Pradt, 6"j; Journal d'un prisonnier anglais
2. Hra<Ji, 63. M'tn. de Rovigo, VII, 8> . Cf. le récit d'Aleuuidre de Labord* daaa le Journal d' un prisonnier anglail,
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qa'îî y avait trois partis à prendre: faire la paix avec Napoléon en prenant loules sûretés contre lui ; établir la régence de l'impénitrice Marie-Louise; rappeler les Bourbons. On a piéleudu qu'Alexandre avait aussi proposé Bernadotle ou la République. La chose n'est pas improbable*. Talleyrand redoutait par-dessus tout le maintien de l'empereur. La régence qui eût comblé ses espérances. Napoléon mort, lui semblait précaire et défavorable à ses intérêts, Napoléo i encore vivant. Il prit la parole et persuada sans peine l'assistance prévenue que la paix avec Napoléon n'offrirait aucune garantie. « La régence, dit-il, ne serait guère moins dangereuse pour le repos de l'Europe puisque l'empereur régnerait sous le nom de Marie-Louise. » Talleyrand conclut que tout serait expédient hormis les Bourbons qui représentaient un principe. Ce mot heureux ne pouvait que faire impression sur le czar, qui lui aujsi représentait un principe. Alexandre objecta néanmoins qu'il ne voulait pas violenter la France, dont l'opinion ne lui paraissait pas en faveur des Bourbons. 11 rappela que sauf chez quelques anciens émigrés, ilavait vu partout en province de l'hostilité à une restauration. La révolution do Bordeaux, les cocardes blanches du boulevard des Italiens, les suppliques que lui avaient remises les belles Parisiennes sur la place de la Concorde, tout s'eiïaçail dans l'esprit du czar au souvenir des gardes nationaux do Fère- Champenoise tombés sous la mitraille en criant: Vive l'empereur! Cette scène héroïque l'avait profondém(Mit impressionné. Il la retraça devant le conseil. Talleyrand (il venir du renfort. Pradl et le baron Louis entrèrent dans le salon, et interrogés par le czar, ils déclarèrent que la Franco était royaliste, mais que
I C(. la Réponse da cxar »ax qaeatioaa posées par le cAbiaet de Tiens», «it. p. 99-100 de iii4.
l'incertitude des événements avait jusqu'alors empêché les populations de se déclarer. « Paris a déjà commencé, ajoutèrent-ils, et son exemple sera décisif et répété partout. » Le czar se laissa convaincre'.
Le coup d'État était décidé. Il restait à trouver les moyens de l'exécuter. Talleyrand y avait pourvu. Il exposa aux souverains que le Sénat, oii son influence était grande et oti les mécontents étaient nombreux, prononcerait la déchéance de Napoléon, à condition toutefois qu'il fût assuré aux sénateurs que jamais l'empereur ne remonterait sur le trône. Talleyrand connaissait le courage du Sénat : il savait que sans garanties écrites la Chambre hauv<î ne se compromettrait point. « — Puisqu'il en est ainsi, dit Alexandre, je déclare que je ne traiterai plus avec Napoléon. » Talleyrand ou l'abbé de Pradt représenta au czar que cet engagement était insuffisant, car le Sénat ne serait point gara/iti par là contreJ'<venlualité de la régence de Marie-Louise. « — Eh bien! reprit le czar, après avoir interrogé du regard Schwarzenberg, qui acquiesça d'un signe de tête, eh bien! j'ajouterai : ni avec aucun membre de la famille ^. »
On rédigea aussitôt une déclaration portant que les souverains alliés ne traiteraient plus avec Napoléon et invitant le Sénat à désigner un gouvernement provisoire qui pût préparer une nouvelle constitution. Il semble que le sens et même les termes de ce manifeste, qui fut imprimé et publié dans la soirée, avaient été arrêtés deux heures auparavant par Talleyrand et Nesselrode. On n'improvise pas un pareil chefd'œuvre. Non seulement la déclaration affranchissait le Sénat de toute crainte, mais elle lui dictait sa coiduite.
1. Pradt, 64; Lettre de Steewart à lord Bathurst. Paris, !•' avril {Corresp. de Castlereagh,'V,il6).Joumald'unprisonnieranglais,2H:Af /^moires de Vitrolles,l,3li.
