Ce qu'on pensait à Stettin de la défection d' Yorck
Le général Dufi^sse qui commande à SteUin(Voir sur lui notre Valenciennes, p. 212)*, retrace clans un « rapport particulier >> du 9 janvier 1813 l'émotion produite dans la ville par la nouvelle de la capitulation d'Yorck. Son rapport est un peu optimiste. Du tresse croit qu'il est facile de lier la Prusse d'intérêt avec la France. Mais s'il assure que les riches souhaitent la paix et une « bonne harmonie », il avoue que les commerçants désirent la rupture du blocus continental et que le peuple veut aider les Russes, veut chasser les Français non seulement de la Prusse, mais de l'Allemagne.
Rapport particulier du g janvier i8i3.
On est informé dans le pays, confidentiellement et ofTiciellement, que la plus grande partie du corps prussien, sous les ordres du général Yorck, a fait une capitulation avec les Russes, par laquelle lui et le corps d'armée qu'il commande doivent rester neutres dans la partie de la Prusse que nous avons évacuée à la rive droile du Niémen. Cet événement, présenté de différentes manières, agite les esprits et chacun l'adopte suivant sa manière de voir. La nation
\. A noter que Davout déclarait, le 4 mars, qu'il n'était nullement propre à ce commandement et que Napoléon l'avait, le 28 janvier, jugé « un peu faible pour Stettin. » Aussi fut-il vite remplacé, et le 29 janvier, le général de division Grandeau entrait en fonctions comme gouverneur de Stettin; mais le 3 février. Davout déclarait que Grandeau n'avait aucune des qualités requises pour un commandement de cette importance.
27 2 LA GUKURE Dli RUSSIK
prussienne est partagée d'opinion. La classe du peuple, facile à tromper par les promesses d'un avenir plus heureux et par l'or que des agents d'Angleterre répandent, désire aider les Russes p£>ur l'expulsion entière des Français de l'AlUMnagne. La partie commerçante qui, dans aucun pays, ne peut se décider à des sacrifices de circonstance, penche pour l'adoption des mesures qui pourraient rendre au commerce toute sa liberté. Les gens riches, les propriétaires sont les seuls qui souhaitent franchement que la bonne harmonie entre les deux nations ne soit pas troublée et que le gouvernement prussien prenne des mesures tellement décisives qu'il ne puisse plus y avoir d'incertitude à cet égard. Au milieu de ce choc des partis, la tranquillité publique n'est point troublée, les autorités locales et les autorités françaises marchent bien ensemble, il y a toujours le même zèle à satisfaire aux besoins de l'armée, et je crois facile de lier la nation prussienne d'intérêt avec la France.
Le général gouverneur^ Dufresse.