Agenda de Pelet. Arch. de la gaerre
î. Rapports de police, 11, 13, 14 et 17 avril. Arch. nat., F 7, 3 773.
3. Rapport de police, 23 avril. Arch. nat., F. 7, 3773. Général Delaroche à Dupont, Lyon, 16 avril. Arch. de la guerre.
4. Général Marchand à Dupont, Grenoble, 17 avrîL Cf. Itinéraire de DouUm •eut À nu cTElbe. par Fabry («crit rojali*t«>. S8-S8.
Chartres, à Nevers, les troupes refusèrent de prêter serment au roi et de prendre la cocarde blanche '. A Paris, les soldais passaient leur colère sur les étrangers. Ils arrachaient les brindilles vertes dont les Autrichiens ornaient leurs shakos, les médailles de campagne que les Russes portaient sur la poitrine. Chaque jour c'étaient des querelles et des rixes. Le 29 avril, il y eut un vrai combat dans le jardin du Palais-Royal; quelques personnes furent grièvement blessées. Le 8 mai, des grenadiers assaillirent à coups de briquets des soldats alliés qui dansaient dans un cabaret et en tuèrent plusieurs ; deux femmes furent sabrées*. A Rouen, la population, les autorités civiles et militaires étaient effrayées par l'attitude et les menaces des soldats et des officiers subalternes '.
A Anvers, il y eut un quasi soulèvement; de même à Metz et à Mayence*. A Lille, les troupes furent trois jours en pleine révolte. Durant la nuit du 13 avril, on commença à crier: Vive l'empereur! dans les casernes. Le 14, les hommes s'assemblèrent tumultuairement sur la place d'Armes. Les chefs voulurent les calmer. On fit feu sur eux; un officier reçut un coup de baïonnette. Livrées à elles-mêmes, les troupes forcèrent les portes de la ville, criant qu'elles «allaient rejoindre leur empereur». Le 16, seulement, l'ordre se rétablit*. Douai et Thionville virent de pareilles séditions. A Landau, les soldats faillirent écharper le général Schramm et les délégués civils
1. Rapports de police an 17 au 27 avril. Arch. nat., F. 7, 3773.
2. Ordre du jour de Desselles. Moniteur du 20 mai. Journal d'un prisonnier anglais {Revue britannique, VI, 85, 86, 89).
3. Jourdan à Dupont, 22 avril; à Warniont, 23 avril. Arch. de la guerre.
4. Carnet à Dupont, Anvers, 16 avril. Ordre du jour de Camot, 16 avril. Ordre du jour de Morand, 15 avril. Rapports de police, 23 et 27 avril. Arch. nat., F. 7, 3 773.
&. Maison à Dupont, 14 et 16 avril. Ordrs du jour de Maison, 15 avril. Âr^ d /a f "«rre.
L'ABDICATIOlf. W*
qnî venaient annoncer la déchéance de Napoléon *.
Dari'i les villes comme dans les places fortes, dans les garnisons comme dans les camps, presque tous les soldats montrèrent les mêmes colères, criant : « Vive l'empereur! » se mutinant, arrachant aux passants les emblèmes royalistes, disant : « Nous ne nous battrons jamais que pour notre empereur», etrefusant de prendre la cocarde blanche*.
Ils la portaient le 3 mai, quand ils faisaient la haie sur le passage de Louis XVIII, mais avec quelles révoltes au cœur! « Je ne crois pas, dit Chateaubriand, que figures humaines aient jamais exprimé quelque chose d'aussi menaçant et d'aussi terrible. Ces grenadiers couverts de blessures, vainqueurs de l'Europe, étaient forcés de saluer un vieux roi, invalide du temps, non de la guerre, surveillés qu'ils étaient par une armée de Russes, d'Autrichiens et de Prussiens, dans la capitale envahie de Napoléon. Les uns, agitant la peau de leur front, faisaient descendre leur large bonnet à poils sur leurs yeux comme pour ne pas voir; les autres abaissaient les deux coins de leur bouche dans le mépris de la rage; les autres, à travers leurs moustaches, laissaient voir leurs dents comme des tigres. Quand ils présentaient les armes, c'était avec un mouvement de fureur, et le bruit de ces armes faisait trembler. Jamais, il faut en convenir, hommes n'ont été mis à une pareille épreuve et n'ont souffert un tel supplice. Si dans ce moment ils eussent été appelés à la vengeance, il aurait fallu les
1. Oéoéral conunandant Doaai à Dupont, 15 «Tril, et MaisoB à Dupont. 16 avril. Arch. de la guerre. Lettre de Montesqnioa à Blacas {Journal de tEmpire du 16 avril 1815). Rapport de police, 25 avrJ. Arch. nat., F. 7,3773-
%. Correspondance générale du 9 au 37 avril. Arch. de la guerre. Rapports Ae police, Arch. nat., F. 7, 3773, pastim. Cf. Lettre de Montesqaioa (Journal de l'Empire du 16 avril 1815) : ■ La mutinerie de la tronps croit sensiblement. Les soldats tiennent des propos eSroyables. La pins grande partie de l'armée est •n iascrrection, l'antre est incertaine. c« <}ui veat dire qa'on est sans troupes. *
exterminer jusqu'au dernier ou ils auraient mangé la Terre* ! >.
La douleur, les colères persistèrent longtemps dans l'armée. Il y eut toute cette année des désertions en massée Au mois de mai, les soldats brûlèrent le drapeau blanc à Lons-le-Saulnier, à Mayenne, à Poitiers, à Moulins^ .Le 1" juin, un régiment d'infanterie quitta Orléans en criant : « Vive l'empereur ! A bas Louis XVIII ! » Les tambours cessèrent de battre quand les cris commencèrent, afin qu'on les entendît mieux*. A Neversle 10 juillet, àEpinalle23, à Falaise le 26, escadrons et bataillons poussent les mêmes cris dans les rues, en se rendant au champ de manœuvres^ Le 16 juillet, le duc d'Angouléme est salué à Rennes par les « Vive l'empereur ! » de la garnison sous les armes. Dans les revues que passe en octobre le duc de Berry, à Landau et à Strasbourg, des soldats portent au schako la cocarde tricolore®. Le 15 août, on fête bruyamment la Saint-Napoléon dans les casernes de Brest, de Metz, de Cherbourg, de Besançon, de Landau, de Clermont, de Calais, de Montpellier; à Rouen, le quartier du 7' chasseurs (régiment de Berry) est illuminé'. A Paris, rue Saint-Martin, le 28 novembre, rue d'Astorg, le 7 décembre, des soldats défilèrent, criant : « Vive l'empereur!' »