‹ 1814Chapitre 166 sur 178 · Faù. 232 233. Cf. Koch, U, S · texte numérisé non relu

Faù. 232 233. Cf. Koch, U, S

dû faire le métier d'un caporal Puis, l'expérience des généraux leur montrait l'inutilité d'une lutte plus longue, ou plutôt ils prenaient pour les conseils de leur expérience les suggestions de leur esprit découragé. Et d'ailleurs ils étaient aussi effrayés à la pensée de la victoire qu'à celle de la défaite. A quel prix serait-on vainqueui ? La veille, ils n'avaient pas entendu sans épouvante les soldats vociférer : « A Paris! A Paris! » Ils voyaient le carnage dans les rues, l'incendie allumé par les boulets français, les habitations pillées par l'ennemi en déroute, Paris saccagé et en ruines — Paris où ils avaient leurs hôtels, leurs femmes, leurs enfants! Et après cette cruelle victoire, 011 s'arrêteraient-ils : au Rhin ou seulement au Niémen? Juifs errants de la guerre, étaient-ils donc destinés à combattre toujours*?

Maispour découragés, inquiets et mécontents qu'ils fussent, les officiers généraux n'étaient cependant pas disposés à passer à l'ennemi comme s'y préparait le duc de Raguse. S'ils ne prévoyaient pas sans terreur une bataille dans Pans, ils n'envisageaient pas sans crainte la restauration des Rourbons. Ils redoutaient la non-activité, la réforme, l'exil peut-être. A un changement de dynastie, ils préféraient un changement de règne. Le bruit de l'abdication de Napoléon en faveur du roi de Rome, idée préconisée par

1. Cf. Agenda du général Pelet, et Ney à Bertbier, 15 mars. Arcb. de la guerre. Relation de Gourgaud, dans Bourrienne et ses erreurs, II, 232. Fain, 232, 23i,iAi; Mémoires de Ségur.Yll, 151-152 et passim. Mémoires de Marmont. VI, 272-273, 284-285. Mémoires de Belliard, I, 128.

Nous parlons, cela s'entend, d'une façon générale. Certes, il y avait des divisionnaires et des brigadiers qui gardaient leur ardeur , nommément : Gérard^ Levai, Ornano, Allix, Pelet, Curély, Petit, Lucotte, etc. (Agenda de Pelet, Relation de Gourgaud, etc.), et sans doute Mortier,' Belliard, Dulaulo.y, Drouot; et il y avait, en revanche, des troupes où 1« découragement et la lassitude produisaient des désertions, par exemple dans lo l*' corps de cavalerie (BordesouUe) et le 11' corps d'infanterie (Molitor). Registre de Belliard (lettres du Set 4 avril) et Macdonald à Bertbier, 30 mars. 4rcb. de la guerre.

le duc de Vicence et dont Napoléon avait eu l'imprudence depuis la veille de s'entretenir avec son entourage, s'était répandu dans les états-majors. On parlait ouvertement de l'abdication sur les degrés de l'escalier en fer à cheval, jusque dans la galerie contiguë à l'appartement de Napoléon. Ce parti convenait à tout le monde, car la régence c'était la paix, c'était aussi le maintien du même régime, des mêmes institutions, la conservation des grades, des honneurs, des dotations. Mais il fallait compter avec la volonté de Napoléon, et ces ordres, ces revues, ces préparatifs de combat témoignaient trop qu'il se refusait à abdiquer. L'inquiétude fit place à l'irritation. Pendant la parade, un groupe de maréchaux et de généraux discutaient très vivement à quelques pas de Napoléon. Tandis que les soldats criaient : « Vive l'empereur! » le maréchal Ney dit tout haut, de cette voix qui dans les batailles dominait le canon : « — Il n'y a que l'abdication qui puisse nous tirer de làM » Napoléon n'entend pas, ou il feint de ne point entendre, et il remonte dans ses appartements. Mais les maréchaux s'encouragent et s'excitent mutuellement, ils se grisent de leurs propres paroles. Ney, Lefebvre, Moncey, Oudinot, suivent l'empereur et font irruption dans son cabinet, où il vient de rentrer avec Berthier, Bassano, Caulaincourt et Bertrand. Sous le regard de l'empereur, le prince de la Moskowa perd un peu de son assurance. Mais il se sent soutenu par les trois maréchaux qui l'accompagnent, engagé envers la foule des généraux qui sont restés dans la cour du palais, et auxquels il a promis d'enlever l'abdication comme on enlève une redoute. n se bat la charge à lui-même. Il s'approche de Na^

