Correspondance de Napoléon
2. Correspondance de Napoléon, 21 236, 21 415, et lettre à Clarke, Saint- j Dizier, 23 mars. Arch. nat., AP. iv,906. (Non citée dans la Correspondance^
vini5t-troisans;Cambacérès, grand juriste et politique sag-ace, mais philosophe toujours préparé à accepter le fait accompli; Joseph, dévoué à son frère, animé des plus louables sinon des meilleures mtenlions, mais génie sans ressort et dont toutes les velléités d'ailleurs avaient été brisées par Napoléon; Talleyrantl, mal en cour, antipathique au peuple, suspect à tous; Montalivet, administrateur habile et intègre, mais esprit modéré, ennemi de toute mesure extralégale ; Rovigo, ayant perdu au ministère de la police son énergie de soldat; Clarke, eniin, commis scrupuleux, scribe infatigable, sorte de Berthier inférieur, plus apte à transcrire des ordres qu'à en donner; ces divers personnages ne pouvaient constituer le comité de Salut public que les circonstances imposaient. Au reste, organiser la défense de Paris était une tâche presque impossible, qui consistait à faire tout avec rien. A une pareille mission, le zèle, l'intelligence, l'activité no suffisaient pas. Il fallait la foi et le génie. Paris, où depuis la fin de décembre ISIS, refluaient toutes les recrues, tous les cadros, toutes les armes, toutes les munitions, tous les approvisionnements*, avait l'aspect d'une ville de guerre : partout des uniformes; sans cesse des défilés, des exercices, des revues; les rues pleines de soldats, l'air rempli de batteries de tambours, d'appels de trompettes et du grondement continu des canons roulant sur le pavé. Malgré ce tumulte, Paris était moins une place forte qu'un immense dépôt de troupes se vidant à mesure qu'il se remplissait. Chaque jour, do nombreux détachements arrivaient des provinces du Nord, de l'Ouest et du Centre ; chaque jour partaient des colonnes
l. Corretpondanee de Napclém. XXVH, 21056, 21068, 210fti, et pawim. Correspondance de Clarke de décembre 1813 k mars 1814. Arch. de U guerr». Corretpondanee de Joseph. X, pastim.
pour rejoindre l'armée*. Toutes les après-midi, la foule s'installait sîir les chaises des grands boulevards, dans l'attente de ces défilés quotidiens. C'était un tel mouvement de troupes, que les beaux esprits disaient qu'on faisait continuellement passer et repasser les mêmes soldats, comme des figurants de théâtre, afin de donner confiance aux Parisiens ^
11 aurait mieux valu pour la sécurité de Paris que les mêmes troupes eussent passé et repassé, sortant par la barrière de Fontarabie et rentrant par la barrière du Roule, car dans ce renouvellement continu, ce qui partait était bon ou passable, et ce qui restait ne valait rien. A peine les conscrits étaient-ils armés et habillés, à peine savaient-ils charger leur fusil et faire par le flanc, que suivant les ordres pressants de l'empereur, qui ne cessait de demander des renforts, ou les dirigeait sur l'armée*. Ces départs journaliers des hommes à peu près en état de marcher et de combattre expliquent comment les situations du général Hullin, commandant la 1" division militaire, dénoncent un si grand nombre d'indisponibles. En moyenne, il y avait dans l'infanterie de ligne un
1 . Voici sur le mouvement des troupes quelques chiffres pris daos les rapports journaliers du général Hullin. Arch. naU, AF. ir, 1534.