‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 62 sur 125 · Berthier à Napoléon · texte numérisé non relu

Berthier à Napoléon

Lettres du 3 et du 4 janvier. Elles contiennent des mesures de détail. L'essentiel, c'est qu'il a fallu quitter Koni^^sberg- et, comme dit tristement Berthier, depuis Moscou, nous marchons toujours.

Elbing-, 3 janvier 1813, 10 heures du soir.

Sire,

Le Roi a reçu à Brandenbourg- les dépêclies du duc de Tarente dont les copies sont ci-jointes. Sa Majesté nn'a ordonné d'écrire la lettre n** 1 relativement à l'entrevue avec le prince Repnin.

Le Roi est parti ce matin de Brandenbourg pour se rendre ici, et c'est en route que j'ai reçu à la lois les lettre de Votre Majesté du 18 et du 24 décembre. Demain j'expédierai les ordres contenus dans la dépêche du 24 et je m'empresserai de vous en rendre compte.

En arrivant à Elbing-, j'ai vu le duc distrie pour lui demander les renseignements dont j'ai besoin relativement à la cavalerie de votre garde.

Je reçois à l'instant votre lettre du 25 relative au 1'^'' régiment provisoire de dragons, c'est-à-dire la brigade du général Cavaignac. Je ne puis exécuter les dispositions prescrites par Votre Majesté parce que ce régiment provisoire est en avant de Kônigsbergavec les douze bataillons de la division Heudelet qui passe aux ordres du duc de Tarente. La brigade du général Cavaignac, forte d'environ 900 dragons, et le régiment provisoire aux ordres du colonel Farine,

d'environ 500 chevaux, forment la seule cavalerie que nous ayons (levant Tennerni. Il est malheureux d'être oblii^é de présenter cette cavalerie qui est bien équipée et bien montée, mais qui n'a presque pas il'ofïiciers et n'est composée que de jeunes gens. Dans l'élat oh elle se trouve, elle en imposera cependant à l'ennemi et elle servira au duc deTarente pour s'éclairer et protéi^er ses mouvemeiits.

Sans la trahison du général d'Yorck, le Roi voulait tenir la ligne de la Preget. Mais Votre Majesté] u géra que cela est impossible puisijue le duc de Tarente n'a plus que les 5.000 hommes de la division Grandjean et les douze bataillons de la division Heudelet composés de conscrits. Ce maréchal tiendra autant qu'il pourra à Kônigsberg pour donner le temps d'évacuer l'artillerie de siège et les magasins.

Le duc d'Elchingen doit quitter Kônigsberg quand le duc de Tarente y sera, avec ce qu'on a pu rassembler de la 34^ division pour se rendre d'abord à Preussisch Holland. Cette division n'a encore que 2.200 hommes réunis dont il n'y a pas i.500 en état de servir.

Nous trouvons ici le général Bourcier.

Le Roi va déterminer tout ce qui concerne les dépôts de cavalerie, du train d'artillerie et des équipages militaires.

Sa Majesté n'a pas encore fixé le point oii elle établira définitivement son quartier général; ce qui est cependant de la plus grande nécessité pour pouvoir travailler et réunir les rapports qui feront connaître la situation de l'armée. Sa Majesté parle de se fixer à Bromberg. Depuis le départ de Moscou, nous marchons toujours.

Il est tard. L'estafette va partir. J'aurai l'honneur d'écrire plus longuement demain à Votre Majesté.

J'attends avec impatience des nouvelles de M. de Saint-Marsan pour connaître comment le Roi se sera

conduit en apprenant la trahison du général d'Yorck^ Les Prussiens continuent à évacuer à force leurs magasins de toute espèce et à les diriger, ainsi que leurs recrues, sur Graudenz.

Votre garde à pied couche ce soir à Braunsberg ; elle sera ici après-demain.

J'ai mandé à Votre Majesté la perte que nous avons faite du général Eblé. Le Roi a donné le commandement de Tartillerie de l'armée au général Sorbier, comme au plus ancien général d'artillerie. Le général Haxo est toujours très malade et est resté à Kônigsberg.

Elbing, 4 janvier 1813, 10 heures du soir.

Sire, le Roi écrit ce soir à Votre Majesté et lui envoie en détail tout ce qu'il y a d'intéressant dans la situation actuelle des choses. Il ne me reste qu'à adresser à Votre Majesté les différents rapports sur sa garde et la situation des 4® et 9** corps. J'ai ordonné au ducd'Istrie d'exécuter vos intentions relativement aux cadres et aux hommes à pied de votre garde qui doivent se rendre à Mayence.

