‹ 1814Chapitre 177 sur 178 · Bulletin de police, 27 juillet. Arch. nat. F · texte numérisé non relu

Bulletin de police, 27 juillet. Arch. nat. F

4. Rapports de police, 19 juillet, 10 août, 30 août, et posstm. Arch. nat. F. 7, 3738.

5. Rapports de police et lettres de préfets, de juin à octobre. Arch. oat. F. 7, 3738 et F. 7, 3773.

ouvriers et des soldats attablés dans les guinguettes des boulevards extérieurs trinquèrent « à la santé du grand Napoléon *» . Les j eunes gens dumonde e t les étudiants, qui avaient été les plus ardents à souhaiter « la chute du tyran », se retournèrent contre Louis XVIII. Ils disaient que la France avait été trahie, vendue, livrée '. Au théâtre, le public cherchait des allusions dans toute phrase qui pouvait s'appliquer à la situation du moment. On applaudit trois fois de suite ce vers de VHamlet de Ducis :

L'Angleterre en forfaits trop souvent fut féconde.

Des bravos frénétiques interrompirent la tragédienne après ce vers de Tancrède :

Un liéros qu'on opprime attendrit Lous les cœurs '.

Les acclamations, les vivats dont furent salués le comte d'Artois et Louis XVIII à leur entrée à Paris, le 12 avril et le 3 mai, les nouveaux gardes nationaux achevai qui, à la tête des cortèges, agilaient frénétiquement leurs sabres de parade et donnaient l'impulsion aux cris, l'émotion de braves gens qui pleuraient de joie, n'abusèrent pas tout le monde sur la part que prenait la masse des citoyens à ces ovations et à cette allégresse. « Cela n'était point assez général, rapporte un officier anglais, témoin non suspect, pour nous rassurer sur les dispositions des Français. » Le jour de l'entrée triomphale de Monsieur, un Prussien dit à ce même officier : « Je ne crois pas que les Bourbons puissent rester six mois

1. Bulletin de police, 15 aoiit et 16 août. Arch. nat. F. 7, 3738.

2. Rapports de police, 12 et 24 juillet. Arch. nat. F. 7, 3773. Mémoires de Uarmont, y l^iOi. Journal d'un prisonnier anglais, 90.

3. Rapports de police, 12 août et passim. Arch. nat. F. 7, 3773. Journal d'uM prisonnier anglais, 91 .

en France après le départ des Alliés. » Le lendemain de l'entrée solennelle du roi, on vendait clandestinement deux cwcatures. L'une représentant un troupeau d'oies grasses montant gravement les marches des Tuileries, tandis que s'envolait un aigle; dans l'autre, on voyait près d'un village incendié le vieux roi Louis XVIII en croupe derrière un cosaque, dont le cheval galopait sur des cadavres de soldats français \

Dans les provinces, les municipalités multipliaient les adresses, les royalistes illuminaient leurs maisons, mais le peuple plus las qu'enthousiaste montrait moins d'entraînement que de surprise*. Il y avait bien des défiances à l'égard du nouveau roi et de l'ancien régime. Comme ces soldats qui conservaient dans le havresac la cocarde tricolore, combien d'ouvriers et de paysans conservaient au fond du cœur le souvenir de Napoléon! Le 10 avril, un royaliste disait à l'abbé de Montesquieu que de Moulins à Paris, il n'avait vu quelques cocardes blanches qu'àNevers^ En avril et en mai, les préfets de la Manche, ilu Loiret, du Jura, de l'Isère, de la Corrèze, de la Vendée, des Charentes, de l'Ain, de Saône-et-Loire, signalent l'esprit d'opposition. On arrache les cocardes, on enlève les drapeaux blancs, on lacère les affiches officielles, on placarde des manifestes séditieux *. Le 1" mai, le préfet de Strasbourg écrit à Dupont : «L'opinion bonapartiste résiste. » Le 6, c'est le général Boudin qui lui écrit : « Les campagnes et une grande partie des villes de l'Yonne sont en oppo-

1. Journal d'un prisonnier anglais, 81, 82, 89. (Jf. Rodrigaex, 201-203.

2. Moniteur, do 15 avril aa 30 ouû. Rapport de police générale, aox méaus dates. Arch. nat. P. 7, 3773.

3. Lettres de Montesqaioa. Journal de l'empire, 15 avril (1815;.

4. Lettres des préfets, avril-mai. Arcb. nat. P. 7; 3738 et P. 7, 3773. Coi» respondance générale, aTril-znai. Arch- ue la guérie.

sition avec les amis du roi*. » Aux portes du théâtre de Bordeaux, des ouvriers crient : A bas les traîtres*! A Chaumont, le 12 juin, il y eut un commencement d'émeute. Un individu dit hautement : Moi, j'aime l'empereur. « On a dû ne pas sévir contre le coupable, écrivit le préfet, car si on avait voulu l'arrêter, mille personnes auraient pris son parti'. »

A Nemours, à Montargis, à Nevers, dans toutes les villes et dans tous les villages jusqu'à Moulins, Napoléon en route pour l'île d'Elbe fut acclamé, les commissaires des Alliés furent insultés. « On jurait après nous, dit le commissaire prussien Waldbourg- Truchsess, on nous adressait mille invectives, tandis qu'au contraire on ne se lassait pas de crier : Vive l'empereur. » A Lyon, la population était restée dévouée à Napoléon ; une grande masse de peuple l'attendit toute la journée du 23 avril. Il n'arriva qu'à onze heures du soir. Quelques groupes de fidèles, que cette longue attente n'avait pas découragés, le saluèrent d'un dernier cri*. Dans le Comtat et en Provence, l'accueil fut tout différent, mais les insultes et les violences du « peuple d'Orgon » n'effacent pas l'ovation de la « canaille de Nevers ». Elles témoignent seulement des ardentes passions qui commençaient à diviser la France.

Dans l'Ouest, il y avait aussi des royalistes exaltés ; mais les ouvriers des villes étaient hostiles aux Bourbons, et dans nombre de villages, nommément à Andouillet (près Laval), où les habitants, le 20 avril, forcèrent des gendarmes à jeter leurs nouvelles co-

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