Rapp à Berthier
Rapp qui a repris le commandement de Danzig- exprime la douleur et l'indig-nation que lui inspire la capitulation de Yorck. Il qualifie la convention de Tauroggen de perlide et de déshononinte. Plus que jamais il se défie delà Prusse. A vrai dire, il ne craint rien des habitants de Danzig qu'il a toujours bien traités et il ne se plaint pas de l'esprit public. Mais il n'a pas assez de monde pour défendre Danzig et il demande et des hommes et un approvisionnement de siège.
Danzig-, 4 janvier 1813.
Monseig-neur, j'ai reçu l'affligeante nouvelle que V. A. S. m'a fait Thonneur de me comumniquer. J'aime encore à me flatter que ce n^est pas avec l'autorisation de son souverain que le général d'Yorcka fait une honteuse capilulation dont les motifs sont aussi perfides que déshonorants pour ce général. Quoi qu'il en soit des intentions du gouvernement prussien, je continue toujours à me garder avec le plus grand soin. Mais je ne dois pas dissimulera V. A. S. que ma garnison actuelle ne peut nullement suffire au simple service de surveillance et (jue, telle réduction que j'aie pu faire du nombre d^hommes nécessaires au service, les troupes n'ont presque pas de repos.
Le général de brigade Gauit*, commandant la 3® brigade de la division Headelet, m'a informé par
1. Benjamin Gault, baron de Benneval (20 juin 1808) et général de brigade depuis le 6 août 1811.
une lettre du 20 décembre que deux des six bataillons de sa brigade ont été retenus à Spandau par ordre du général en cbef du H® corps et que quatre bataillons seulement arriveront à Danzig les 3 et 4 janvier, savoir : le 4^ bataillon du 17*^ régiment léger, fort d'environ 700 bomnies, le 3, et le lendemain 4, les trois bataillons composant la 17^ domibrigaded'infanlerie légère, d'à peu près l.OOObommes. Ce général ajoute qu'il doit être de sa persoiuie le ^''•'janvier à Danzig. Cependant rien n'a encore paru et ces bataillons ne m'ont pas encore été annoncés.
V. A. m'avait donné l'ordre de faire filer ces troupes sur-le-cbamp vers Kônigsberg. Ne conviendrait-il pas aujourd'hui que je gardasse les quatre bataillons attendus? Il faut, mon prince, 15.000 hommes pour garder Danzig dans les circonstances actuelles sans trop fatiguer les troupes et je n'ai pas plus de 3.000 hommes pour le service, ayant détaché quatre compagnies pour escorter des prisonniers de guerre et une pour la garnison de Dirschau.
Je n'ai pas besoin de faire remarquer à V. A. S. combien mes réclamations pour mon appiovisionnement de siège étaient fondées. L'état fâcheux des choses montre aujourd'hui quelle est l'importance de Danzig, et cependant cette place qui peut être le refuge momentané de l'armée n'est point approvisionnée, tandis qu'il faut 30.000 hommes pour sa défense : base d'où l'on aurait dû partir pour y faire entrer des vivres. Un marché vient, dit-on, d'être passé. Mais peut-on espérer qu'il puisse recevoir son exécution, si l'on considère que la viande nécessaire ne se trouvera qu'au loin? Le sel même manque ici, car on n'a pas permis aux bâtiments qui allaient en chercher en Suède chaque année, de suivre leur destination accoutumée.
La cessation absolue du commerce et les sacrifices immenses que Danzig a dû faire pour l'armée seraient
peut-être des motifs, pour les Iiabitants, de mauvaises dispositions. Mais je puis répondre qu'ils ne donneront lieu à aucun mécontentement. Je les ai toujours bien traités et je n'ai point à me plaindre de l'esprit public dans les circonstances actuelles.