire détruire ce qui n'aura pu être évacué.

Arrivé à Gumbinnen, je partirai pour Kônigsberg. Le froid est toujours très rigoureux. 11 était aujourd'hui à 22 degrés. Nous continuons h souffrir. Les débris de l'armée sont véritablement dans un état pitoyable.

Wirballen, 16 décembre 1812.

Sire, le major général a écrit longuement et flans le plus grand détail à Votre Majesté. Les choses sont dans un tel état de désordre qu'il m'est impossible de remédier au mal. Enfin, j'ai perdu tout espoir de pouvoir lui être d'aucune utilité. Que puis-je, en effet, faire avec 1.500 hommes de toute arme, que je puis parvenir peut-être à mettre en ligne? Il ne s'agit donc plus de combattre, mais de réorganiser, mais d'administrer, mais de rallier les nombreux débris de l'armée. Sire, je déclarai à Votre Majesté que je n'avais ni les talents nécessaires ni le courage pour ce genre d'application, pour un travail qui m'est étranger. Cependant Votre Majesté insista. J'obéis, espérant que je pourrais encore rallier quelques combattants sur Vilna et sur Kovno. Mais les froids des 6, 7 et 8 détruisirent encore cette espérance, et depuis, cette fusion de l'armée est devenue à son

comble. Tout a été de mal en pis, et le départ de Votre Majesté a été un nouvel échec pour la discipline. Je trahirais mes devoirs si je ne lui redisais pas que je ne puis conserver un commandement que je n'ai pris que par déférence et par attachement pour Votre Majesté. Je laisserai donc ce commandement au vice-roi qui (je vous le jure) remplira mieux votre espoir. Ce prince est plus exercé que moi dans l'administration. Je serai plus utile à Votre Majesté soit à Naples soit en France. Si je n'avais pas reçu votre décision d'ici à quinze jours, je me mettrai en route.

StallupÔnen, 17 décembre 1812.

Je reçois à Tinstant la lettre de Votre Majesté, du 12, de Posen. Je vois avec un plaisir inexprimable que Votre Majesté continue son voyage en très bonne santé. Je la crois maintenant à Mayence.

J'ai reçu des nouvelles du maréchal Macdonald du IJ. J'en reçois aujourd'hui du prince Schwarzenberg- du 14, de Slonim. Ni Tun ni l'autre n'avaient reçu à cette époque les instructions que le major général a dû leur faire passer; au premier, de se rapprocher du Niémen, et à ce dernier, de Grodno et Bialystok, et de couvrir et défendre Varsovie. Le major général est aussi chargé d'annoncer au prince Schwarzenberg que le 5^ corps va se réunir à Varsovie et que le prince Poniatowski doit y recevoir 25.000 conscrits qui y sont déjà réunis, et y réorganiser l'artillerie.

Votre Majesté me dit que, dans aucun cas, je ne dois quitter l'armée. Je lui ai écrit hier que rien au monde ne m'y ferait rester. Je sens chaque jour davantage combien la tâche d'un si grand commandement est au-dessus de mes forces, et je réitère

formellement à Votre Majesté qu'il m'est impossible de rester plus longtemps séparé de ma femme et de mes enfants. Je crois déjà avoir assez prouvé à Votre Majesté un absolu dévouement. Je serai toujours prêt à revoler sous ses drapeaux quand il s'ap^ira de combattre; luais je ne saurais y rester quand il ne s'agit que d'organiser et d'administrer, et quand le soin de mes états et le vœu de mes sujets me rappellent au milieu d'eux. J'ose croire que je lui serai encore plus utile en France et à Naples qu'ici.

Le prince major général a dû faire connaître à Votre Majesté, par ses rapports successifs, d'abord l'impossibilité où nous avions été de rallier l'armée à Vilna, de la rallier à Kovno, et mon rapport, qui n'était autre cbose que le procès-verbal de la séance tenue avec les maréchaux et tous les commandants des corps, prouve qu'il n'a pas été en notre pouvoir de rester quarante-huit heures à Kovno, qu'il n'existait déjà plus d'armée et que l'on avait arrêté à l'unanimité qu'il n'y avait plus d'autre ressource que d'envoyer les aigles et les cadres dans les différentes places de la Vistule : mesure qui va recevoir son exécution. Cependant le maréchal Ney qui avait été chargé de faire Tarrière-garde à Kovno et de couvrir ma marche sur Vilkoviski, ne put exécuter mes ordres, l'ennemi s'étant montré entre lui et moi sur le point de Skrauce, et il fut obligé de faire sa retraite par Ncusiadt sur Stallupônen. Je fis hier un séjour à Wirballen pour l'attendre. Ce maréchal ne conserve plus une seule baïonnette de la division Loison et des 2® et 3® corps. Il a fait sa retraite seul, de sa personne, avec quelques officiers de son étatmajor et quelques officiers de troupe. J'appris hier au soir à 10 heures qu'il était à Gumbinnen. Je me trouvais donc faire Tarrière-garde avec 300 hommes de la vieille garde de Votre Majesté,

