Allix à Napoléon, Sens, 5 avril. Arch. da la gnart
]a proclamation de Schwarzenberg et peu après un numéro de la Gazette de France. Il fit passer ces deux écrits à Berthier sans trouver dans sa lettre d'envoi un mot pour s'indigner*. Il paraissait considérer les événements de Paris comme les choses les plus naturelles du monde. Le lendemain, 3 avril, l'ancien aide de camp de Marmont en Egypte, Charles de Montessuy, se présenta au quartier général d'Essonnes. Il apportait au duc deRaguse l'acte de déchéance et des lettres du prince de Schwarzenberg, du général Dessolles, du baron Pasquier, et de plusieurs autres per sonnages qui l'invitaient « à se ranger sous les dra peaux de la bonne cause française * » . Dans ces lettres, on ne faisait appel qu'au patriotisme du maréchal; maisMontessuy, devenu soudain royaliste ardent, était chargé de les commenter en parlant à sa vanité et à son ambition. Sauver la France, rétablir une dynastie huit fois S(?,culaire, quelle gloire, quel magnifique couronnement de carrière! Si l'on s'était adressé à lui, c'est que de tous les maréchaux il était le seul qui avec son intelligence supérieure pût discerner où était le vrai devoir et sacrifier ses affections à l'intérêt public. En rendant la paix à la France, il s'assurerait l'infinie reconnaissance du pays, en donnant le trône aux Bourbons, il aurait toutes les récompenses et tous les honneurs que peuvent envier un grand capitaine et un grand citoyen réunis dans un seul homme. Marmont était encore sous l'impression de l'accueil triomphal que i 'élite de Paris rassemblée dans son hô tel de la rue Paradis lui avait fait le soir de la bataille. Il entendait encore les murmures d'admiration qui avaient salué son entrée. Il se voyait encore recevant
l. Marmont à Berthier, Essonnes, 2 mars. Arch. de la guerre. i. Schwarzenbmtt à. JAiœmoat, Moniteur, 7 »,vriL Mémoires de Marmont,\l, l5i-25«.
Talleyrand, venu pour traiter avec lui de puissance à puissance. Les paroles de Montessuy, les lettres de tant de personnages, ces prières, ces promesses, ces adjurations, qui lui témoignaient qu'il était Uairbitre des événements, achevèrent d'exalter son orgueil. Il se crut un nouveau Monck. Dans le moment, il était un être providentiel. Dans peu de jours, il serait le premier en France après le roi qui lui devrait son trône. Dans la postérité, il serait un grand homme. Marmont dit qu'il a accepté les propositions de Schwarzenberg pour sauver la France ; ses ennemis prétendent que ce fut pour conserver la dotation du duché deRaguse. Marmont trahit — car livrer à l'ennemi une position et un corps d'armée s'appelle trahir — uniquement par vanité, par la vanité de jouer un grand rôle qu'il s'imagina être un rôle glorieux.
Montessuy quitta Essonnes dans la journée avec la promesse verbale de Marmont*. Le soir même, ou le lendemain de très bon matin, le duc de Raguse écrivit cette lettre au prince de Schwarzenberg. « J'ai reçu la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire ainsi que tous les papiers qu'elle renfermait. L'opinion publique a toujours été la règle de ma conduite. L'armée et le peuple se trouvent déliés du serment de fidélité envers l'empereur Napoléon par le décret du sénat. Je suis disposé à concourir à un rapprochement entre le peuple et l'armée, qui doit prévenir toute chance de guerre civile et arrêter l'effusion du sang français. En conséquence, je suis prêt à quitter avec mes troupes l'armée de l'empereur Napoléon, aux conditions suivantes dont je vous demande la garantie par écrit. » Les conditions que Marmont réclamait
1. Steewart k Liverpool, 4 t^vril {Correspondance de CaxtUreagh, V, 441). Cf. Mémoires de LaDgeron, Arch. des Aff. étrangères, Rassie, 25, et Bogoa* Dowiuch (II, 333] qui meationna un« lettre de Montessuy à Schvarxeaberg éw 3 avril, reiatiTe à l'acceptatioa de Marmont.
étaient : la première, que ]es troupes se retireraient librement en Normandie avec armes, bagages et munitions; la seconde, « que si par suite de ce mouvement, Napoléon tombait entre les mains des Alliés, la vie et /a liberté lui seraient garanties dans un espace de terrain et dans un pays circonscrit au choix des puissances alliées et du gouvernement français \ » — Ainsi non seulement le duc de Raguse offrait d'abandonner son poste; il ne reculait même pas à l'idée de livrer l'empereur à ses pires ennemis pourvu que la liberté lui fût garantie « dans un espace de terrain circonscrit ». Peut-on croire qu'il n'y eût pas quelque ironie dans celte réponse de Schwarzenberg: «... J'apprécie la délicatesse de l'article que vous me demandez relativement à la personne de Napoléon. Rien ne caractérise mieux celte belle générosité naturellement française et qui distingue particulièrement V^otre Excellence ^ »
A Fontainebleau, cependant, on ne savait rien de ces négociations. Le 4 avril, dans la matinée, Macdonald arriva avec la tête de colonne de ses trois corps d'armée. Le corps de Marmont occupait Essonnes et Corbeil; le corps de Mortier, Menecy; la division Lefol, Billy; la vieille garde, avec la division Henrion et la réserve d'artilJ'fjrie, Tilly; la cavalerie de la garde, Auvernaux et Nainville; la division Defrance , Fontenay-le-Vicomte ; la cavalerie légère du 2* corps, Melun, et la grosse cavalerie, Saint- Germain- su r- Écolle. Molitor allait prendre position à Chailly, Gérard à Pringy, Oudinot à Fontainebleau, la cavalerie de Kellermann et de. Milhaud le long de la rivière d'Ecolle*. L'empereur avait toutes ses troupes concen-
1. Marmont à Schwarzenberg (3 avril au soir ou 4 avril au matin), MonU teur. 6 avril.