‹ 1814Chapitre 167 sur 178 · Sowottwrt de Macdonald, 264, Mémoires d» MmrnotU, VI, Ca · texte numérisé non relu

Sowottwrt de Macdonald, 264, Mémoires d» MmrnotU, VI, Ca

Notre parti est pris ; nous sommes résolus à en finir.» L'empereur, cependant, affectant une assurance qui n'est plus en lui, reprend la parole, expose encore une fois*ses projets et déclare que malgré l'opinion des maréchaux il attaquera l'ennemi. A ces mots qui prennent dans la circonstance un caractère, de défi, Ney perd toute retenue et s'écrie que l'armée ne marchera pas sur Paris. « — L'armée m'obéira, » dit Napoléon, en élevant la voix. « — Sire, répond Ney sur le même ton, l'armée obéit à ses généraux. * »

Un autre que Napoléon eût pensé au Palatin et au palais Michaïloff. Mais Napoléon n'était ni un Galba ni un Paul P'. Il imposait encore assez aux maréchaux, si emportés qu'ils fussent, pour n'avoir pas de violences àredouter, et ils connaissaientses soldats Leurs acclamations de la veille et du jour, qui résonnaient encore à ses oreilles, lui témoignait que leur esprit n'avait pas changé. Il savait qu'ils obéiraient à leur vrai chef, à celui qu'ils appelaient non pas : « sire » mais : mon empereur. » Il savait qu'il lui suffisait d'un ordre à l'officier de garde pour faire arrêter sur-lechamp les maréchaux qui avaient osé le menacer. Il savait qu'il trouverait des généraux non seulement, ainsi qu'il le disait, « sous des épaule ttes de laine », mais dans la foule des jeunes colonels comme LaBédoyère et des jeunes chefs de bataillon comme Gérard. Mais l'énergie a des limites. Pour continuer la guerre, Napoléon a dû lutter depuis trois mois contre ses ministres et contre ses généraux. La lassitude l'envahit à son tour. Au moment de marcher sur Paris, il hésite à sacrifier les restes de son armée dans une bataille

1. Cf. Journal des Débats, 9 avriJ ; Fain, 234 ; et les récits jfort contradictoires de Ségur (Mémnires VII, 150-157) qui ne connut la scène que par ouï dire et de Macdonald (Souvenirs, 262-267), dont le témoignage n'est pas toujours très ■ùr et qui dans ses Souvenirs, écrits dix ans après les éyénements, pêcb» par coul'usioa et par omissioa.

qui ne sera peut-être qu'un suprême désastre. La veille, le quartier impérial a été marqué au château de Tilly', et l'empereur est resté à Fontainebleau. Il penche néanmoins vers l'action, et pour l'y déterminer, il ne faudrait qu'une parole chaleureuse de ses vieux compagnons d'armes, un mot qui prouvât qu'ils ont encore la foi. Cette parole ne vient pas. Au contraire ils le découragent, ils se mutinent. Toujours faible envers eux, Napoléon répugne à un acte de rigueur qui les déshonorerait. Puis, changer d'un coup, en présence de l'ennemi, tous les commandants de corps d'armée et la plupart des divisionnaires, est une bien grave mesure. D'un autre côté, Caulaincourt, le plus dévoué de ses serviteurs, n'a pas perdu toutf> sa peine en lui parlant d'une abdication en faveur du roi de Rome. L'idée d'une régence de l'impératrice, parti qui permet peut-être à Napoléon de ressaisir un jour le pouvoir et qui, en tout cas, sauve son œuvre : l'empire français, n'est plus si éloignée de sa pensée qu'il ne puisse s'y résigner. Napoléon prend soudain sa résolution. Sans daigner répondre aux outrageantes paroles de Ney, il congédie sèchement les maréchaux, qui se retirent quelque peu étonnés eux-mêmes de leur audace, et il reste seul avec Caulaincourt. Après une courte conférence, l'empereur écrit un acte d'abdication réservant les droits de Napoléon II et de la régence de l'impératrice *.

Leduc de Vicence, ministre des Affaires étrangères, ex-plénipotentiaire de l'empereur à Châtillon et per-

1. Registre de Berthier (& Macdonald), 3 avril. Arch. de la guerre.

2. ■ Les puissances alliées ayant proclamé qae l'empereur Napoléon était 1« seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l'empereur Napoléon fidèle à son serment, déclare qu'il est prêt à descendre du trône, k quitter la France et même la vie, pour le bien de la patrie, inséparable des droits de son fils, de ceux de la régence de l'impératrice, et des lois de l'empire. ■ Correspondane* dt Napoléon. 21 555. Cf. Fain, 234. Journal de$ Débat* 4a V arrÛ. «

sona grata auprès du czar, était naturellement marqué pour porter à Paris l'acte d'abdication; mais Napoléon voulut lui adjoindre deux maréchaux. Comme l'armée était alors le principal appui de l'empire, il importait que deux de ses chefs allassent témoigner de son inébranlable fidélité. L'empereur — on voit par là combien son âme était inaccessible à la rancune — désigna d'abord le maréchal Ney, celui-là même qui lui avait tenu un si rude langage quelques instants auparavant. Il pensa ensuite à Marmont, le plus cher de ses compagnons d'armes, son aide de camp d'Egypte. Les pouvoirs du duc de Raguse allaient être dressés, lorsqu'on fit remarquer à l'empereur qu'il vaudrait mieux employer dans cette mission le maréchal Macdonald, qui aurait d'autant plus d'influence qu'il était connu pour avoir vécu moins près de sa personne. Napoléon décida que le duc de Tarente serait son troisième plénipotentiaire; mais il voulut qu'en traversant Essonnes, Gaulaincourt et les maréchaux rapportassent à Marmont ce qui s'était passé. Le duc de Raguse resterait libre de rester à la tête de son corps d'armée ou de remplir la mission à laquelle l'inaltérable affection de l'empereur l'avait primitivement destiné. S'il préférait aller à Paris, on lui enverrait à l'instant ses pouvoirs. Après avoir reçu ces dernières instructions, Gaulaincourt, Ney et Macdonald partirent en voiture, accompagnés de Rayneval et de Rumigny comme secrétaires •.

A Essonnes, il se préparait d'autres événements. Marmont ayant reçu dans la matinée l'acte de garantie du prince de Schwarzenberg avait décidé son mouveinent pour le soir^. R voulait profiter de l'obscurité

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