J'ai reçu des lettres de Varsovie du 1^"^ janvier; il n'y avait rien de nouveau.

J'ai vu ce soir ici le général Legrand qui est toujours au lit. Comme il est impossible qu'il serve cette campagne, il a demandé l'autorisation de se rendre à petites journées à Paris. Le Roi m'a autorisé à lui donner un congé.

M. le comte Daru fait évacuer autant que possible ce qui se trouve ici sur Danzig, Marienbourg et Thorn.

1. Là, Berthier avait ajouté, sur son brouillon, une phrase qu'il a supprimée : « En général, l'esprit n'est pas très bon. »

Elbing, 4 janvier 1813.

Sire, M. le colonel baron de Hoeringen, comniandanlle 6® régiment de la confédération du Rhin, sollicite la décoration de la Légion d'iionnour. Le Roi me charge de présenter cette demande à Votre Majesté. M. le baron de Heeringen a servi avec zèle dans cette campagne. Si Votre Majesté daigne lui accorder la décoration, je joins un projet de décret*.

Elbing, 4 janvier 1813.

Sire, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté qu'en raison de l'élat de maladie de M. le g.enéral de division comte Laborde% je viens de lui envoyer, avec l'approbation du Roi, un congé pour se rendre à Paris.

Elbing, 4 janvier 1813.

J*ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté quels Roi a donné des ordres pour retenir à Marienbourg le 3^ bataillon du S*" régiment de ligne et le 3® bataillon du J05^ régiment, formant ensemble environ l.OtiO hommes, venant d'Erfurt, qui doivent arriver demain 5 àMarienbourg, afin de les y réunir à la 34*^ division qui a l'ordre de se rendre dans cette

1. Heeringen était, en effet, un brave et loyal soldat; il avait fait dix-huit campagnes et, après le pillage du trésor, il déclarait qu'il n'avait jamais vu des horreurs pareilles et de tels « attentats dignes de scélérats » (voir sa lettre du 22 décembre 1812 à Bertliier.)

2. Le comte Delaborde qui combattait avec Napoléon en 1793 devant Toulon. Mais il était déjà affaibli par l'âge ; Bourgoing qui vante son cœur intrépide et son entraînante ardeur ajoute qu'il avait le visage vénérable et le dos voûté ; Gastellane qui le voit le 8 octobre 1812 à la revue de Moscou juge qu'il a bien de la peine à marcher et qu'il ne pourra supporter longtemps les fatigues de la guerre.

place. Le 3*^ bataillon du 3*^ régiment de ligne avait laissé à Erfurt une compagnie qui aura été remplacée vers le 30 décembre par deux compagnies du {1"" régiment de ligne envoyées de France, en sorte que cette compagnie du S'' de ligne doit être actuellement en marche pour rejoindre son bataillon.

Elbing, 4 janvier 1813.

J'ai rhonneur de rendre compte à Votre Majesté que les l'"®etl7'^ demi-brigades d'infanterie provisoire, formant la 3® brigade de la division du général Heudelet, ayant éprouvé quelques retards dans leur départ de Berlin pour Danzig, et n'étant pas encore -arrivées dans cette dernière place, le Roi a jugé convenable d'ordonner au général Rapp de les réunir à Danzig où elles seront utilement employées, vu la faiblesse de la garnison actuelle et où, d'ailleurs, Sa Majesté sera toujours à même d'en disposer suivant les besoins.

Les bataillons qui composent ces deux demi-brigades doivent arriver aux époques suivantes à Danzig, savoir :

17"" demi-bidgade provisowe : 4*^ bataillon du 6"^ léger (391 hommes) et 4® bataillon du 20*" léger (566 hommes), le 7 janvier; 4^ bataillon du 39® de ligne (784 hommes), le Sjanvier.

i^^ demi-èriçade provisoire : i^ bataillon du 2® léger et 4®bataillon du 4« léger (1.336 hommes), le 20 janvier; 4® bataillon du 17^ léger f650 hommes), le 2 janvier.

Dans le cas où le 4® bataillon du 17® léger qui a dû arriver le 2 à Danzig serait parti de cette place le 4 pour se rendre à Dirschau, le Roi a prescrit de l'y conserver jusqu'à nouvel ordre.

Sa Majesté a aussi ordonné au général Rapp de

retenir à Danzig les 30 caissons d'infanterie destinés pour la division du général Heudelet qui ne doivent arriver que vers le 42 janvier dans cette place.

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