2. Pradt, 62-71; Mém. de. VitroUes, I, 312-313. Lettre précitée de Steewart k l«rd Bathurst. JourruU <P un prisonnier anglait, 273-274.
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C'étaitunesauvegarde.eiimèmetempsc était un ordre Celte assurance que les conditions de la paix seraient favorables si la France avait « un gouvernement sage »
— euphémisme pour : les Bourbons — engageait les citoyens, même les plus hostiles à « ce gouvernement sage», à l'accepter par abnégation patriotique, comme rançon de la France. Ce mensonge : « Les souverains accueillent le vœu de la nation « ménaj:çeail l'amourpropre français. Cette promesse : « Les souverains garantiront la constitution que la nation française se donnera, ' » rassurait les libéraux contre les empiétements de l'ancien régime.
Tandis que le czar ou, à dire vrai, Talleyrand réglait avec quelques traits de plume le destin de la France, les troupes all'iées prenaient leurs bivouacs dans Paris,
— la cavalerie aux Champs-Elysées, l'infanterie le long des quais, — et les officiers accouraient sur les boulevards, aux Tuileries, au Palais-Royal *. Pour terminer dignement ce jour de fête, le vicomte Soslhène de la Rochefoucauld, le marquis de Maubreuil et quelques gentilshommes pensèrent à jeter bas aux pieds de l'ennemi vainqueur la statue du grand soldat d'Austerlitz. Les verres de vin et les pièces de cent sous suffirent à recruter des travailleurs de bonne volonté qui forcèrent la porte du piédestal malgré l'opposition de quelques individus. Au faîte du monument, on frappait à coups de masse les tenons de la statue; sur la place, on tirait les cordes passées autour du cou et du torse. La figure pencha légèrement en avant ; la statuette de la Victoire tomba de sa main. Nouvelles rasades, nouveaux elîorts. Napoléon resta debout. Alors im misérable se hissa sur les épaules
1. Déclaration de l'emperear Alexandre, Paris, 31 mars, 3 beores aprê» midi. Moniteur da 1*' avril.
S. Jowrnmlda Débats, I" arril: Rodri^uu. S1.82.
de la statue et souffleta deux fois la face de bronze *.
11 fallut que les Russes vinssent rappeler Paris à la pudeur. Un bataillon du régiment Semenow, envoyé par le czar, lit évacuer la place Vendôme ets y établit*. Le surlendemain, d'après les ordres du gouvernement provisoire, la statue fut voilée avec des toiles d'emballage. Le 8 avril, des ouvriers enlevèrent la figure de son baut piédestal. On parlait de la remplacer par une statue de la Paix sous les traits de l'empereur Alexandre M
Dans cette soirée du 31 mars, Paris resta morne. C'est un témoignage que les saturnales des royalistes, au défilé de Tarmee alliée, furent passagères et toutes loralcs. On était encore inquiet, déliant et peu d'humeur à sortir de chez soi, une fois le jour tombé. Les théâtres et les boutiques restèrent fermés. Les officiers étrangers à qui l'on avait représenté le Palais- Royal comme un enfer de plaisirs sans pareil au inonde, se croyaient mystifiés dans ces galeries oii manquaient les lumières et l'éclat des étalages, le bruit des maisons de jeu et des cafés à orchestre, le va-et-vient des filles cheveux au vent et gorge nue. — Le 31 mars, ce furent les prostituées qui donnèrent aux femmes de la noblesse l'exemple de la décence publique. — Seuls les restaurants et les cafés étaient ouverts, à Texceplion du fameux café Lemblin, le café des officiers de la garde *.
1. Journal d'un prisù jiier cuiglais, 261, 263, ?76; Rodrigoes, 87, 88; Journal des D'abats, 1" avril; Béranger, Ma. Biographie, 146- 147.
2. Kôpster, BefreiwiQikriege 1813-1815, 1015. Journal d'un prisonnier anglais, 261. — Déjà La Rochefoucauld avait demandé au graud-duc Constantin des soldats russes pour jeter bas la statue, et le prince avait accueilli plus que froidement sa requête. Les soldats russes arrivèrent, mais non point pour faire ce que souhaitait le jeune La Rochefoucauld. Ce personnage en voulait aux statues. Ce fut lai, comme on sait, qui fit plus tard mettre des feuilles de vigue en papier aux marbres du Louvre.
