Murât à Berthier
Posen, 15 janvier 1813.
Mon cousin, ma santé ne me permet plus de m'occuper d'affaires, et je trahirais mes devoirs envers l'Empereur en conservant plus longtemps le commandement de la Grande Armée. Je crois avoir rempli les intentions de Sa Majesté en le confiant au prince vice-roi. Je vous prie de l'annoncer à l'armée par un ordre du jour. Je vais m'acheminer vers Naples. J'espère, à l'aide de cet heureux climat, rétablir ma santé délabrée par tant de fatigues diverses et être en état, au printemps prochain, de reprendre mon ancien commandement.
()i. Bessières à V Empereur.
Dtins la première de ces lettres, Bessières s'exprime très sévèrement sur le compte de la j,''arde, non sur la ^^irde à cheval qu'il commande, mais sur la ^ardeà pied qu'il faut, selon lui, refondre entièrement. La seconde est plus indulgente; Bessières se déclare satisfait de la garde qui-, depuis huit jours, a repris son ancienne discipline.
Posen, 27 janvier 1813.
Sire, la situation de l'infanterie (vieille garde) fixera sans doute raltention de Votre Majesté. Sous tous les rapports, ce corps a besoin d'une refonte entière, et je crois qu'il importe au service de V. M. qu'il soit renouvelé en entier, au moins dans ses cadres, et dans les deux tiers des soldats qui restent. Je ne pense pas que dans les vieux régiments il y ait dix officiers dignes d'en faire partie. Les sergents sont également pressants à renv^oyer dans la ligne où il manquera beaucoup d'officiers.
Les cadres de votre vieille garde peuvent être pris parmi ceux des 2*^ et 3^ de voltigeurs et de tirailleurs et une petite partie dans ceux de la jeune garde qui ont fait la campagne de Moscou. J'ai été longtemps, Sire, à fixer mon opinion. Mais tout ce que j'ai vu et f état du moral de ces corps me font une loi d'écrire ma pensée à Votre Majesté et je crois nécessaire d'adopter le plus tôt possible la mesure que je propose.
La cavalerie a besoin aussi de quelques petits changements. Quelques officiers trop vieux ou invalides les rendent nécessaires.
Le général Saint-Sulpice* demande sa retraite; il pourrait être remplacé par le général Lefebvre et celui-ci pourrait l'être par le général Guyot.
Le colonel Pinteville- du 3® de dragons avait été proposé à Y. M. pour occuper une place de major dans les dragons de votre garde; je pense qu'on ne peut faire un meilleur choix sous tous les rapports ; les officiers de cette Irempe sont rares.
Une chose qui a été reconnue nuisible depuis quelque temps dans votre garde, c'est de nommer des sergents lieutenants dans les corps; il serait préférable de les envoyer dans la ligne et de renouveler souvent les officiers, au moins tous les quatre ans.
Ce qui reste ici de votre vieille garde, en infanterie, est mal outillé. La plupart manquent d'habits parce qu'ils les ont jetés. Ils servent mal. Gela se remettra. Ils étaient déjà rentrés dans l'ordre depuis le départ de Kônigsberg.
M. le duc de Trévise avec lequel je me suis entretenu de tous les détails contenus dans ma lettre, se propose d'en parler également à Votre Majesté.
Posen, 2 février 1813,
Sire, lorsque j'ai vu ma présence tout à fait inutile ici, j'ai demandé un congé au vice-roi. S. M. a
1. Raymond-Gaspard Bonardi de Saint-Sulpice, né en 1761, souslieutenant de dragons en 1777, capitaine en 1788, colonel en 1792, général de brigade en 1803, général de division en 1807, colonel v^ des dragons de la garde en 1809, avait été mis à la retraite le
117 janvier 1813, mais fut rappelé le 8 avril suivant pour commander le 4* régiment des gardes d'honneur; retraité en 1815, mort en 1835.
2. Pierre- Alexis Pinteville fut promu maréchal de camp sous la première Restauration, le 24 janvier 1815.
daigné me l'accorder. Je n'aurais pas fait celte demande, Sire, si je n'y eusse été forcé par mes alfaires et ma santé. En me rendant en France, je m'arrêterai à Crossen et à Fulde pour m'assurer que les intentions de Votre Majesté sont remplies au sujet de la garde, et j'aurai l'honneur de lui rendre compte moi-même de ce qui aura été fait à ce sujet. Ce qui reste à l'armée de la garde est bien. La vieille garde a repris son ancienne discipline et j'ai eu lieu d'en être satisfait depuis huit jours.