Mémoires de Vitrolles, I, 61, 62, 67, 68 et passim
Moins pour servir les royalistes que pour précipiter la chute de Napoléon, Talleyrand au commencement de mars suggéra l'envoi d'un émissaire aux souverains alliés, afin, dit Vitrolles, « de les éclairer et de leur donner courage en relevant leurs espérances ». Mais quand il s'agit de donner à cet émissaire, qui était Vitrolles, un mot ou un signe quelconque d'introduction, le prince de Bénévent s'y refusa ou du moins voulut paraître s'y refuser. D'après Vitrolles (I, 68, cf. 92), Dalberg écrivit devaut lui, Vitrolles, avec de l'encre sympathique, un billet pour Nesseirode. D'après le témoignage du feu comte Nesselrode, qui nous a été transrais par son fils, le comte Nesseirode actuel, en même tewps qu'il nous remettait la copie de ce billet dont il possède l'original. Ces lignes lurent bien écrites en effet par Dalberg, mais elles furent écrites sous la dictée même de Talleyrand et en l'absence de Vitrolles, qui en ignora toujours le véritable auteur.
Nous donnons pour la première fois le texte de ce^eélèbre billet : « L'homme qui vous remettra ceci mérite toute confiance. Ëi«outez-le et reconnaissez-moi. Il est.temps d'être clair : Vous marchez sur des béquilles ; servef* vous donc de vos jambes et voulez {pour : veuillez) ce que vous pouves. »
risquerait pas de brûler le bout de sa patte, lors même que les marrons seraient pour lui tout seul *. »
Tandio que les libéraux du Sénat, de la Chambre et des ministères restaient, comme Talleyrand, dans l'expectative, ne faisant rien qui pût les compromettre gravement, mais avivant les haines et abattant les courages, se comptant, s'entendant à demi-mot, se tenant prêts à constituer un gouvernement si l'occasion s'en présentait, les royalistes étaient moins réservés et plus actifs. Le secrétaire particulier du duc de Dalberg, Hedelhofer, le comte Gain de Montagnac, Adrien de Montmorency, les deux Polignac, le baron de Vitrolles, un certain Thurot, condamné en 1809 pour détournement à l'Administration de la guerre et recueilli plus tard par Angles, chef du 4' arrondissement de la police — Angles avait eu, comme on voit, la main heureuse — partirent successivement pour les étatsmajors des souverains alliés ou la résidence des princes*. Pradt, qui recevait assez régulièrement les journaux anglais par l'entremise d'une dame de Bruxelles, les colportait de réunions en réunions : « ce qui, dit-il avec satisfaction, dissipait les illusions où les journaux français entretenaient le public. ' » — Illusions, sans doute, mais illusions nécessaires à la défense de la patrie. — D'autres royalistes faisaient circuler les plus violents pamphlets venus d'Angleterre et des pro\inces occupées par l'ennemi * ; d'autres imprimaient clandestinement et semaient la nuit par les rues des placards royalistes qui promettaient avec