‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 7 sur 125 · La mort d'Auguste Caulaincourt · texte numérisé non relu

La mort d'Auguste Caulaincourt

Général de division depuis le 7 septembre 1809, Auguste Caulaincourt élait gouverneur des pages et faisait le service d'aide de camp de l'Empereur lorsqu'il partit pour la guerre de Russie. Il ne semble pas avoir approuvé l'expédition et il partageait sans doute les sentiments et pressentiments de son frère Armand, duc de Vicence.

Le jour où l'armée passa le Niémen, dans le groupe des officiers généraux qui formaient l'entourage de Napoléon, Dedem se permettait un peu de gaîté. Auguste Caulaincourt lui dit tout bas : « On ne rit point ici, c'est une grande journée. »

Le 7 juillet, à Vilna, il fut nommé commandant du grand quartier impérial. Mais cette place ne lui agréait pas, et le 30 juillet il écrit à l'Empereur : « Accoutumé à être exact et ne pouvant, dans les fonctions de commandant du quartier général impérial, obtenir des résultats satisfaisants, me rappelant que Votre Majesté a daigné dire qu'on commettait un crime en lui cachant la vérité, je crois de mon devoir de lui représenter que le bien de son service demande que l'emploi de commandant du quartier impérial soit donné à un officier général de l'étatmajor général. »

Le 30 août, Napoléon le chargea de prendre possession de Viasma et de préserver la ville de l'incendie.

La veille de la bataille de la Moskova, le 6 septembre, Caulaincourt, et non pas Rapp comme on

l'a dit, était aide de camp de service dans la tente de l'Empereur. Il ne dormait pas. A demi couché sur un matelas, enveloppé dans son manteau, il appuyait la tète sur le coude et regardait tristement un portrait, celui de sa jeune femme, Blanche d'Aubusson de La Feuillade, qu'il avait épousée le 21 avril. 11 semblait lui dire un adieu éternel et lorsque l'Empereur l'appela, il n'eut que le temps de remettre le portrait sur son cœur.

Quelques heures après, il n'était plus. Il remplaça Montbrun qui venait d'être mortellement atteint, et criant aux aides de camp qui pleuraient de le suivre et de venger leur général, écoutant Murât qui lui ordonnait de tourner à gauche avec les cuirassiers pour prendre à dos la grande redoute, répondant au roi de Naples qu'il serait bientôt mort ou vif dans cette redoute, il partit, renversa tout ce qui lui résistait, pénétra le premier dans l'ouvrage. Là, il tomba frappé d'une balle. La nouvelle fut annoncée à l'Empereur et au duc de Vicence. « Vous avez entendu, dit Napoléon au grand écuyer, voulez -vous vous retirer? » Le duc de Vicence versait des larmes et restait impassible; il ne répliqua rien, il ne se retira pas, mais il se découvrit à demi pour remercier et refuser.

Caulaincourt, a dit Napoléon dans le 18^ bulletin, « se porte à la tête du 5^ cuirassiers, culbute tout, entre dans la redoute par la gorge. Dès ce moment, plus d'incertitude; la bataille est gagnée; il tourne contre les ennemis les vingt et une pièces de canon qui se trouvent dans la redoute. Caulaincourt qui venait de se distinguer par cette belle charge avait terminé ses destinées; il tombe mort, frappé par un boulet; mort glorieuse et digne d'envie ^

1. Cf. dttns notre tome II, p. 40, ynmot de Brandt sur Caulaincourt. « Je donnai l'ordre à Caulaincourt, dit Murât dans son rapport, de charger sur sa gauche tout ce qui se trouvait d'ennçmis et de tâcher d'aboutir à la grande redoute. Cet ordre fut exécuté avec au-

Le 19 novembre, le ministre de la guerre proposait à l'Empereur d'accorder une pension à la veuve de Caulaincourt. La proposition ne pouvait avoir et n'eut pas de suite, puisque le mariage ne datait guère que de quatre mois.

On remarquera que Caulaincourt était mort, trois ans, jour pour jour, après sa nomination au grade de général de division ^

tant de célérité que de bravoure. Caulaincourt culbuta tout ce qu'il trouva devant lui, et se trouvant avoir dépassé la grande redoute, il rabattit dessus et l'enleva à l'ennemi. »

1. Ajoutons que Napoléon prit pour officier d'ordonnance l'aide de camp de Caulaincourt, le capitaine Chastaignier : cf. nos Ordres et apostilles, IV, p. 239.

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