‹ 1814Chapitre 107 sur 178 · Relation du général Delort. Arch. de la guerr · texte numérisé non relu

Relation du général Delort. Arch. de la guerr

tant les dangers qu'il aHait courir dans t3ette atroce mêlée : « — Je veux sauver ces braves, » dit-il *.

Iprès le combat, les souverains se firc^nt présenter les généraux prisonniers : Amey, Delort, Bonté, Janin, Thévenet et Pacthod ; ces deux derniers étaient blessés. Le czar loua chaleureusement les généraux de leur héroïque défense, et ordonna qu'on leur rendît leur épée et leurs chevaux. Tous les prisonniers furent traités avec la plus grande humanité^ De ces quatre mille trois cents hommes qui avaient fait sept lieues en combattant contre cinq mille, puis contre dix mille, puis contre vingt mille cavaliers, qu'appuyait une artillerie formidable, cinq cents avaient pu gagner les marais, quinze cents, un grand nombre blessés, s'étaient rendus après une résistance désespérée, plus de deux mille étaient tombés sur le champ de bataille'. « Il n'est personne, dit le général Delort, qui n'ait fait au delà de ce que prescrit l'honneur, mais je ne saurais trouver d'expression pour rendre témoignage aux gardes nationales. L'épithète de braves et d'héroïque est sans force et sans énergie pour donner l'idée précise de leur conduite. C'est la valeur la plus impassible en même temps qu'elle est la plus énergiquement active, selon qu'il faut recevoir la mort sans chercher à l'éviter ou conserver la vie pour prouver qu'on sait la défendre*. » Et c'étaient

1. Journal de Barclay de Tolly. Arch. de Saint-Pétersbourg. Mémoires de Langerun. Arch. des affaires étrangères. Bogdanowitsch, II, 126; Schels, II, 5ft: Danilewsky. II, 118.

2. Bogdanowitsch, II, 126. Danilewsky, II, 118. — Danilewsky présenta lui-même le général Pacihod au czar.

3. La brigade Delort, forte de 1200 nommes, en avait perdu 700 dans l'action. Relation du général Delort. Arch. de la guerre. A défaut d'autres renseignements, il est supposable que les pertes des brigades Thévenet, Janin et Bonté, qui avaient subi les mêmes attaques et combattu avec le même courage, furent dans les mêmes proportions.

4. Relation du général Delort Arch. de la guerre. — La division Pacthod était formée de gardes nationales des départements de Seine-et-Marne, de SeuL9-»t-0t8e, de la Sartbe, 4o Maine-et-Loire, de Loir-et-Cher, d'(ndre-e(-

ces mêmes hommes que, un mois auparavant, le maréchal Oudinot n'avait pas voulu, dit-on, mettre en ligne a Bar-sur-Aube, de peur qu'ils ne jetassent le désordre dans l'armée !

On a imputé à Mai mont tons les malheurs de la journée de Fère-Champenoise. S'il avait marché plus vite en quittant Fismes, a-t-on dit, il aurait pu opérer sa jonction avec l'empereur, et puisqu'il avait perdu tant de temps, du moins aurait-il dû se porter sur Sézanne au lieu de s'aventurer vers Soudé. A Sézanne, il se fût renforcé des six ou sept mille hommes des généraux Pacthod, Amey et Compans, et il eût très vraisemblablement évité un combat avec les armées alliées. Ces reproches sont peu fondés. Marmont ne pouvait savoir qu'il y eût trois divisions françaises à Sézanne, et d'autre part ses troupes firent plus de trente lieues du 21 au 24 mars. Ce n'est pomt de la lenteur de sa marche qu'il faut accuser le duc de Raguse, c'est de sa mauvaise direction. Là est l'immense faute, à mieux dire l'erreur fatale de Marmont. Si au lieu de se guider sur un ordre, d'ailleurs sujet à interprétation, du major général, Marmont eût réglé ses mouvements d'après ceux de l'ennemi, il se fût porté le 18 mars à Reims, en place de se porter à Fismes. Les avant-gardes de l'armée de Silésie, arrêtées ainsi devant Reims jusqu'au 21 , et contenues ensuite dans leur marche par Maimont et Mortier, qui se fussent repliés sur Châlons, n'auraient pu arriver que le soir du 23 vers les sources de la Somme- Soude'. Quelles conséquences! Le 23 mars, le con-

Loire et da Calvados. Cf. Relation ds Delort et Correspondane» de NapoUcn, 21113,21133, etc.

1. Les coarenrs de Winzingerode, partis de Reims le 20, n'arrivèrent entre la Marne et l'Aube que le 22 dans la soirée. Voir ■ 1814 », p. 348; et pour les mouvements de Marmont et la ooaition d«a troupes de Biacher les IS. 19 et 20 mars, pp 334-327.

seil de guerre des Alliés, ignorant l'approche des troupes de Bliicher, n'aurait pas pris le parti de diriger l'armée sur Châlons. On se fût donc résolu soit à suivre l'empereur au delà de la Marne, manœuvre à laquelle Napoléon voulait amener l'ennemi, soit à se retirer sans combat sur Langres, retraite qui selon les historiens russes et allemands ne se fût arrêtée qu'au Rhin*. En tout cas, les Coalisés n'auraient pas entrepris si tôt leur marche sur Paris. Il y a rarement, sans doute, de petites causes à de grands effets, mais à la guerre ce n est pas une petite cause qu'un faux mouvement.

Le soit des combats de Fère-Champenoise, Marmont et Mortier ne pouvaient plus douter de la marche des Alliés sur Paris. Les deux maréchaux étaient trop faibles pour leur en disputer la route ; il leur importait du moins de les y devancer. Pacthod; en attirant sur lui par son admirable résistance tout l'effort de l'ennemi, avait dégagé la petite armée des ducs de Raguse et de Trévise, qui se trouva à même de continuer sa retraite sans être sérieusement inquiétée. Marmont, malheureusement, ne sut pas profiter de ce répit pour gagner de l'avance sur les Coalisés. Au lieu de se diriger droit sur Sézanne, où passe la route de Paris et qu'occupait encore le général Compans avec environ 1 500 hommes, il fit un mouvement excentrique sur AUemant^ Arrivé là, le duc de Raguse se ravisa, mais il était bien difficile de remettre en marche incontinent ses troupes brisées de fatigue : elles avaient

Page 1