Derthier à Napoléon
Deux lettres du 5 janvier. Dans l'une, Berthier envoie à VEmpereur une lettre du maréchal LeI'ebvre qui demande de nouveau la permission de se rendre à Paris. Dans l'autre, il annonce à Napoléon qu'il fallait évacuer Konigsberg-, que cette ville « s'est très mal conduite », qu'on approvisionne Danzig et Thorn. Il ne dit pas à l'Empereur — et il a, sur son brouillon, elFacé ces phrases que nous publions en note — que l'ennemi a une cavalerie considérable qui menace de déborder les Français, qu'on ne peut tout évacuer et qu'on perd beaucoup de choses, que la position est pénible, qu'il n'y a plus ni cavalerie ni artillerie, que, si l'on jette dans Danzig- les divisions Grandjean et Heudelet, l'armée ne comptera plus g-uère que 10.000 hommes.
Elbing, 5 janvier 1813, 7 heures du soir.
Sire, nous sommes sans nouvelles de V. M. depuis sa dépêche du 24.
La trahison du i^énéral d'Yorck, qui a réduit le" maréchal duc de Tarenle à o.OOO hommes, a fait prendre aux affaires une bien mauvaise tournure. Sans cela, le Koi aurait tenu Kônigsberg et la ligne de la Pregel.
V. M. verra par la lettre du duc de Tarente, du 4, qu'il a été forcé d'évacuer Kônig-sberg. Le Roi, d'après cette dépêche, m'a donné Tordre ci-joint n° 2 que j'ai expédié.
A l'instant, je reçois une nouvelle dépêche du duc
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de Tarcnte, n^ 3. Le Roi espère que, d'après les ordres^ qu'il lui a donnés, il ralentira son mouvement et qu'il profitera des positions qu'il y a de Brandenbourg^ ici pour retarder la marche de l'ennemi. Le Roi s'y portera peut-être lui aussi pour reprendre l'offensive et couvrir Elbing^
La ville de Kônigsberg, comme Votre Majeslé le verra dans la dernière lettre du duc de Tarente, s'est très mal conduite.
J'envoie à V. M. une lettre que j'ai reçue du comte de Saint-Marsan, mais M. de Saint-Marsan ne savait pas encore la trahison du général d'Yorck.
Le génie, l'artillerie et le comte Daru s'occupent à pourvoir à tout ce qui est nécessaire à l'approvisionnement «le Danzig et de Thorn-.
Le ministre de la guerre m'a mandé par une lettre du 27 décembre que V. M. avait ordonné que la division Grenier restât à Berlin'.
J'ai donné des ordres .pour le renvoi des cadres.
1. Berlhier a ajouté, puis barré : « Mais l'ennemi a toujours l'avautag-e de nous déborder par une cavalerie considérable. Nous espérons que l'artillerie de siège pourra arriver à Marienbourg. On l'ait tout ce qui est humainement possible pour les évacuations; malgré cela, on perdra beaucoup de choses. »
2. Là encore, après réflexion, Berthier a supprimé le passage suivant : « V. M. appréciera combien la position dans laquelle nous nous trouvons est pénible. Elle doit être sûre que l'on fait tout ce qui est possible. »
3. Dernières phrases biffées par Berthier : « Le Roi est impatient de savoir si V. M. approuve que la division Grandjean et la division Heudelet complètent la garnison de Danzig, dans le ras où l'on serait forcé de repasser la Vistule. Alors le Roi n'aurait plus^ sur la Vistule, y compris la garde, les l", 2", 3% 4*, 6% 8" et 9* corps, que 10 à 12.00U hommes au plus. Le reste est dans les hôpitaux ou hors d'état de service. Quant à la cavalerie et à l'artillerie, il n'en reste plus aux corps d'armée. Me trouvant continuellement en marche, il m'est impossible d'avoir des états de situation, et. ce qui ajoute à la difficulté de réorganiser l'armée, c'est que tout le monde a perdu ses papiers. »
Elbing, 5 janvier 1813.
Sire, j'ai Thonneur d'adresser à Votre Majesté une lettre de M. le maréclial duc de Daiizig. Le Roi ne s'étant pas cru autorisé à permettre au duc de Danzig de se rendre à Paris, je demande les ordres de Votre Majesté.
Lefebçre à Berthier.
Danzig, 4 janvier 1813.
Votre Altesse n'a pas répondu à la lettre que j'ai eu l'honneur de lui écrire le 28 décembre, par laquelle je lui demandais la permission de quitter Danzig pour me rendre à Paris ou en tout autre endroit qu'il plairait au Roi de me désigner.
Les mêmes motifs qui m'ont fait demander cette permission existent toujours, et il me serait impossible dans ce moment-ci d'entreprendre aucun service actif, surtout avec l'idée affreuse qui me poursuit partout, du sort de mon fils. Certes, si j'avais voulu faire comme tant d'autres, il m'eût été aisé d'aller chez moi sous prétexte de mon indisposition, €t certes l'Empereur ne l'aurait pas trouvé mauvais, après les maux que j'ai dû souffrir k mon âge par le service aussi actif que j'ai fait. Mais je n'ai jamais rien su faire sans ordre, et je suis trop attaché à mes devoirs pour partir ainsi.
Cependant il est de toute nécessité que je quitte au plus tôt Danzig d'après tous les motifs dont j'ai déjà eu rhonneur de vous parler, quoique M. le gouverneur général Rapp ait pour moi toutes les attentions et tous les égards possibles pour m'en faire trouver le séjour supportable.
Je supplie donc Votre Altesse de vouloir prendre
les ordres du Roi à ce sujet pour que j'aie la permission de me rendre chez moi qui est le seul endroit où je puis espérer de pouvoir me rétablir et rendre de nouveau service k l'Empereur.
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