‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 85 sur 125 · Cf. la pièce précédente · texte numérisé non relu

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3 24 LA C.rKRRE DE RUSSIE

aux gazetiers de Pétersbourg et de Londres, l'Empereur avait ins(5ré dans le Journal de rEmpire des lettres de son crii qu'il signait du nom de ses maréchaux. Le numéro du !28 janvier contient, outre la lettre de Davout, une lettre du prince Eugène au ministre et une lettre de Ney au major général.

Il n'est ici question que de la prétendue lettre de Davout. Elle sent son Napoléon. Le maréchal écrit : « Votre Altesse sait que je ne dissimule pas mes pertes », et l'Empereur avait dit, le S janvier, dans sa lettre au roi de Danemark : « Mes pertes sont réelles. » Le maréchal écrit que TEmpereur ne voulait plus, après l'apparition du froid, engager de bataille, et TEmpereur avait dit dans le 29'' Bulletin qu'il ne pouvait plus risquer une bataille. Le maréchal écrit qu'une quantité de ses hommes s'éparpilla pour chercher des refuges contre la rigueur du froid, et l'Empereur avait dit, dans sa lettre au roi de Danemark, que les soldats s'éloignaient des rangs pour chercher des abris, dans une lettre à Jérôme, qu'ils quittaient les rangs pour chercher des abris contre la rigueur du climat, dans une lettre à l'empereur d'Autriche, qu'ils s'échappaient pour chercher des maisons et des abris.

En tout cas, la lettre n'est sûrement pas l'œuvre du prince d'Eckmiihl. La maréchale Davout, en la lisant dans le Journal de V Empire^ se récria. Elle ne reconnaissait pas la manière d'écrire de son mari. Jamais le maréchal, disait-elle, n'aurait dit « mes hommes » en parlant de ses soldats. Jamais le maréchal n'aurait terminé sa lettre de cette façon larmoyante; jamais il n'aurait dit : « Mes pertes me navrent de douleur », parce que le maréchal n'était pas si aisément « navré » et que lorsqu'il était navré, il ne mettait pas le public dans sa confidence.

Elle avait deviné juste, et Davout la félicita de sa sagacité. Oui, s'il avait composé cette lettre, il ii'au-

rait pas employé l'expression « mes hommes » ou «. mes soldats )^ en parlant des soldats de l'Empereur, et il n'usait jamais de ces mots « ?nes soldats » ou « mon corps d'armée » dont d'autres se servaient. Il n'aurait jamais dit qu'il était navré de douleur : « expression exagérée et qui peint une âme abattue o. Il n'aurait jamais dit qu'un grand nombre de soldats du 1^^" corps s'étaient débandes pour chercher un abri contre le froid parce qu'il eût été injuste envers les soldats du l^'" corps. Mais Davout se garda de désavouer la lettre. « Elle a été fabriquée, remarquait-il, pour détruire les mensonges de nos ennemis qui poussent l'effronterie jusqu'à attribuer à la supériorité de leurs armes ce qui n'est que l'effet des privations, des fatigues et des vingt-quatre degrés de froid ; l'Empereur a voulu faire ressortir les récits mensongers des Russes, et il a ordonné de nous faire tenir le langage que nous eussions tenu si nous avions été questionnés; le rédacteur a rempli cet objet, et cela est suffisant^ ».

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