Correspondance de jVapoléon
douteuse, qu'en acceptant les inacceptables conditions de 1 élat-major ennemi. Le 28 février, les comraiss;iire9 alliés les proposèrent de nouveau àFlaliaut. Cette fois, c'était sou? la forme d'un ultimatum. L<îs pourparlers fureut rompus*. Au reste, depuis trois grands jours, Flahaut et Duca perdaient leur peine et leurs paroles. Dès le soir du 2o février, le roi de Prusse avait écrit à Bliicher : « La suspension d'armes n'aura pas lieu'. »
Dans le conseil de guerre tenu à Bar-sur-Aube le 2o février, chez le général Knesebeck, les souverains n'avaient pas seulement délibéré sur la question militaire. Après avoir décidé la retraite sur Langres de l'armée de Bohême, la marche offensive de l'armée de Silésie et la formation d'une armée du Sud*, on avait discuté sur le parti à prendre dans les négociations entamées. Le refus de Napoléon de suspendre les hostilités, dès la réunion des commissaires àLusigny, rendait l'armistice inutile pour la grande armée ; d'ailleurs les troupes avaient pu éviter une Bataille et effectuaient leur retraite au delà de l'Aube. D'autre part, un revirement subit s'était fait dans l'esprit des Anglais et des Autrichiens, qui pendant quelques jours s'étaient montrés disposés à traiter. La lettre de Napoléon à l'empereur François avait d'abord intimidé les Alliés. Soixante-doUze heures ayant passé, et dans ces soixante-douze heures, les Austro-Russes s'étant dérobés au combat, on avait réfléchi. Les raisons données par l'empereur étaient oubliées. On se rappelait de sa lettre seulement les al tières menaces et la déclaration qu'il ne ferait la paix que sur les bases do Francfort.
Uu traité do paix laissant à la France ses frontières
1. FUhant à Napoléon, Lnsigny, 28 février. Arch. nat., AP., ir, 1669.
2. Lettre du roi de Prosse à Bllchep, Bar-sur-Aube. 23 férrier, citée par Boçdanowitsch, I, 274.
3. Sur le conseil de guerre de Bar-sur-Aube, Toir ■ 18U », pp. 78 à 89.
naturelles, il s'en fallait que ce fût là l'intention dos Coalisés, même des plus timorés, partant des plus conciliants. Si Castlereagh et Metternich avaient lutté quatre jours, au milieu de février, contre la volonté du czar pour faire reprendre les négociations, c'était dans la crainte que de nouvelles victoires de Napoléon ne rejetassent les armées alliées au delà du Rhin. Ils étaient disposés à sacrifier leurs espérances à leur sûreté. Mais cette paix qu'il leur coûtait tant d'accorder à celui dont ils avaient juré la perte, ils voulaient du moins qu'elle consacrât l'humiliation de Napoléon et l'affaiblissement de la France. Il fallait à l'Europe tous les territoires que les armes lui avaient pris depuis la Révolution. S'ils ne les obtenaient, les Alliés continueraient la guerre au risque des pires désastres. « — Dût-on repasser le Rhin, dit lord Castlereagh, il ne faut faire aucune concession*. » Ces paroles trouvèrent de l'écho. L'empereur Alexandre cédait au point de vue mihtaire, puisque le conseil avait décidé la retraite de la grande armée, mais il triomphait au point de vue diplomatique. On le laissa maître d'indiquer le ligne de démarcation pour l'armistice, ce qui équivalait à la rupture des pourparlers ; et quant au congrès de Châtillon, il fut arrêté que les plénipotentiaires alliés presseraient le plénipotentiaire français de s'expliquer catégoriquement et ne lui donneraient qu'un très court délai pour adhérer aux bases du traité préliminaire à lui communiqué le 17 février. A l'expiration du terme reconnu suffisant, la négociation serait regardée comme rompue*.