avec environ 150 de la jeune, avec 800 hommes de mes vélitos et 400 hommes de cavalerie de votre garde, 2o0 Hessois et 4 pièces de canon avec trois cents coups à tirer. Voilà, Sire, tout ce qui nous reste de réuni de la Grande Armée. Encore est-il vrai de dire qu'un tiers de cette troupe est dans l'impossibilité de servir, ayant ses pieds et ses mains gelés. Les Cosaques n'avaient pas encore paru hier à Pilviszki et à Marienpol. Ils ne nous font plus de prisonniers et renvoient nos soldats après les avoir pillés.

Il est cruel^ quoique tout porte à croire que Tennemi ne nous suivra pas, de ne pouvoir prendre position. Mais, comme je l'ai dit plus haut à Votre Majesté, tout est depuis six jours en route pour la Vistule, et ce n'est que là qu'on peut les rallier. En effet, que feraient 1.000 à 1.200 hommes de votre garde pour la défense des états du nord du grandduché et pour couvrir les états prussiens? Mon espoir se porte donc sur l'armée du duc de Tarente qui, par son mouvement sur le Niémen, peut encore remplir ce but important, et si, aux premières nouvelles que je recevrai, il n'y a rien de changé dans sa position, je compte me rendre à ce corps d'armée et manœuvrer en conséquence. Et j'espère y réussir si, comme on me l'annonce, sa force est de 30.000 hommes bien disciplinés, pourvus de subsistances et ne demandant pas mieux que démarchera l'ennemi. Dans ce cas, je laisserai au vice-roi le commandement de la garde, des 1^^", 2^, S*", 4^ et 9^ corps et des réserves de cavalerie. Cela le mettra déjà à même de prendre connaissance de l'état de la Grande Armée et de son administration.

Votre Majesté voit par là que, quand il s'agit de combattre, je ne demande point à m'éloigner. Mais je sais combien l'occupation de la ligne de Vilkoviski parle 10*^ corps, en couvrant les états prussiens, faci-

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literait vos négociations avec ce gouvernement.

Les rapports que je reçois de Tintendant général,

de Kônigsherg, annoncent qu'il y a dans cette

place et dans celle d'Elbing de grandes ressources.

Kônigsberg, 20 décembre 1812,

Le prince major général continue toujours à vous faire ses rapports sur notre position qui devient tous les jours plus mauvaise.

Par une lettre du 16, M. le ducdeTarente mande qu'il n'a reçu que ce jour-là et à une heure d'intervalle les ordres que je lui avais adressés de Vilna et de Kovno, le premier, pour qu'il cherchât à se rapprocher de Tilsit, le deuxième, pour qu'il accélérât son mouvement sur cette place. Il annonce qu'il a commencé son mouvement le 17. Je ne sais pas comment il s'en tirera, si les rapports que je reçois à l'instant se confirment. On nous rapporte, en effet, que le quartier général du prince Koutouzov est arrivé à Jurburgle 18, à 2 heures après-midi, et que quelquesCosaquesetenvironSOO hommes d'infanterie ont paru le 19 à Tauroggen, et le maréchal lui-même écrit que des partis ennemis se sont montrés sur Chauli et Telch. Je fais réunir ici la division Heudelet qui sera forte d'environ 13.000 hommes et la division de dragons du général Cavaignac forte de 1.200 chevaux. Je fais rallier aussi la division Loison. Je ne sais pas si les mouvements de l'ennemi m'en donneront le temps, car les dernières troupes de la division Heudelet ne doivent arriver ici que du 27 au 28, et j'ai le 'projet, si je parviens à rallier 15 à 18.000 hommes, de me porter sur Tilsit; ce qui ne manquerait pas de faire une diversion précieuse en faveur du maréchal Macdonald. Mais je n'ose me

flatter de pouvoir parvenir à réunir cette force. Cependant je fais donner J'ordre au duc de Danzig qui est à Insterbourg avec les débris de votre garde et de la mienne, de se tenir sur ses p^ardes et de se rapprocber de Kônigsberg au premier avis de mou vement de l'ennemi.