3. Journal des Débats, 9 avril. Journal de Gain de Afontag.MC, 166.
4. Journal d'un prisonnier anglais, 266-267. Cf. Rodrigues, 89, 100; GazetU 4â France, A avrlL
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Le lendemain, i" avril, l'ennemi trouva meilleur accueil. La nuit s'était passée tranquille, sans troubles et sans molestalious. A peine si les patrouilles mixies, où un oITuMer de la garde nationale commandait un sons-oflicicr et un piquet de grenadiers de la garde nationale et un sous-officier et un ])iquet des troupes alliées, avaient eu à arrêter quelques ivrognes et quelques pillards et à intervenir dans quelques rixes. Les journaux du matin étaient remplis des déclarations les plus rassurantes : la proclamation de Schwarzenberg : « La tranquillité de la ville sera l'objet des soins des Alliés... » la Déclaration du czar : « Il faut que la France soit grande et forte... » la proclamation des préfets de la Seine et de police : « La sûreté des personnes et des propriétés est garantie par Sa Majesté l'empereur Alexandre. » Sur les murailles on lisait les mêmes proclamations. On se sentait en complète sécurité. Dans les quartiers ouvriers, le peuple restait sombre et farouche ; mais le Paris où l'on s'amuse reprit son train ordinaire, les spectacles furent affichés, tous les magasins ouvrirent. L'or si rare depuis quelques mois coulait à flots des mains des officiers alliés, au grand contentement des boutiquiers qui, sans doute par patriotisme, majoraient tous les prix. Les magasins ne désemplissaient pas. Dans les cafés et les reslaurants, on a vait peine à suffire au service. Le soir, la queue se forma devant les théâtres deux heures avant le commenceme...t du spectacle '.
A l'Opéra, il y eut représentation de gala en l'honneur des souverains. L'affiche portait : Par ordre : Le Triomphe de Ira] an. Le czar refusa l'encens un
1. Journal d'un prisonnier anglait, 277-279; Rodrignez, 90, 168; Moniteur^ Journal de Paris, Journal des Débats, \" avril; Gatette de France, 4 avril. — Voir dans les journaux du 6 avril le curieux Aois de la préfecture de policé, ««joignant aiix marchands de ne point abuser de Tignorance dea Alliés.
peu usé de cette pièce célèbre. On donna la Vestale. Le théâtre fit 9 085 francs de recette, et il refusa du inonde. Depuis trois mois la moyenne des recettes ne dépassait pas 2500 francs*. Le spectacle était dans la salle. Que de toilettes, que d'épaules nues, que de diamants! Ah! les beaux officiers et les beaux uniformes! Les royalistes en frac, quelques-uns en tenue de garde national, avaient la cocarde blanche au chapeau. Des loges, les femmes faisaient pleuvoir sur le parterre des nœuds de rubans blancs, en criant : «Yivele roi! » On répondait: «Vivent les Bourbons! » A l'entrée du czar et du roi de Prusse, qui prirent place dans une loge d'amphithéâtre, l'orchestre entama l'air de Vive Henri IV ! Tout le monde se leva. Les acclamations éclatèrent, retentissantes, unanimes, prolongées. « — A bas l'aigle! cria quelqu'un qui remarqua l'emblème impérial au-dessus de la loge de Napoléon. Otez l'oiseau! » Mille voix répétèrent : « A bas l'aigle! » Un machiniste le couvrit d'une étoffe blanche. La représentation commença. Pendant chaque entr'acte, l'orchestre reprenait l'air de Vive Henri IV ! La salle réclama les paroles. L'acteur Laïs parut à l'avant-scène, mais au lieu de chanter le refrain populaire, il prostitua l'air du grand Henri en l'adaptant à cet abject impromptu *:
Vive Alexandre, Vive ce roi des rois !
Sans rien prt^tendre, Sans nous dicter ses lois,
Ce prince augusle A ce triple renom
De héros, de juste.
De nous rendre au Bourbon.