1. Bernhardi, IV, 520. Cf. Caulaincourt à Napoléon : « ... Les Alliés parlent d'une campagne d'été, de revers possibles, de doubler leurs armements. » Arch. des affaires étrangères, fonds France, 668.
2. Bernhardi, IV, 520-523; Bogdanowitsch, I, 271-272. Cf. le Protocole de la séance du 28 février du congrès de Châtillon. — Les résolutions prises au point de vue diplomatique ne furent pas consignées au Protocole du conseil de guerre de Bar-sur-Aube. On y mentionna seulement les décisions militaires.
C'est avec ces nouvelles instructions que Razumowky, Stadion, Humboldt et les autres ouvrirent à Chàtilion, le 28 février, la quatrième séance du congrès. Ils commencèrent par exprimer leur étonnement que le plénipotentiaire français tardât tant à répondre à leurs propositions, puisque ces propositions étaient fondées en substance sur une offre faite par ce plénipotentiaire dans sa lettre du 9 février au prince de Metternich. Ils déclarèrent ensuite qu'ils regarderaient tout retard ultérieur à cette réponse, passé un délai à débattre, comme un refus de traiter de la part du gouvernement impérial. Us ajoutèrent « qu'ils ne sauraient d'ailleurs écouter aucune proposition qui diflérât essentiellement du sens de l'offre déjà faite par le plénipotentiaire français. » Caulaincourt, qui n'avait pas encore le contre-projet, répondit avec beaucoup d'à-propos : premièrement, que les Alliés étaient mal fondés à se plaindre des retards, puisque dès l'ouverture des négociations, ils avaient sans motif suspendu neuf jours les séances; deuxièmement, qu'ils ne pouvaient se prévaloir de l'offre confidentielle faite par lui au prince de Metternich, puisque cette proposition était subordonnée à un armistice immédiat qui avait été refusé. Les plénipotentiaires affectèrent de ne point daigner répondre à ces arguments. Ils insistèrent de nouveau pour que le duc de Vicence fixât le délai dans lequel il devrait donner sa réponse. En vain Caulaincourt objecta qu'en une si grave affaire, on ne pouvait ni imposer ni prendre l'obligation de répondre à jour fixe, il dut accepter la date du 10 mars comme dernier terme*. Neuf jours, c'était bien peu pour décider Napoléon à de tels sacrifices, Napoléon qui à ces paroles de Saint-Aignan :
1. Protocole de la séance du 28 février, et Caalaincoort à Na^léta. l- mars. Arch. de* affaires étrangères, fond* France, 668.
« La paix sera assez bonne si elle est assez prompte, » avait répondu : « La paix arrivera assez tôt si elle est honteuse *. »
De Bar-sur-Aubo, tout l'état-major allié, souverains, ministres et généraux, moins le roi de Prusse et le prince de Schwarzenberg, s'était rendu à Chaumont. Lord Castlercagh, revenu de l'alarme où l'avait mis la lettre de Napoléon à l'empereur d'Autriche, mais appréhendant qu'une autre démarche du même ordre ne vînt traverser ses plans en détachant l'Autriche de la coalition^, voulut resserrer l'alliance européenne par un nouveau traité. Les clauses portaient que les puissances contractantes seraient liées pour vingt années et qu'aucune d'elles ne pourrait écouter de propositions particulières ni traiter séparément. Lord Castlereagh prit pour prétexte à sa proposition le règlement de divers arrangements financiers que les puissances continentales, toujours à court d'argent, sollicitaient depuis le passage du Rhin. Il offrit pour toute la durée des hostilités un subside annuel de cent cinquante millions de francs à partager entre la Russie, l'Autriche et la Prusse. Chacune de ces puissances s'obligerait de son côté à poursuivre la guerre avec un contingent de cent cinquante mille hommes. Signé à Chaumont le 1" mars, ce traité fut, comme on sait, l'origine de la Sainte Alliance, — « la sainte alliance barbaresque », irrévérencieusement chansonnée par Béranger.