Tous les ordres sont donnés pour envoyer à Elbing le dépôt général de cavalerie et tous les hommes démontés de cette arme, pour Févacuation des malades et des différents magasins d'habillements, d'armes et de munitions, et j'ai autorisé un marché d'urgence pour le transport de l'artillerie de siège qui se trouve embarrassée par les glaces dans Kônigsberg, dans Tilsit et dans Memel; tout cela sera noyé si l'ennemi ne nous donnait pas le temps de l'évacuer.

Tous les corps d'armée, leurs officiers généraux, leurs officiers particuliers et leurs aigles sont en route, par différentes directions, pour se rendre sur la Vistule. Si j'apprenais que Koutouzov marche en force de Tilsit sur moi — ce que je ne présume pas qu'il fasse avant d'avoir une affaire avec Macdonald — je marcherais sur Elbing, et, en dernière analyse, sur Danzig.

On m'annonce d'un autre côté qu'une division de cavalerie ennemie a paru sur Meretch, à l'effet de couper tous les hommes isolés du 5^ corps qui se rendent à Varsovie. Des partis ennemis ont aussi paru sur Vilkoviski, Marienpol et Neustadt. Je serai très exact à faire connaître à Votre Majesté les nouvelles subséquentes que je recevrai des mouvements de Koutouzov.

J'ai de grandes inquiétudes sur le corps de Macdonald ^

1. On sait la réponse que fit Napoléon à cette lettre; elle est datée du 30 décembre et ainsi conçue : « J'ai reçu votre lettre du 20. Je vois avec bien de la peine le froid extrême qu'il fait encore du

Kônigsbcpg, 22 déccmljrc 1812.

Sire, une nouvelle année va commencer. Je prie Votre Majesté d'accueillir les vœux que je forme pour votre bonheur ; il sera toujours sans nuages, si le ciel les exauce. Je vous adresse aussi les lettres de mes enfants; leurs vœux sont aussi sincères que les miens.

Je crois Votre Majesté arrivée hier au soir à Paris; le prince major général a reçu une lettre du général Caulaincourt qui lui apprend votre présence à Mayence.

Je ne vous fais aucun rapport sur notre situation. Le major général veut bien se charger de ce soin. J'ai quelqu«' inquiétude pour ïilsit. Cependant Macdonald est en marche sur ce point. S'il arrive, nous pourrons encore couvrir les états prussiens avec le 10*^ corps et la divisioEi Heudelet.

La présence du grand quartier général à Kônigsbe rg a produit le meilleur etfet. Si je fusse resté encore en arrière, nous eussions trouvé Kônigsberg absolument désert.

Les Prussiens se montrent bien.

J'ai écrit au roi de Prusse pour le prévenir de notre rentrée dans ses états.

Tout va encore bien mal.

Il faut que Votre Majesté adopte de grands moyens ; il faut faire venir de l'artillerie en poste et faire arriver rapidement des troupes.

Kônigsberg, 23 décembre 1812.

Le prince major général continue à rendre compte

côté de Kônigsberg. Il me tarde de connaître la situation exactede l'armée. »

à Votre Majesté de la situation de sa Grande Armée.

L'ennemi entra hier matin àTilsit avec deux pièces de canon et quelques centaines de Cosaques. Les troupes de cette garnison sont arrivées à Labiau.

Le 10'' corps a dû arriver le 21 à Chauli et doit être ce soir sur Rassiena.

Les partis de Cosaques se montrent partout. Memel même est sans communication avec le maréchal Macdonald.

J'ai fait donner Tordre à la garde de Votre Majesté et à la mienne de quitter Insterbourg et de se rendre à Wehlau, et de suivre la route d'Elbing par Eylau. si l'ennemi se montrait en force sur Tilsit ou sur Gumbinnen et Insterbourg.

Il est bien malheureux, d'un côté, que le maréchal Macdonald ait reçu ses ordres si tard, et, de l'autre ^ que la division Heudelet ne soit pas encore réunie ici pour la porter sur Tilsit. Quelle heureuse diversion !

On continue les évacuations de Kônigsberg.

Nous n'avons encore pu réunir que 1.400 hommes de la division Loison. J'ai environ 2.000 hommes de celle de Heudelet et 800 Prussiens. Voilà tout ce qui forme la défense de Kônigsberg et du grand quartier général.

