Une fausse lettre de Davoiit
Le 28 janvier 1813 paraissail,, dans \i\ Journal de V Empire^ une lettre de Davout à Bertliier, ainsi conçue :
Lettre da maréchal prince cT Eckmûhl au major général.
Thorn, le 8 janvier 1813.
Monseigneur, je lis avec étonnement dans les gazettes de Saint-Pétersbourg que, dans la journée du 16 novenibre 1812, l'ennemi a fait 12.000 prisonniers sur mon corps d'armée, et qu'il a tellement éparpillé dans les bois voisins les restes de ce corps qu'il était entièrement détruit.
Il serait difficile de pousser plus loin l'impudence et le mensonge, si toute les relations russes, depuis le commencement de la campagne et dans les campagnes précédentes, n'étaient déjà connues. Ne chantait-on pas des Te Deum à Pétersbourg et n'y distribuait-on pas des cordons pour la bataille d'Austerlitz? Ne disaient-ils pas qu'ils nous avaient pris 100 pièces de canon à la bataille de la Moskova et ne chantaient-ils pas encore à cette occasion des Te Deumqui remplissaient d'allégresse l'Angleterre? Combien de difficultés n'ont-ils pas faites pour avouer la prise de Moscou? Ne se sont-ils pas aussi proclamés vainqueurs à Malo-Iaroslavets oii nous les avons poursuivis pendant l'espace de 40 verstes?
Le fait est que S. M., sachant que l'armée russe de Volhynie venait de la Bérésina, fut obligée de partir
de Smolensk malgré la rigueur de la saison. Par un mouvement subit de la température, le froid, qui n'était que do six degrés, fut porté à vingt, et même un moment à vingt-cinq, selon quelques-uns de nos officiers du génie qui avaient leur thermomètre. Tous nos attelages et notre train d'artillerie périrent. S. M. ne voulut plus engager de bataille avec l'ennenii ; elle ne voulut plus même qu'on se laissât amuser par des affaires de détail, désirant gagner en toute liàte la Bérésina. Lorsque S. M. traversa Krasnoï, elle eut à rejeter en arrière l'ennemi qui s'était mis entre la garde et n)on corps d'armée. Aussitôt que mon corps eut rejoint Farmée, S. M. continua sa marche, et mon corps dut suivre, sans s'amuser à soutenir une lutte dans laquelle l'ennemi avait sur nous l'avantage d'une artillerie et cavalerie nombreuses manœuvrant sur des patins et sur des traîneaux.
Mais mon corps n'a pas rencontré l'ennemi qu'il ne l'ait battu. Il a fait des pertes très fortes par les fatigues, le froid, et cette fatalité qui a fait périr tous nos chevaux de cavalerie et d'artillerie. Une grande quantité de mes hommes s'est éparpillée pour chercher des refuges contre la rigueur du froid, et beaucoup ont été pris.
V. A. sait que je ne dissimule pas mes pertes. Elles sont sensibles sans doute et me navrent de douleur; mais la gloire des armes de S. M. n'a pas été compromise un seul instant.
Le maréchal duc d'AuERSTAtuT prince d'EcKMUHL.
Cette lettre était fausse. Elle avait été imaginée, fabriquée par Napoléon qui, décidément, fait tous les frais de ce numéro du 28 janvier 1813 (où le bulletin politique est aussi son œuvre'). Pour répondre