Macdonald à Murât
Macdonald annonce qu'il va évacuer Konig-sberg-; mais sa lettre est surtout importante parce qu'elle contient une proposition qui indigna Murât et Napoléon; celle de remettre Danzig au roi de Prusse. Dans ses Mémoires (p. 193) Macdonald se rappelle ce projet, et il le justifie de nouveau : il fallait, selon lui, évacuer toutes les places, concentrer l'armée sur l'Oder, et donner Danzig au roi de Prusse : ce qui « occupait une partie de ses forces et diminuait le nombre de nos ennemis en l'intéressant pour son propre compte à soustraire aux convoitises des Russes cette place importante. »
Kônigsberg, 3 janvier 1812.
Sire, j^ai reçu aujourd'hui à midi la lettre que Votre Majesté a daigné m'écrire hier de Brandenbourg-,
J'ai rendu compte au major générai que l'entrevue que le prince Repnin avait sollicitée avec tant d'instances n'a point eu lieu. J'étais en garde, en méfiance. Ce n'était très certainement qu^un leurre pour gagner du temps. Je n'ai point été la dupe.
Le comte deBrandenbourg m'avait joint à Tilsit : il y est resté quarante-huit heures, n'a pas eu d'autre table que la mienne, et a passé avec le général Massenbach.
Là grande garde du général Heudelet, portée en avant de Behlacken, a été chargée la nuit dernière.
Le général Bachelu a été de nouveau attaqué hier. Il est aujoud'hui à Labiau. Il sera demain à Kaymen
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vl la lùiv (le la ilivision Graiidjean aux portes de Kônijj^sherg-.
L'ennemi a enlevé hier un ofïicier d'ailillerie et 2i) lionnnes à Nenionien sur le canal Frédéric.
J'apprends que Wittgenstein était hier à Mehlauken.
On m'assure que l'ennemi a jeté des troupes sur la gauche de la Pregel. Il en débouche également du Kurisch Nehrung qui n'est plus gardé.
En arrivant ici, j'ai trouvé tout le monde dans l'embarras. Point de moyens d'évacuation. C'est une confusion à ne pas s'y reconnaître.
Les troupes légères ennemies inonderont probableinent dès demain les environs de la ville.
Je donne oidre dès le moment de détruire les poudres qui ne peuvent être emportées, ainsi que les magasins. On ne doit pas attendre au dernier moment. Autrement, la plupart des objets deviendront la proie de l'ennemi.
Votre Majesté fait un calcul de 16.000 hommes qui n'est pas exact. Le général Heudelet m'envoie son état de situation qui n'est pas de 7.500 et la division Grandjean a tout au plus 5 à 6.000 hommes. Ce sont ces derniers qui sont les seules bonnes troupes. Celles de la division Heudelet sont jeunes et n'ont jamais vu l'ennemi. Il en est de même de la cavalerie. On ne me dit rien de rassurant sur l'esprit belliqueux de ces troupes.
Votre Majesté connaît mieux que moi la ville de Kônigsberg. Elle ne peut être ni couverte ni défendue.
Danzig, d'après les ordres de Votre Majesté, est l'objet capital de nos mouvements. Je lui fais remarquer que nous décrivons l'arc pour y arriver, et l'ennemi, la corde. J'apprends que, hors le pain, cette place manque absolument de tout. Deux tiers de son développement n'ont pour toute défense que
des inondations qui sont nulles aujourd'hui. Va-t-on y renfermer le seul espoir de la France, le noyau d'une nouvelle Grande Armée, pour le perdre peutêtre en peu de temps? Dans les circonstances majeures où nous nous trouvons, il est nécessaire de prendre sans délai de grandes résolutions.
Si l'on jette dans les places les débris de l'armée, ils sont perdus sans retour, tandis qu'en les réunissant, ils présenteront encore une masse assez forte ponr arrêter les progrès de l'ennemi et en imposer à la Prusse.
Quelle va être la conduite de ce gouvernement? S'il désavoue fa trahison du général d'Yorck, son armée est prisonnière ; dans ce cas, il agira contre l'opinion même de ses troupes, des habitants et contre les intérêts du royaume.
Si, au contraire, il approuve la conduite de ce g-énéral, ses troupes se joignent aux Russes, et tout ce qui est dans f'intérieur est contre nous.
Je laisse à Votre Majesté à calculer les suites d'un pareil événement. Je dois ajouter que la précipitation^ l'activité extraordinaire que f'on met dans les levées et f 'armement doit nous être très suspect. Le roi de Prusse est un honnête homme. Mais ses conseillers sont à craindre et, pour trancher net, il ne faut pas se dissimuler que l'opinion de l'armée prussienne et des habitants est tout à fait contre nous.
D'après ces considérations et la presque certitude qu'il sera impossible de prolonger la défense de Danzig dans son état actuel, je ne balancerais point à en faire la remise au roi de Prusse comme dépôt. Cette marque de confiance pourrait le toucher. S'il est de bonne foi, il reste notre allié et se charge de
défendre. Dans le cas contraire, nous la perdons m peu plus tôt.
Mais, dans tous les cas, nous retirons au moins le irécieux avantage de réunir toutes nos troupes
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oparses, et, ainsi que je l'ai dit, d*en former une année propre à être le noyau de grands rassemblements qui, malgré toute la célérité que je suppose (ju'on y mettra, ne seront jamais à temps de sauver nos débris et les places de la Vistule, puisqu'elles mancjuent à peu près de tout pour leur défense. On perdrait, en outre, la force principale et Tàme de notre armée qui sont les cadres des régiments.
Je ne présente ici à Votre Majesté que mon opinion et mes idées. C'est le plus pur dévouement, mon attachement inviolable et ma fidélité pour l'Empereur qui les ont dictés.