On s'occupe du travail des cantonnements de la cavalerie et de l'établissement des dépôts.

Sire, nous sommes dans un état bien affligeant. Il changera par l'arrivée du 10^ corps. Je ne saurais croire qu'il puisse en être empêché. Il faudrait que l'ennemi eût une armée à lui opposer, et je ne saurais pas laquelle.

Je n'entre pas dans de plus grands détails. Je laisse ce soin au major général et à l'intendant général.

Le prince de Schwarzenberg avait son quartier général le 20 à Bialystok et il comptait aller s'établir à Pultusk. L'ennemi ne le suivait que très faiblement et semblait vouloir lui proposer un armistice

23i LA GUKRRK DE RUSSIL:

en lui annoiiyant qu'il n'avaiL l'ordre de le suivre que jusqu'aux frontières de la Prusse.

Kônigsberg, 24 décembre 1812.

Sire, le prince major «^^énéral continue d'adresser exactement à Votre Majesté ses rapports.

Sa garde n'existe réellement plus. 11 ne reste pas 600 hommes de disponibles.

On continue les évacuations.

Nous avons déjà trois bataillons de la divison Heudelet; il en arrivera demain trois autres, et trois après-demain, de manière que j'aurai ici douze bataillons réunis le 29, et je pourrai faire une diversion sur Tilsit.

Les traînards continuent toujours d'arriver.

On m'assure qu'il y a aujourd'hui dans la ville 40.000 hommes.

Je reçois une lettre du commandant prussien de Memel qui m'annonce que le 10'^ corps fait sa retraite sur Memel et non sur Tilsit. Déjà les partis de Cosaques qui s'étaient portés en Courlande sur les derrières du 10® corps, se sont retirés du côté de Rassiena. Une fois le 5® corps de Macdonald arrivé, j'espère de pouvoir couvrir les états prussiens.

Tout le monde voudrait me faire quitter Kônigsbergoiije ne suis pas en sûreté. Mais j'en sortirai qu'a la dernière extrémité. Ma présence ici a rassuré le pays, et, si je pars avant l'arrivée du lO'^ corps, toute la ville sera abandonnée. Il y a ici des ressources immenses qu'il nous importe de ne pas perdre.

Kônigsberg, 25 décembre 1812, 10 heures du soir.

Sire, j'adresse à Votre Majesté la prétendue pro-

clamation de l'empereur Alexandre aux Polonais. Je la crois controuvée. Elle ne laisse pas cependant de faire une certaine sensation sur Tesprit des Polonais.

Nous sommes toujours sans nouvelles positives du maréchal Macdonald. Nous savons cependant qu'il a dû être le 21 à Chavli. La tête de son avant-garde doit être certainement aujourd'hui à une marche du Niémen.

Une reconnaissance a été poussée aujourd'hui de Labiau sur Tilsit.

Deux cents et tant de chasseurs lithuaniens sont encore arrivés aujourd'hui à Labiau.

J'ai envoyé aussi environ 200 hommes du 6® bataillon du 22^ régiment d'infanterie légère et 200 marins à Tapiau^ qui se lieront avec la garde qui est à Wehiau et observeront la route de Tilsit.

Il est arrivé aujourd'hui deux bataillons de la division Heudelet et un régiment de marche de cavalerie, fort de 600 hommes.

Je passerai demain la revue de six bataillons et de ce régiment.

Demain il arrive encore trois bataillons.

Après-demain, je dirigerai ces neuf bataillons et le régiment de marche de cavalerie et dix pièces de canon sur le Niémen à la rencontre du maréchal Macdonald.

Les ordres les plus sévères ont été donnés pour faire évacuer sur les différents dépôts généraux des corps tous les généraux, officiers supérieurs, officiers subalternes et soldats de toutes armes qui encombrent la ville.

Les traînards et les isolés continuent d'arriver en foule.

L'ennemi n'a pas encore paru à Gumbinnen.

Nous sommes toujours sans nouvelles dans la direction de Grodno à Rastenbourg. Nous ne savons

pas non plus positivernont à quel corps appartiennent les troupes qui ont occupé Tilsit et qui se trouventdevant le maréclial Macdonald; les uns disent de Koutouzov; les autres, de Wittgenstein. Moi, je crois que ce ne sont que des partis.