L Jmmud da DébaU, 9 avril ; Fain, 233. Cf. AeUtion d« Gourgaud, tt»

poléon et lui demande s'il a des nouvelles de Paris. Sur la réponse négative de l'empereur, qui cependant est aussi bien informé que Ney*, le rparéchal reprend qu'il a, lui, des nouvelles, et qu'elles sont bien mauvaises, que le sénat a prononcé la déchéance. Napoléon ne s'émeut pas encore. Pendant cette campagne, les maréchaux n'ont-ils pas déjà tenté de lui faire la loi"? Il réplique que le sénat n'a point de pouvoirs pour cela, que la nation seule en aurait. « — Quant aux Alliés, ajoute-t-il, je vais les écraser sous Paris. » A ces mots, Ney, puis Lefebvre se récrient : « La situation est désormais désespérée; c'est un malheur de n'avoir pas conclu la paix plus tôt; il n'y a plus que l'abdication. » L'empereurgardant son sang-froid s'efforce de convaincre ses maréchaux. Il fait le dénombrement des troupes qu'il a entre l'Essonne et l'Yonne, des dépôts qui vont rejoindre, des armées du Nord, de Lyon, des Pyrénées, il démontre le vice de la position des Alliés, il expose son plan d'attaque, il dit que dans les circonstances le moindre succès sous Paris changera la face des choses. Il parle à des statues. £d vain cherche-t-il autour de lui un encouragement, un signe d'approbation, un mot de cœur. Un silence glacé répond seul à ses paroles et à ses regards. Ney, Lefebvre, Moncey, Oudinot se sont trop avancés pour reculer. Ils ne sauraient désormais faiblir devant aucune considération. Le plus que Berthier, vieilli et usé, las de la guerre, sans la moindre espé-

1. Marmont, comme s'il voulait par là excuser la trahison qu'il méditait, avait pris soin de faire parvenir à l'empereur, dans la nuit, le sénatus-consulte du 3 avril avec ses considérants. Fain, 233.

2. A Nogent, le 21 février, Ney et Oudinot, poussés par Eellermann, s'étaient mis en tête de forcer Napoléon à conclure la paix. Mai.» l'entretien s'était terminé par un» semonce de l'empereur et un déjeuner à sa table. A Saint- Dizier, le 26 .aars, les murmures et les récriminations de son état-major avaient certainement contribué à décider l'empereur à revenir sous Paria. iiémoires dt Ségw, VI, 402-404. Fain. 203.

La défection de MARMONT. 59&

rance, puisse faire pour Napoléon, c'est de ne se point mêler à celte démarche, qu'il ne laisse pas d'approuver en secret. Bassano sait que la voix de celui qu'on a appelé « l'homme de la guerre », et qui n'a jamais combattu, ne saurait qu'irriter les porteurs d'épée. Gaulaincourt qui le premier a parlé de l'abdication à l'empereur et qui la lui a représentée comme le seul moyen de sauver la dynastie, ne peut donner raison à son maître, sous peine de se démentir. Combien ce terrible silence, plus effrayant que toutes les récriminations, que toutes les menaces mêmes, dut étreindre le cœur de Napoléon ! Quelle douleur et quelle humiliaton! Dans \ Expiation, Hugo a montré la Bérézina et Waterloo, il a oublié Fontainebleau.

On en était là, lorsqu'un officier d'ordonnance introduisit le maréchal Macdonald qui arrivait à l'instant de Villeneuve-la-Guyard. L'empereur espérant trouver un appui en lui accourt à sa rencontre. Mais Macdonald, qui quatre jours auparavant, encoie déterminé à se sacrifier, lui et son armée, dans uae dernière bataille, a écrit à Berthierune lettre conseillant le plan même que Napoléon vient d'exposer*, Macdonald, a été gagné par un message de Beumonvillc". Sa visite à l'empereur n'a d'autre but que de le sommer de faire la paix. Il est d'accord avec les autres maréchaux. « Je vous déclare, dit-il, que nous ne voulons pas exposer Paris au sort de Moscou.

1 . « Je serais d'avis qae rempereur march&t par Sens et {appelât à lai tooa les corps et détacheraeuts par Mclun et Fontainebleau. Si Paris succombe, nous marcheroDs à l'ennemi ou nous nous rabattrons sur le duc de CasUglione. Nous livrerons une bataille iiécisive sur un terrain Atroit après avoir reposé nos troupes, et si la Providence a marcjué notre dernière heure, nous succomberons honorablement... Si mon opinion no prévaut pas, il serait plus sage de nous jeter avec nos débris en Alsace et en Lorraine. ■ Macdonald à Berthier. Nuuj, 30 mars. Arch. de la guerre. — L'opinion de Macdonald avait donc prévalu- à celte réserve qu'au lien de concentrer ses troupes à Sens, Napoléon les avaient concentrées à Fontainebleau.

Page 1