‹ 1814Chapitre 118 sur 178 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

Depuis le départ de Napoléon pour Tarmée, le gouvernement appartenait nominalement àrimpératrice, investie de la régence par lettres patentes du 23 janvier, effectivement au roi Joseph, nommé lieutenant général de l'empereur, à l'archi-chancelier, conseil de Marie-Louise, et aux ministres de l'Intérieur, de la Guerre et de la Police. A la vérité, si occupé et si absorbé qu'il fût par ses pressants devoirs de général en chef, l'empereur laissait rarement passer un jour sans écrire à Joseph, à Clarke, à Montalivet, à Rovigo sur toutes sortes de questions militaires, administratives et politiques'. Mais loin de Paris, imparfaitement renseigné par des rapports quelquefois trop optimistes, plus souvent trop alarmants, il ne pouvait donner que des avis, des conseils, des instructions et non des ordres précis et formels. Il en résultait que sauf pour ce qui regardait les renfortset les munitions à envoyer à l'armée impériale, les messages à faire passer aux commandants des autres armées et aux gouverneurs des places fortes, Napoléon était ï»aj

t Corretpowiajice dt Ifapoléo*, XXVII, patsm-

obéi, à peine écouté. On discutait, on différait, on éludait ses ordres. « Je ne suis plus obéi, écrivait Fempereur, le 26 février, à Montalivet. Vous avez tous plus d'esprit que moi, et sans cesse on m'oppose de la résistance en m'objectant des mais, des si, des car^... » De fait, beaucoup des mesures prescrites par Napoléon présentaient de grandes difficultés ; mais ces difficultés, les ministres ne tentaient rien pour les aplanir ou les tourner. Ils estimaient plus commode de les signaler au quartier impérial que de chercher les moyens d'y parer. Si Joseph et les ministres repoussaient comme impossibles à exécuter la plupart des projets 'de l'empereur, au moins auraient-ils dû en concevoir de plus praticables, eux qui présents à Paris connaissaient l'opinion, les besoins, les ressources de la capitale. C'était ce que voulait l'empereur. Il écrivait : « Vous me faites des rapports! Ce n'est pas ainsi qu'il faut agir, c'était bon quand j'étais à Paris. » Il écrivait : « ... On dirait que vous dormez à Paris. » 11 écrivait : « Ne me parlez que des choses indispensables. Faites prendre tous les décrets par la régence ^ » Malheureusement, Napoléon, en imposant ses idées à ses conseils et en asservissant toutes les volontés à la sienne, avait détruit l'esprit d'initiative. Il avait trop gouverné, selon le mot de Talleyrand. Dans les années de gloire, on se reposait sur le génie ou sur la fortune de l'empereur, et l'on exécutait aveuglément ses ordres. Les revers avaient affaibli la confiance. On n'obéissait plus, et comme on était déshabitué de penser et d'agir par soi-même, on ne savait que ne rien faire.

Marie-Louise, qui était une femme et qui avait:

Page 1