Les habitants continuent à être toujours parfaitement bien pour nous, et le président de la régence et le gouverneur prussien ont reçu dans la matinée des ordres du cabinet de Berlin qui leur enjoignent de nous seconder de tous leurs moyens, et le gouverneur a reçu particulièrement celui de lever des recrues et de pousser le plus possible sur les frontières le peu de cavalerie qu'il peut avoir à sa disposition. Ces dispositions vont avoir leur exécution. Le directeur de la police a envoyé dès ce matin des émissaires sur tous les points et je suis persuadé que demain nous aurons positivement des nouvelles du lO'^ corps.

Les rapports du général Sokolnicki continuent à ne pas avoir le sens commun.

J'ai établi les dépôts généraux de cavalerie d'après les propositions du général Bourcier, non par corps de réserve, mais par armes, de la manière suivante :

La moitié des cuirassiers à Stettin, sous les ordres du général Grouchy ; l'autre moitié à Francfort, sous ceux du général Sebastiani.

Celui des hussards à Posen, sous les ordres du général Latour-Maubourg.

Celui des chasseurs à Glogau, sous les ordres du général Defrance.

Celui des dragons à Varsovie, commandé par le général Watier.

A Crossen, celui des Saxons et des Westphaliens, sous les ordres d'un général que je n'ai pas encore désigné.

La garde sera envoyée à Magdebourg et Brunswick.

Les deux rég-iments de carabiniers se remonteront à Berlin même.

Le g-rand dépôt sera à Berlin oii sera établi le quartier général du général Bourcier.

On désignera des numéros des régiments de chaque arme que l'on devra commencer par remonter de préférence. Cette mesure nous donnera de suite des forces disponibles.

J'ai été déterminé à réunir les régiments par armes plutôt que par corps de réserve, en raison dé la livraison des chevaux de remonte. Par exemple, on proposait de placer le 1^^ corps de cavalerie de réserve à Stettin avec la division de cavalerie légère et on m'annonçait en même temps qu'on devait recevoir 6.000 chevaux de troupes légères à Varsovie; il fallait donc attendre que les hommes de la cavalerie légère du 1^^' corps eussent été réunis à Stettin pour envoyer de là des hommes chercher à Varsovie des chevaux de remonte. Que de temps perdu! Que de retards dans la remonte de la cavalerie! J'ai d'abord ordonné que l'on remontât les 7^ et 8^ de hussards et 9^ de lanciers. Je désignerai successivement les meilleurs régiments pour être remontés les premiers.

Il est arrivé hier à Labiau environ 300 traîneaux chargés d'artillerie et de munitions de guerre venant de Memel. 0[i a fait partir également hier de Labiau pour Kônigsberg une douzaine de canons et beaucoup de munitions. J'ai réitéré ici les ordres les plus sévères pour l'évacuation de celle qui est ici. Il est malheureux que le général Eblé soit malade. Cependant j'ose espérer que nous parviendrons à tout faire évacuer.

L'estafette nous manque depuis quatre jours; ce qui nous prive des nouvelles de l'intérieur de la Prusse et du grand-duché et de connaître le nombre des isolés qu'on sera parvenu à rallier dans les différentes places de la Vistule.

Nous sommes très riches pour les subsistances. Varsovie seule ne nous offre aucune ressource. Mais Modlin en renferme de grandes et nous aidera à nourrir le corps de Scliwarzenherg-.

P. S. — Je ne puis encore avoir aucune situation de l'armée ni celle des places ni celle du duc de Castiglione; tout ici est encore confusion.

Kônigsberg, 26 décembre 1812, soir.

J'ai passé aujourd'hui la revue de la !''« brigade de la division Heudelet. J'ai eu lieu d'en être satisfait sous tous les rapports. Je l'ai été surtout de sa belle tenue et de son bon esprit. Aussi ai-je fait cadeau d'une paire de gants à ceux qui en manquaient, et sur l'avis du major général, j'ai autorisé le paiement de l'indemnité d'un sol pour les hommes des compagnies d'élite. Cette brigade part demain pour Tapiau. La 2® brigade partira après-demain pour la même destination, ainsi que son artillerie. Ce mouvement produira un bon effet, d'abord sur Fesprit des habitants, et ensuite il ne peut manquer d'en faire un sur l'ennemi, soit que le duc de Tarente se dirige sur Tilsit, soit qu'il fasse sa retraite par Memel et le Nehrung du Kurisch Haff. En effet, en menaçant par Tapiau Tilsit, supposé que le 10*^ corps marche sur ce point, l'ennemi se trouverait entre deux feux et nous arrêterions son mouvement qu'il ne manquerait pas de pousser sur Kônigsberg dans la supposition que le duc de Tarente s'y dirige par Memel.

Les Cosaques ont paru ce matin sur Taplacken aux environs de Wehlau et dans les bois en avant de Tapiau. Cependant des partis poussés à six lieues par Wehlau et Tapiau sur cette ville n'ont rien rencontré.

On prétend que J'ennenii fait en même temps un grand mouvement par Gumbinnen, tandis qu'on croit Koutouzov sur Georgenbourg et Tilsit.

Au reste, c'est ce soir ou demain au plus tard, à moins d'événements extraordinaires, que l'avantgarde du maréchal Macdonald sera sur le Niémen.

Je ne suis pas sans inquiétudes sur notre position.

Kônigsberg-est encombré d'une manière effrayante soit par nos traînards qui arrivent en foule, soit par nos malades qui remplissent nos hôpitaux, enfin par la nombreuse artillerie de siège et les magasins particuliers des corps. Il faut ajouter à tout cela que les moyens de transport deviennent chaque jour plus rares. Beaucoup de généraux sont malades. Un plus grand nombre demandent des congés. Le général Valmabelle est mort ce matin. Enfin, le découragement et la démoralisation sont à leur comble.

Il me tarde bien de savoir s'il se réunira beaucoup de monde dans les dépôts des différents corp& d'armée qui leur ont été assignés dans les diverses places de la Vistule.

J'ignore absolument ce qui se passe sur nos derrières, l'estafette nous manquant depuis cinq jours. On ne peut me donner par conséquent aucun état de situation. Nous n'avons plus d'officiers d'état-major; tous presque ont gagné la Vistule, à l'exemple des officiers des corps.

Nous sommes bien pour le pain, légumes, etc., et nous sommes très mal pour les vivres et viandes. Il faudra avoir recours aux réquisitions ou à des entreprises : la première mesure serait très malheureuse dans les circonstances; la seconde, contraire aux intérêts de Votre Majesté.

Le duc de Trévise, qui a vu ce matin les Cosaques surWehlau, mande qu'il tiendra jusqu'à ce soir et qu'il viendra s'établir à Tapiau.

Î40 LA GUERHK DE KIJSSIK

Le duc d'Islrie (jui avait ordre de couvrir Wehlau en éclairant les routes d'histerbour^, Geo rg-en bourg et Tilsit, a fait partir pour Elhing, oii il s'est rendu de sa personne, toute la cavalerie de la garde et n'a laissé tjue 60 lanciers. Cette détermination a compromis le maréchal Mortier; cette conduite du maréchal Bessières n'est pas louable.

Je n'ai point depuis longtemps de nouvelles du prince de Schwarzenberg et du général Reynier. Je €rois cependant que nous touchons au moment où l'ennemi vase démasquer. Prendra-l-il ses quartiers d'hiver? Tentera-t-il d'arriver sur la Vistule? C'est ce que nous saurons positivement après les événements qui doivent se passer au 10® corps.

Kônigsberg, 28 décembre 4812.

Sire, le prince major général a dû faire connaître hier au soir à Votre Majesté les nouvelles que nous avions reçues de son corps. Celles d'aujourd'hui portent qu'il était à deux lieues de Tilsit, sur la rive droite du Niémen. J'attends d'un moment à l'autre la nouvelle que le duc de Tarente a fait son entrée dans cette ville.

L'adjudant commandant Terrier nous a rendu compte, sous la date d'hier, qu'un parti qu'il avait envoyé sur ce point était entré dans Tilsit, en avait chassé quelques Cosaques et dragons qui s'y trouvaient et qu'il s'y était établi. Il est étonnant qu'ayant dû communiquer de suite avec le 10^ corps, qui n'en était qu'à dix lieues, le duc de Tarente ne nous ait pas encore donné de ses nouvelles.

J'ai passé au matin la revue de la 2^ brigade de la division Heudelet; les hommes sont superbes et montrent la meilleure volonté. Cette troupe a pris ce

matin la direction de Tapiau pour se réunir à la l^*^ brigade.

Je fais venir votre f^arde à Kônigsherg-.

Le général Heudelet a ordre de réoccuper Welilau où il ne se trouve ([ue 150 Cosaques. J'ai la certitude qu'il ne s'en trouve pas un plus grand nombre à Gumbinnen et à Insterbourg et qu'aucun hoFume d'infanterie russe n'y a encore paru. On dit Wittgenstein sur Georgenbourg. Je ne le crois pas.

Les évacuations tant de l'artillerie que des effets d'Iiabillement et bôpitaux se continuent avec la plus grande activité.

Le prince major général adresse à Votre Majesté copie d'une lettre du comte de Saint-Marsan. Elle y verra que le roi est dans les meilleures dispositions, mais qu'il craint un soulèvement contre nous si nos soldats venaient à piller les villages et si l'on voulait former des magasins de réserve par le moyen des réquisitions. Votre Majesté jugera dans sa sagesse ce qui convient le mieux à ses intérêts de faire dans cette circonstance : ou de payer comptant ou d'en venir aux réquisitions. Je penclie pour le premier parti, car il serait très dangereux d'indisposer dans ce moment-ci les habitants qui se montrent bien disposés pour nous.

Votre Majesté connaît les dispositions qui ont été adoptées pour arrêter nos fuyards sur la Vistule. Le duc de Gastiglione a reçu l'ordre de former un cordon sur l'Oder, à l'effet d'y arrêter ceux des isolés qui seraient parvenus à passer la Vistule et d'inviter le gouvernement prussien à la seconder parle moyen de ses troupes et de sa gendarmerie.

Je passerai demain la revue de la division Loison, aujourd'hui Marchand; elle est, dit-on, forte de 2.500 hommes, mais n'en ayant qu'environ 1.500 en état de faire le service.

Nos traînards continuent à passer, et je sais d'une

manière positive (jutr les paysans des frontières [)russiennes les conduisent de village en village jusqu'à la Vislule.

On nous dit Meniel évacué et la garnison en route pour Koiiigsberg; je n'en ai cependant pas encore la nouvelle oiïicielle.

Kônigsberg, 29 décembre 1812.

Sire, j'écrivis hier soir à Votre Majesté que le duc de Tarente était sans doute près de faire sa jonction sur Tilsit avec les partis que j'y avais déjà envoyés. Le prince major général reçoit à l'instant une lettre du général Bachelu, commandant l'avant-garde du iO® corps, qui lui annonce qu'il est entré hier matin dans Tilsit. Ce général avait eu la veille un engagement avec l'ennemi et lui avait pris deux bataillons et une pièce de canon.

D'un autre côté, l'ennemi abandonna hierWehlau. Il en aura sans doute fait autant de Gumbinnen et d'Insterbourg.

Votre Majesté ayant dû avoir des inquiétudes sur le 10^ corps, j'ai jugé à propos de vous expédier un courrier extraordinaire pour lui apporter l'heureuse nouvelle de notre jonction.

Des bruits courents que les Russes sont entrés à Memel d'après un arrangement fait avec le commandant de la place et en vertu duquel les Prussiens n'auraient point été faits prisonniers et feraient le service conjointement avec eux. Je n'en ai point de nouvelles ofTicielles et j'ai peine à le croire, ayant eu lieu de me louer jusqu'à présent de la conduite de ce commandant prussien.

Je n'ai cessé de penser et de dire que les armées russes avaient trop souffert pour pouvoir nous suivre au delà du Niémen et faire une campagne

d'hiver. Il m'est évidemment démontré aujourd'hui que je ne m'étais pas trompé.

Le maréchal Macdonald va prendre une position afin de couvrir les états prussiens.

Nous avons des magasins immenses àinsterbourg, Wehlau, Kônigsberg et Elbing; la viande seule manque.

Aussitôt que le rapport officiel, des mouvements du lO"" corps me sera parvenu, je m'empresserai de le faire connaître à Votre Majesté.

Kônigsberg, 29 décembre 1812.

Votre Majesté a dû avoir bien des inquiétudes sur le 10^ corps. Le voilà rallié. Je garantis à V. M. que la guerre est finie pour cet hiver. Il m'est bien démontré que l'ennemi n'a pas dépassé Vilna et que nous n'avons été suivis que par de forts partis de cavalerie. L'ennemi avait trop souffert pour pouvoir faire une campagne d'hiver. Il doit se croire bien heureux de voir que le froid nous a chassés de son territoire. Sire, le 10^ corps couvrira les états prussiens et je placerai la division Heudelet de manière à couvrir les places de la Vistule et à préserver nos communications avec la droite de l'armée par la ligne de Willenberg à Pultusk. Nous voilà maintenant dans nos quartiers d'hiver. Aussi attends-je avec impatience la demande que je vous ai soumise d'aller revoir ma femme et mes enfants. J'attendais ce moment parce que je puis m'absenter sans inconvénient. La reine est retombée malade. Jugez de mes inquiétudes.

KÔnigsberg, 31 décembre 1812.

Sire, je reçois une lettre du duc de Tarante, du 30 décembre, de Tilsit.

24 4 LA (iUKRRE DK lU SSIK

Il m'annonce son arrivée sur ce point avec la division Grandjoan et une division prussienne. Il est depuis six jours sans nouvelles aucunes de la division commandée par le général d'Yorck qui avait ordre de le suivre à une marche de distance. Je viens de lui ordonner de le rallier h (juelque prix que ce soit, et de se rapprocher, immédiatement après, de la Pregel. Ce maréchal m'annonce que l'ennemi a inondé tout le pays de cavalerie. Cependant les prisonniers conviennent que c'est le froid qui a vaincu l'armée e( que leurs armées sont elles-mêmes dans un état pitoyable et hors d'état de faire une campagne d'hiver.

Aussitôt que le maréchal Macdonald sera sur Wehlau, je quitterai Kônigsberg pour placer le quartier général dans une position centrale et plus tranquille, afin que les administrations puissent s'occuper, sans être sur le qui-vive, de la réorganisation de l'armée.

Les évacuations continuent à se faire avec la plus grande activité.

Nous avons beaucoup de malades. Votr^î Majesté a fait une grande perte par la mort du général Eblé. Je confierai provisoirement le commandement de l'artillerie au général Sorbier.

La première demi-brigade de dragons du général Cavaignac est arrivée aujourd'hui. Je la placerai sur la route de Memel afin de couvrir la route du Kurisch Nehrung, point important à garder depuis l'occupation de Memel par Fennemi.

J'adresse à Votre Majesté une lettre du général Rapp qui lui fera voir l'état de dénument dans lequel se trouvent les différents services de la place de Danzig. 200.000 francs ont été mis à la disposition du commandant de l'artillerie de cette place et 60.000 francs pour le service des hôpitaux. M. l'intendant général doit présenter à Votre Majesté un rapport détaillé à ce sujet. Toutes les autorités prus-

siennes déclarent qu'elles ne sont plus tenues, aux termes du traité, de rien fournir aux armées de Votre Majesté, et demandent qu'on paye comptant le foin, la paille et la viande. Je prie Votre Majesté de nous tirer de cet embarras par une prompte détermination.

Ce n'est que dans quelques jours que je pourrai faire connaître à Votre Majesté ce que les différents corps auront pu rallier dans les différentes places de la Vistule.

Le prince Poniatowski me mande, en réponse aune lettre que je lui avais écrite pour engager la nation à faire les derniers efforts pour la défense du grandduché, que les Polonais sont disposés à faire les derniers sacrifices.

Tous les hommes isolés de la cavalerie s'acheminent vers les dépôts généraux. Les traînards enfin cessent de passer. La terreur panique a disparu. Tout rentre dans son assiette naturelle.

Kônigsberg, 31 décembre 1812.

Sire, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté deux lettres que le prince Poniatowski écrit au major général.

Il rend compte, dans la première, de l'état actuel des levées d'hommes dans le duché : il paraît qu'on manque de fusils pour armer les conscrits; il paraît également que le h régiment de la Vistule a éprouvé une désertion de 4 à 500 hommes et qu'il lui manque des effets d'habillement et d'équipement qui ne pourront être prêts que vers le 15 janvier.

Par sa seconde lettre, le prince Poniatowski demande de nouveaux ordres concernant les troupes lithuaniennes qui se rendent à Varsovie : il annonce

246 LA GUKRRE DK RUSSIE

qu'il éprouvera beaucoup de difficultés pour les coinpléter.

Je n'ai pas cru devoir prendre de décision sur les différents objets contenus dans les lettres du prince Poniatowski avant de connaître les intentions de Votre Majesté. Je la prie de me transmettre ses ordres et de me fait-e savoir si elle veut conserver les troupes lithuaniennes en corps ou bien les faire incorporer.

Kônigsberg, 31 décembre 1812.

Sire, par la lettre ci-jointe que j'ai l'honneur de mettre sous les yeux de Votre Majesté, le général Bourcier demande si les dépôts de remonte doivent fournir des chevaux à la cavalerie italienne ou s'ils sont exclusivement réservés k la cavalerie française. Je n'ai pas cru devoir prononcer sur cette question sans connaître les intentions de Votre Majesté.

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